Raymond Devos, né le 9 novembre 1922 - décédé le 15 juin 2006
Ouï-dire
Il y a des verbes
qui se conjuguent très irrégulièrement.
Par exemple, le verbe ouïr.
Le verbe ouïr, au présent, ça fait : j'ois... j'ois...
Si au lieu de dire «j'entends», je dis «j'ois», les gens vont penser que ce que j'entends est joyeux alors que ce que j'entends peut être particulièrement triste. II faudrait préciser:
Dieu, que ce que j'ois est triste!
J'ois... tu ois... tu ois mon chien qui aboie le soir au fond des bois?
Il oit... Oyons-nous? Vous oyez... ils oient. C'est bête! L'oie oit.
Elle oit, l'oie!
Ce que nous oyons, l'oie l'oit-elle?
Si au lieu de dire «l'oreille», on dit «l'ouïe», alors l'ouïe de l'oie a ouï. Pour peu que l'oie appartienne à Louis.
- L'ouïe de l'oie de Louis a ouï.
- Ah oui? Et qu'a ouï l'ouïe de l'oie de Louis?
- Elle a ouï ce que toute oie oit...
- Et qu'oit toute oie?
- Toute oie oit, quand mon chien aboie le soir au fond des bois,
toute oie oit ouah! ouah! Qu'elle oit, l’oie!
Au passé, ça fait : j'ouïs... j'ouïs!
Il n'y a vraiment pas de quoi!
Conjugaison du verbe ouïr http://dictionnaire.tv5.org/dictionnaires.asp?Action=3¶m=ouïr&che=1
Georges Brassens, né le 22 octobre 1921 - décédé le 29 octobre 1981
Le nombril «Je me fais vieux, gémissait-il
des femmes d’agents
Et, durant le cours de ma vie
J'ai vu bon nombre de nombrils
De toutes les catégories
Nombrils d'femmes de croque-morts, nombrils
D'femmes de bougnats, d'femmes de jocrisses
Mais je n'ai jamais vu celui
D'la femme d'un agent de police».
Hommage au
Grand Georges (par Sifranc)
Rêvons aux temps révolus où le Tout-Paris faisait rimer justice avec police. En délicatesse, sans apposer racaille avec karcher... Le moustachu, anar sur les bords de la saine pensée parisienne, hante encore la génération des Bofs. Vingt-cinq ans après la mort de Brassens (le 29 octobre 1981), les âmes réfléchissantes à catadioptre rétroactif sans piles veulent revendiquer son héritage: l'amour de la langue et l'anticonformisme. Même le gang hip hop et le milieu des rappeurs s'en inspirent. Des jeunes qui n'ont jamais ouvert un livre de poésie collectent dans leur capuchon et leurs culottes taille basse des vers de Brassens. Ils découvrent les mots qui collent à leur révolte mais qu'ils n'ont pas su inventer. Ils se les approprient: Putain de toi, Gare au jaguar et la Mauvaise réputation. Les textes de Brassens ont l'art de tout dire en peu de mots. On peut les déclamer, les faire sortir d'une bouche de métro et paraître savant, même avec une casquette à l'envers. Il suffit d'avoir une bonne mémoire pour ne pas devoir les lire. En s'appropriant le vert langage du poète, on pourrait même aller jusqu'à parler de cul en ayant une bonne verve...
Bourvil (André Robert Rainbourg), né le 27 juillet 1917 - décédé le 23 septembre
1970
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,
En tant que dégueulé, heu, en tant que délégué de la... de la ligue antialcoolique, je vous parlerai
de...
de l'eau minérale, de l'eau ferrugineuse.
L'eau fer... l'eau ferrugineuse, comme son nom l'indique, contient du fer... du fer (rire).
Et le dire, c'est bien, mais le faire, c'est
mieux!
L'alcool non, mais l'eau ferru, l'eau ferrugineuse
oui!
Et je suis fer, heu... heu, et je suis fier, de faire à cheval... sur le principe une
conférence contre hoc, contre l'alcool.
L'alcool non, mais l'eau ferru, l'eau ferru l'eau
ferrugineuse oui.
Et pourquoi y a-t-il du fer dans l'alcool ? Euh, dans l'eau ferru
ferrugineuse, hum?
Parce que le fer à repasser, heu, pas le
fer...
l'eau, disais-je, l'eau, c'est parce que l'eau a passé et a repassé sur le fer, et
le fer a dissous. Il a dissous le fer (rire).
Et le verre à dix sous,
c'est pas cher, hoc, hein?
Alors pourquoi boire cet alcool qui est plus onéreux que l'eau
ferru..., ferrugineuse, ruine la santé et le portefeuille?
L'alcool non, mais l'eau ferru,
l'eau ferru ferrugineuse oui!
D'ailleurs, l'alcool brûle les tissus de l'organisme et vous
le sentez quand vous en bouvez, quand vous en buvez, ça pique!
Alors que le ver solitaire,
heu, non, pas le ver solitaire, heu, heu, le, heu, le fer est salutaire (rire).
D'ailleurs, ne dit-on pas: une santé de fer? hum? Un homme de fer? hum? Un omnifère? Un ch'min de fer?
hum?
Un mammifère?
Alors suivez-moi et comme disait mon grand fer heu, mon grand frère, il faut vivre mais faut pas s'en faire (long rire exagéré).
L'alcool non, mais l'eau ferru,
l'eau ferru ferrugineuse, oui!
Paroles: Roger Pierre et Bourvil, Editions Pathé Marconi, enregistré le 29 juin
1950.
Morte à cause d'une trop longue
écharpe
Hommage à Fernandel
http://www.evene.fr/celebre/biographie/fernandel-5269.php
Fernand Joseph Désiré Contandin, est un acteur français
né à Marseille le 8
mai 1903,
décédé à Paris le 26
février 1971 à l'âge de 67 ans.
Le choix de Sifranc:
Félicie
aussi
C'est dans un coin du bois d'Boulogne
Que j'ai rencontré Félicie
Elle arrivait de la
Bourgogne
Et moi j'arrivai en taxi
Je trouvai vite une occasion
D'engager la
conversation
Il faisait un temps superbe
Je me suis assis sur l'herbe
Félicie
aussi
J'pensais les arbres bourgeonnent
Et les gueules de loup boutonnent
Félicie
aussi
Près de nous sifflait un merle
La rosée faisait des perles
Félicie aussi
Un clocher sonnait tout proche
Il avait une drôle de
cloche
Félicie aussi
Afin d'séduire la petite chatte
Je l'emmenai dîner chez
Chartier
Comme elle est fine et délicate
Elle prit un pied d'cochon grillé
Et pendant qu'elle
mangeait le sien
J'lui fit du pied avec le mien
J'pris un homard sauce tomates
Il avait du poil au
pattes
Félicie aussi
Puis une sorte de plat aux nouilles
On aurait dit une
andouille
Félicie aussi
Je m'offris une gibelotte
Elle embaumait l'échalote
Félicie aussi
Puis une poire et des
gaufrettes
Seulement la poire était blette
Félicie aussi
L'Aramon lui tournant la
tête
Elle murmura «quand tu voudras»
Alors j'emmenai ma conquête
Dans un hôtel tout près de
là
C'était l'hôtel d'Abyssinie
Et du Calvados réuni
J'trouvai la chambre ordinaire
Elle était pleine de poussière
Félicie
aussi
Je m'lavai les mains bien vite
L'lavabo avait une fuite
Félicie aussi
Sous l'armoire y avait une cale
Car elle était toute
bancale
Félice aussi
Y avait un fauteuil en plus
Mais il était rempli
d'puces
Félicie aussi
Et des draps de toiles molles
Me chatouillaient les
guiboles
Félicie aussi
Rendez-vous céleste
La préparation pour voir l’éclipse de cette fin de siècle a mûri dans ma tête pendant six mois au moins. Des renseignements complémentaires ont été grappillés sur Internet qui offrait plusieurs
sites spécifiques. Il ne restait plus qu’à souhaiter un ciel sans nuages. Jusqu’au bout, j’ai hésité à me rendre sous la bande de totalité...
La perspective de pouvoir assister une fois dans sa vie à une éclipse totale de soleil a hanté mes nuits. Depuis février, rien n’échappait à la curiosité du chasseur d’éclipse que j’allais
devenir. Ainsi, un article consacré à une manifestation musicale sur une colline de Lembach (Alsace) à une soixantaine de kilomètres de Strasbourg avait attiré mon attention.
Les prévisions météorologiques d’alors donnaient une chance de 50/50. Pas de quoi s’affoler, les étés sont ce qu’ils sont sous le cône d’ombre que nous gratifie cet obscurcissement du soleil par
la lune. Une bande de totalité traverse l’Europe allant des Cornouailles (Angleterre) à l’Allemagne où sont citées régulièrement Stuttgart et Munich, en traversant auparavant la France au-dessus
de Reims. Pour nous autres Suisses qui ne voulaient pas s’investir trop dans cette aventure, la perspective de trouver un ciel dégagé sur le Bengale où venait se fondre l’ombre de la lune
n’entrait pas en ligne de compte. Elle sera de passage chez nous entre la France et l’Allemagne sur une largeur de 110 kilomètres, un point c’est tout. En surfant sur le Web, on apprenait que la
grandeur maximale de l’éclipse atteignait un peu plus que 100%, soit 1,0147. Il ne restait donc plus qu’à choisir une ville ou un endroit favorable. Il y a de la place pour chacun, mais les
routes passent toutes par le même endroit. Les nordistes descendent et les sudistes montent. Une pagaille routière était dès lors annoncée. En quittant mon service de nuit à 23 h, mardi 10 août,
je prends connaissance des derniers bulletins météorologiques. Pas très rassurants! Une dépêche tombée sur le téléscripteur de la rédaction, non loin de mon bureau de correcteur, annonce même
qu’il serait finalement plus sûr de s’installer devant son poste de télévision puisque le phénomène sera filmé depuis un avion volant au-dessus des nuages. Le meilleur endroit pour voir l’éclipse
est alors annoncé entre Sarrebruck et Karlsruhe. Une fiche technique conservée soigneusement dans un classeur m’apprend que Baden-Baden jouit d’un obscurcissement à 100% à 12 h 32 28 secondes et
demie! Hauteur du soleil : 54°, azimut 335°, premier contact 11 h 11 48,4 secondes... Début de l’éclipse totale ou 2e contact à 12 h 31 minutes et 21,1 secondes, maximum à 12 h 32 28,5 secondes.
Durée de la totalité: 2 minutes 14,9 secondes. Pour la suite, on vous fera grâce des chiffres, en sachant toutefois que vers 14 h ce sera la fin et le retour dans les bouchons autoroutiers...
Un collègue me salue et me souhaite bonne nuit en me recommandant de rentrer chez moi à Neuchâtel et de ne pas faire une connerie vu ma fatigue avancée suite à une soirée de boulot qui avait
commencé à 16h. Fort de ce conseil, je quitte Le Journal du Jura. Ma voiture pourtant pleine de victuailles et d’habits de rechange, je prends la présélection de gauche via le centre-ville de
Bienne, direction Neuchâtel. Le feu passant au vert, je scrute mon rétroviseur : pas d’auto, pas de flics: un grand coup de volant, je croque une pomme qu’un collègue m’avait tendue lors d’un
passage à son bureau et j’arrive une heure et demie plus tard à la frontière de Bâle où le douanier me fais signe de passer. Les gaz à fond, je suis en Allemagne et je me branche sur les canaux
hertziens. Les chaînes françaises ne pipent pas mot des nuages qui vont tout foutre en l’air le rendez-vous céleste.
Par contre, mes fiches de Météo Suisse citent Karlsruhe, ville que j’atteins trois heures plus tard. Les aires de repos de l’autoroute sont pleines. Les occupants des véhicules alignés au cordeau
tentent de dormir malgré un trafic de poids lourds bruyant et de voitures passant au moins à 150 km/h. Ne me résignant pas à dormir dans de telles conditions, j’y fais toutefois une halte de deux
bonnes heures pour me sustenter. Le café de mon Thermos me brûle les doigts et j’aperçois deux taches qui orneront mon complet pour la journée du 11. Tant pis, je ne vais pas à un banquet, je
vais simplement à un rendez-vous de la nature où deux astres se trouvent parfaitement alignés et qu’ils retrouveront cette même position en 2081, année où ma petite-fille fêtera ses 84 ans.
Bonne fête, petite, ton grand-papa qui t’aime fort, Francis. Le 11 août 1999.
En traversant Karlsruhe, je cherche un endroit calme pour essayer de dormir. Je suis crevé! Tous les
établissements sont fermés et il n’y a pas un chat dehors. Je prends la direction de Staffort et de Stutensee, deux villages que je ne connais pas du tout mais dont le mot «See» pourrait vouloir
dire qu’il y a un lac ou un point d’eau. C’est dans un de ces bleds, devant un terrain vague en toile de fond que je m’allongeai sur les sièges-couchettes, entre une église évangélique et une
villa cossue. Recherchant d’autres postes de radio, mais allemands cette fois, j’appris que la «Finsternis» était attendue de pied ferme mais que Munich était traversé par de très gros nuages
chargés de pluie. J’étais donc dans le bon coin, jusqu'à ce que j’entende marteler sur le toit de ma bagnole quelques gouttes, une averse de vingt minutes. Quand le jour se leva, pas de soleil en
vue, seulement de gros nuages, pas de taches bleues à l’horizon. Où est le Nord et le Sud? Faisant quelques pas dans le village pour apercevoir d’éventuels passants, je croise seulement des mecs
qui se rendent en auto à leur boulot. La limitation à 30 km/h dans cette zone résidentielle formée de villas bourgeoises n’est pas respectée. C’est vraiment une cité-dortoir où le chacun-pour-soi
doit être érigé en dogme.
Désirant fuir cet anonymat qui me glace, je reprends la route dans l’espoir de visiter Karlsruhe de jour. Je m’enfile dans une auberge. Il est 9 heures. La maîtresse de maison me demande si je
suis de l’hôtel. Mon visage mal rasé et les yeux encore tout bouffis auraient dû lui indiquer que l’on récupère mieux dans un vrai lit d’auberge. Un peu contrariée, elle me coule un café et je
m’empresse de repartir, laissant la grosse dame à sa besogne, à trier du linge et plier des nappes. Quelques mètres à pied me conduisent au bord d’un canal et à part un cycliste en VTT, je n’ai
vu personne, mais alors, par contre, un ciel toujours plus chargé. De guerre lasse, je reprends ma voiture et comme si j’avais décidé de rentrer en Suisse, je m’engage sur l’autoroute du retour.
A la présélection de Baden-Baden, je bifurque toutefois sur ce haut lieu thermal. Cherchant une place de stationnement, j’aperçois un silo à voitures, près du Festspielhaus. Le hasard fait
parfois bien les choses. La case B48 porte le même chiffre que mon année de naissance, ça peut porter chance comme ça peut aussi rendre service au cas où j’oublierais l’endroit par excès de
fatigue. Muni de mon panier à pique-nique, mes données astronomiques et mon appareil photo, je prends l’ascenseur de sortie et j’arrive dans un merveilleux parc arborisé. Une mare et un jet d’eau
égayent le décor et un petit pont traverse l’étang où je me défais de mes restes de pain que les canards s’empressent d’engloutir. Une longue attente, ponctuée par une pause-café au kiosque situé
au cœur du jardin anglais, le choix d’un banc assez propre pour admirer le paysage et regarder les rares passants. A l’heure prescrite par les astronomes, le premier contact de l’éclipse se
faufila entre des nuages autant emmerdants qu’angoissants. Faire plus de 300 kilomètres pour ne rien voir, c’est le sommet de la connerie. Ainsi, après avoir photographié les alentours, je me
résignai à aller ranger mon appareil photo et tout mon barda dans la voiture située deux étages plus bas. Seul un objet me restait: mes lunettes spéciales «Sun Eclipse», absolument correctes
marquées du sigle CE et qui furent dans un premier temps contestées par le BPA. Et dire qu’en 1961, je m’étais bricolé une boîte de conserve vide et flanquée d’une verre fumé à la bougie, scotché
sur le fond de la boîte trouée pour admirer une éclipse partielle.
Au moment crucial et à la demi-seconde près, le deuxième contact avait lieu entre les deux astres et cela fit fuir quelques nuages. Un coin de bleu se profilait non loin et je fis comme une
prière pour qu’il passe au bon endroit.
L’éclipse totale avait lieu à l’heure dite, calculée par les savants utilisant je ne sais quelles formules mathématiques que je suppose compliquées. Sur un fond de ciel complètement dégagé, mon
éclipse totale tant attendue était là, majestueuse. Ne restait plus qu’à enlever les lunettes protectrices pour admirer ce spectacle et de l’immortaliser sur pellicule. Mais, voilà, l’appareil
photo, je l’avais déjà rangé. Incrédule, va! C’est alors que j’ouvris tout grands mes yeux en profitant entièrement de cette aubaine qui ne se répétera plus de mon vivant. Je découvris les grains
de Baily.
Les rayons du soleil jouent avec les vallées et les cratères lunaires forment des perles rosâtres. Celles-ci portent le nom de l’astronome anglais Baily. Plutôt que d’observer à travers un
objectif, j’allais voir de mes yeux nus une éclipse totale avec ses protubérances solaires.
La place s’était garnie de monde et j’observai les gens dans une ambiance totalement irréelle formée de couleurs orangées, ocre où je ne sais quelle couleur électrique. L’activité des canards a
totalement cessé et le jet d’eau s’est allumé soudainement. La cellule électrique avait rempli son rôle quotidien lorsque la nuit tombe. Je remerciai la providence d’être tombé à cet endroit, en
plein centre de Baden-Baden qui m’offrit un moment intense. Inoubliable!