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Derniers Commentaires

© Carnets de maladresses

Tapez le titre dans Recherche Bibliothèque populaire et universitaire de Neuchâtel

 

Maladresses.jpg  © Carnet de maladresses (1986-2006)

 

 

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Ah, les bonnes résolutions!
C’est le temps des bonnes résolutions. Madame ne commandera plus par correspondance des habits qu’elle ne portera jamais. Monsieur a juré qu’il passera moins de temps au PMU à miser sur des chevaux non-partants. En 2006, il va faire du sport et arrêter de fumer dans les compartiments CFF... Foin des promesses creuses, amusons-nous plutôt avec le «Générateur interactif de bonnes résolutions» sur Internet. On peut cliquer sur des phrases déroulantes et choisir sa préférée. Sur des milliards de combinaisons, on en retiendra trois:
1. Continuer de parler avec malice sans les mains;
2. S’interdire de tricher héroïquement au lit; 3. Commencer à fumer dignement en solitaire.
Un autre site, le très sérieux Doctissimo, propose de sortir le couple de la routine avec le jeu de la roulette sexy. Madame pourra se faire offrir par son chéri un repas aux chandelles en lingerie coquine. Eh oui, autant s’éclater toute l’année que d’attendre Nouvel-An. Dans la grille des Fêtes, notre très chère TSR nous a refilé «Autant en emporte le vent», «La mélodie du bonheur», «Et Dieu créa la femme». Ma bonne résolution sera bientôt de ne plus payer la redevance TV...

 

 

Une fidélité lourde à porter
Autant le dire tout de go, ma femme et moi, on ne passe pas des journées entières dans les supermarchés. On n’est pas des pousse-caddies du samedi, la sortie préférée des couples en mal d’inspiration. Mais parfois ma belle m’envoie faire quelques courses. Hardi, je me rends au magasin du coin avec ma liste de trois articles. La caissière me demande si j’ai la carte fidélité.
– Voulez-vous la cunni... euh, cumulus? Ah bon, la SuperCard , quel joli nom.
J’ai aussi la carte du lavage chimique, du magasin de meubles, du vidéo-club, de mon cercle de billard, du TCS et de la Bibliothèque. Je suis donc économiquement correct, dommage que ça commence à encombrer le portefeuille ces sésames en plastique: une fidélité embarrassante!
Je suis choyé par tous ces commerçants qui ne veulent que mon bien en me fidélisant, comme ma caisse-maladie qui m’a souhaité une année 2006 en bonne santé. Les assureurs apprécient les bons payeurs sains pour des comptes sains. Une compagnie m’a proposé la Firstcall , une autre m’offre un week-end wellness, fitness et antistress dans une station sun et fun pour m’adonner au nordic walking. Dommage qu’il manque la carte offrant le dictionnaire d’anglais.

 

La potion magique
Le petit garçon dans son bac à sable s’en est mis plein les yeux. Il se croit perdu dans son obscurité et craint d’être aveugle. Du haut de ses huit ans, l’avenir lui paraît sombre, il ne voit qu’une personne qui puisse le tirer d’affaire: sa maman. Il monte les escaliers en bois de la maison paternelle et la mère qui travaille comme régleuse à l’établi quitte tout pour porter secours à son rejeton. «Maman, j’ai du sable dans les yeux, c’est la fin du monde!»
Ni une ni deux, la recette de grand-mère fait son effet: une solution de thé à la camomille attiédi dans un grand bol. L’enfant trempe un bout d’ouate dans la potion magique et tamponne ses yeux endoloris. «Maman m’a sauvé la vie, elle est toujours là quand j’ai besoin d’elle.»
Cinquante ans plus tard, le même enfant se retrouve au chevet de sa vieille mère, enfermée dans le silence de sa mémoire. On ne sait plus où vont se perdre ses pensées embrouillées. Elle a perdu la recette. L’Alzheimer est passé par là comme un tsunami. C’est alors que l’enfant avance deux doigts tremblants. Et dans la quête d’une ultime potion magique, il lui ferme les paupières. Adieu maman!

 

Jeux et crasses de gamins
Un paquet suspect a éveillé les soupçons de la police lucernoise qui a fait évacuer un restaurant et plusieurs appartements. Une brigade s’est même déplacée de Zurich avec un robot démineur. Début février, des scouts s’étaient amusés avec six cartons contenant un réveil. L’exercice consistait à les récupérer avant la sonnerie. Dispersé dans les rues de la vieille ville, un des six objets a été oublié...
On repense au sketch d’Emil, le garde de nuit piégé par ses collègues avec «une bombe qui fait tic-tac devant la maison». Au Val-de-Ruz, des ados ont joué avec des flashes électroniques d’anciens appareils photos. Ils se sont postés de nuit aux abords d’une route et les automobilistes ont cru à un radar. Certains ayant été flashés à basse vitesse sont allés se plaindre au poste. Les crasses de jeunesse, quels souvenirs! Dans le quartier de mon enfance, à Tramelan, on se cachait derrière un mur ajouré près d’une fabrique de bracelets-montres. On laissait traîner sur le trottoir un porte-monnaie relié à un fil de pêche. Quand les passants se baissaient pour le ramasser, on tirait sur le fil... Aujourd’hui, ça ne serait plus possible: il y a un poste de police à la place de la fabrique!

 

Comment réussir sa vie
Elever ses enfants et leur offrir le meilleur relève du défi. Les conseils «tu trouveras bien un jour l’homme de ta vie» ou «cette femme n’est pas faite pour toi» sont grillés sous le feu de la passion. Chez la fille, les fréquentations se passent mal. Elle se fait larguer. Puis ça se remet. Dans l’acte de réconciliation, les amoureux font un bébé. Il est placé chez les grands-parents pour que la mère puisse travailler. Mais les disputes reprennent. Chez le fils, les amours se déroulent sans accroc. Les jeunes mariés préparent un joli couffin. A peine le temps d’y bercer leur poupon que c’est leur union qui bascule.
A notre époque, près d’un mariage sur deux vole en éclats. Dans le temps, comment on faisait? Eh bien, tout était caché si l’on en croit ce sexagénaire qui vient de placer son père dans un home. Le vieillard lui a avoué: «Je n’aurais jamais dû épouser ta mère, mais je ne t’aurais pas eu...» Serait-il préférable de rester célibataire? Selon un sondage, les vieux garçons suisses se disent satisfaits de leur sort: riches et heureux! Quant aux célibataires italiens et espagnols, ils préfèrent prendre pension chez papa-maman. Le risque zéro, c’est ça!
 


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Assis sur un strapontin

On croyait tout savoir grâce à la célèbre chanson de Pierre Perret qui a grimpé dans les hit-parades en 1975. C’était ignorer l’image humoristique qu’un ami m’a envoyée par courrier électronique. Elle montrait un jeune couple enlacé sous le titre: on a l’âge de son zizi. A 25 ans, il est comme un strapontin de cinéma, il se relève toujours lorsqu’on veut s’asseoir dessus. Le strapontin... un mot presque oublié. Ça ma rappelé une séance de cinéma pour gamins du Fip Fop où la placeuse m’avait indiqué le dernier strapontin au bout du faisceau de sa lampe. Trop occupé à regarder le film qui avait déjà commencé, je m’étais posé sur le placet quand celui-ci était en train de remonter sur ses puissants ressorts. Ah le strapontin de ma jeunesse, quels bons souvenirs! De nos jours, être assis sur un strapontin signifie avoir un emploi temporaire. Dans le monde du travail, l’expression résume bien une situation précaire. La place des pilotes de Swissair a même été confondue avec le siège éjectable! Dans presque toutes les professions, on sent le ressort pousser contre le haut. Sur une chaise sans appui...

 

Dur d’être un Sage!

L’un des singes se voile la face, un autre se bouche les oreilles, le troisième se bâillonne avec ses grosses mains velues. Le message est clair: «Ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire.» Une philosophie qui cadre bien avec les votations européennes... A la recherche de la statuette des Trois sages, je suis rentré bredouille après avoir écumé les boutiques du centre-ville. Sur Internet, j’ai fait la connaissance d’un sculpteur sur bois. Son façonnage du triptyque fait moins kitsch que la traditionnelle figurine coulée dans un bronze douteux. Le hic, c’est que l’artiste habite en France. Pour honorer ma commande par chèque bancaire, cela m’occasionnait 12 fr. de frais. Un peu cher pour un article à 17,25 €. Et par mandat postal international? La Poste, en sus d’une taxe de 12 fr., facture un relevé d’identité aux personnes non titulaires du Compte jaune: 28 fr.! Restait pour moi la solution interdite: glisser un billet de 20 € dans une enveloppe... Pour acquérir un brin de sagesse, valait-il la peine d’enfreindre la loi? 
Amis du Carnet, ne lisez pas cet article, ne dites rien sur mon versement et n’écoutez pas les gens qui prétendent que je suis un vieux singe...

 

Une allergie fiscale

Avec l’arrivée des beaux jours, on entend des allergiques se plaindre du pollen et du rhume des foins. Les yeux piquent et coulent, tout le bureau éternue. Les collègues n’arrêtent pas de crier: «Santé!» Parlons de cette dernière. Son office mondial (OMS) prétend qu’en 2010 une personne sur deux connaîtra des allergies en tout genre. Il faudrait sortir de notre bulle aseptisée et retrouver des anticorps pour affronter les allergènes. Dans notre société «mécontemporaine», où chacun se découvre une maladie à force de lire des revues spécialisées où tout est condensé, la paranoïa est proche. Les bien-portants devenus des malades potentiels posent leur propre diagnostic et consultent ensuite un médecin. Il n’empêche que le réchauffement climatique nous réserve bien des surprises. Un lien existe entre la hausse des températures pendant l’été et la quantité de pollen qui sévit au printemps suivant. Atchoum! L’antidote à prescrire est de vivre pleinement le moment présent et ne pas sombrer dans l’hypocondrie... Mais quand même, en cette période de taxation, il me semble que je deviens «impôtcondriaque».

 

L’enterrement différé 

Ils s’avancent à pas lents dans l’allée du cimetière, une épouse usée par le poids de la vie, accrochée au bras de son fils resté célibataire pour aider «le» papy. En 1978, alors âgé de 64 ans, le paternel fut hospitalisé pour une opération bénigne. L’intervention a tourné au cauchemar à cause d’un caillot de sang. Des lésions irréversibles au cerveau ont fait du brave homme un zombie. Plongé dans le coma, il a été maintenu en vie par la fée électricité. Les médecins auraient pu débrancher les appareils en inscrivant «mort à l’hôpital» dans leurs dossiers. Mais les disciples d’Esculape ont rendu le grabataire à ses proches. Pendant 27 ans, l’épouse et le fils se sont relayés à son chevet en communiquant par gestes. On pourrait appeler cela des dommages collatéraux à l’acharnement thérapeutique. A l’enterrement du papy, on a rendu hommage aux deux rescapés pour leur bravoure. Ils ont accompagné le défunt jusqu’à l’âge de 91 ans! Pendant ce temps, aux USA, une bataille juridico-politique sur fond religieux a fait rage autour d’une mort-vivante. Comme des bons diables, les frères Bush se sont penchés sur le destin de Terri Schiavo qui vient de passer de coma à trépas...  


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Ecrivons sur le sable!

 

Des explorateurs traversent le désert. Suite à une controverse, l’un d’eux nommé Placide reçoit une gifle de son compagnon de route. Sans broncher, il écrit sur la dune: «Aujourd’hui, mon meilleur ami Gringoire m’a giflé.» Ils continuent de marcher puis découvrent une oasis dans laquelle ils vont se baigner. Placide trébuche. Gringoire se porte à son secours et le sauve de la noyade. Aussitôt, le miraculé écrit sur une pierre: «Aujourd’hui, mon meilleur ami m’a sauvé la vie.» Gringoire lui demande: «Quand je t’ai agressé, tu as écrit sur le sable. Maintenant que je t’ai sauvé la vie, tu as choisi une pierre, pourquoi?» Moralité: il nous suffit d’écrire nos chagrins sur le sable et d’attendre que le vent les efface. Dans notre traversée du désert, inscrivons sur le sable nos tourments et nos déceptions: l’augmentation des primes d’assurance maladie, la médecine à deux vitesses, les restructurations, l’exclusion, l’arrêt pression... à 05! Gravons sur la pierre: «Bonne année 05!»  Et surtout, n’oublions pas de faire péter le bouchon d’une bouteille de cidre fermenté à Sylvestre!

 

 

Passation de pouvoirs

En venant au monde en 1975, Victoria Addams est tombée dans un berceau de luxe après avoir lancé son premier cri épicé... La petite s’est regardée grandir dans un miroir en rêvant de devenir une star. Ce qui fut fait après avoir répondu à une annonce recrutant des jeunes filles pour former un groupe. Ainsi naissaient les «Spice Girls» (trad.: «filles épicées»). Ne restait plus qu’à Victoria d’apprendre à chanter juste...  

                                            * * *  

A l’Euro 2004, un supporter de football récupère un ballon perdu qu’un joueur maladroit a propulsé dans la foule. Après avoir dissimulé sous sa chemise l’objet du délit, le spectateur le met aux enchères et touche 28 000 euros. Ridiculiser ainsi un pauvre footballeur qui rate un tir au but devant des millions de personnes et d’hooligans déçus, quelle humiliation! C’est là que resurgit Victoria – devenue Mme Beckham – en criant au monde entier: «C’est moi qui ai le ballon!» En effet, elle attend son troisième enfant, conçu avec celui qui tire parfois à côté! Le bébé de 3,2 kg est tombé dimanche 20 février 2005 à 10 h 40 dans un berceau de luxe après avoir lancé son premier cri et pissé... 
 

 

 

Du morse dans votre Natel

Tout jeune, j’ai eu le privilège d’apprendre le morse à l’Union cadette de Tramelan. Les moniteurs organisaient sur le plan des Roches, en pleine nuit, la chasse aux dossards. Entre Cadets de la Trame ‘60, on communiquait avec des torches en s’envoyant des SOS ... / - - - /... / par signaux lumineux. L’Américain Samuel F.B. Morse est l’inventeur de ce mode de transmission longtemps controversé mais reconnu d’utilité publique en 1844. Ce langage codé est formé de sons longs «taat» et de sons brefs «tit». Au hasard d’une rencontre avec un ancien Scout, on s’est échangé pour rire des petits papiers rédigés en morse. Facile: les syllabes contenant le son «o» s’écrivent avec des tirets, les autres avec des points. Alors que nous récitions par cœur l’alphabet morse «Arnold, Bonaparte, Contemporain...», l’appel de messagerie «tit-tit-tit taat-taat tit-tit-tit» d’un Natel nous a interrompus.  L’ex-Cadet Leufton et le vieil Eclaireur Marmotte ont pu décrypter ces étranges bips: «Sardine, Moto, Sardine». Cela signifie SMS. Un joli clin d’œil de la technologie moderne à Samuel Finley Breese!  

 

 

Crise virtuelle chez Barbie

La tendance veut que des experts analysent pour nous les problèmes de société. Servis sur un plateau de télévision, leurs avis sont contredits par d’autres spécialistes. Quand le sujet traité est virtuel, on peut commencer à s’inquiéter: des psychiatres se sont penchés sur le divorce de la poupée Barbie! Célèbre dans le monde entier, elle est produite depuis 43 ans. Froidement, elle vient d’éjecter Ken, son acolyte en plastique. La maison de poupées – Mattel pour ne pas la nommer –, lui a choisi un nouveau compagnon dénommé Blaine, un beau garçon sportif, Australien bien sous tous rapports... commerciaux. En s’inspirant de Toys Story, le film qui a fait revivre en images de synthèse les jouets délaissés par les enfants devenus grands, on pourrait imaginer le sort de ce pauvre Ken largué dans une caisse. A l’intérieur, il découvrirait une multitude de copains pour sortir... de boîte en boîte. En faisant le tour de la chambre encombrée de jouets, il tomberait sur des poupées bien moulées dans la tradition. En oubliant sa blonde fadasse, maigrichonne et amorphe, il trouverait enfin le réconfort auprès d’une qui crie maman quand on la couche... 
 

 

Bravo pour vos tableaux !

 

Les tableaux accrochés aux cimaises font l’objet d’admiration. Après le discours du galeriste – qui a souhaité la bienvenue en levant son verre de blanc d’une main et exhibé les petits points rouges autocollants de l’autre –, beaucoup de mots perdus se sont baladés dans la salle d’exposition. Celle-ci a été conçue par un architecte astucieux. Son concept veut qu’elle serve à la fois de galerie d’art et de cafétéria pour le théâtre attenant. On appelle ça une salle polyvalente. Les commentaires fusent lors du vernissage de l’artiste, ému de voir tout ce beau monde s’intéresser à son travail. Les visiteurs se sont mis sur leur trente et un. Ils se hissent même sur leurs ergots pour mieux se distinguer: «N’est-ce pas, en fait, une œuvre absolument géniale et remarquable au niveau de la perspective et de la plastique, certes avant-gardiste mais tout à fait ostentatoire bien que la forme du sujet soit superfétatoire...» L’autre soir, à l’entracte de la pièce théâtrale, les spectateurs pourtant entichés de culture n’ont pas daigné jeter un seul coup d’œil sur les tableaux. Où étaient donc passés les spécialistes en peinture et amateurs de petits fours? 

 

 

 

 

 

Rodéo dans la ville
 

Les employés du Journal du Jura n’en revenaient pas. En se rendant à pied au Centre des médias par la rue de la Gare , ils assistaient à un rodéo entre deux patrouilles biennoises – toutes sirènes hurlantes – et un fugitif. Cela devient courant en Suisse! Dernièrement, à Büren, la police est parvenue à stopper un chauffard de 19 ans roulant sans permis à 180 km/h sur l’autoroute. En ville de Genève, une course-poursuite entre deux équipes de jeunes s’est terminée par un drame. Un dimanche soir, à Neuchâtel, une voiture de police seule, lancée à vive allure dans le tunnel de Prébarreau – gyrophares allumés mais sans sirène – a traversé le carrefour à angle droit de l’Evole. Un automobiliste qui s’était déjà engagé au feu vert, voyant que la collision était imminente, a pu esquiver en accélérant. Un freinage intempestif et c’était la catastrophe, a expliqué un témoin! Il n’était pas possible d’anticiper davantage, répétait l’automobiliste abasourdi. Devoir s’expliquer devant deux pandores était sa seule angoisse, on le comprend. Ceux qui n’ont pas eu la chance de croiser Starsky et Hutch sur la route peuvent se rattraper sur la deuxième chaîne romande qui rediffuse la série télévisée des policiers de choc. 


Un mobile pour les nuls ! 
On raconte qu'une blonde avait renvoyé à son bijoutier la montre qu’elle venait d’acheter: le calendrier changeait la date à midi et non à minuit! On ignore si la «réparation» lui a été facturée... Certains objets usuels sont d’une utilisation simple, d’autres sont sophistiqués. Sur un marché de Noël, on a vu un brocanteur appeler sa femme au Natel pour lui réclamer sa calculette qu’il avait oubliée. «Monsieur, pardon de vous couper, mais vous tenez à l’oreille une machine à calculer! Passez-moi votre engin, je vous explique: là, vous avez le répertoire, puis les messages, le chat, le journal, la sonorisation, les paramètres, le renvoi d’appel, les jeux et ici la fonction calculatrice.» «Mais oui, vous avez raison, on peut même calculer sur un mobile.» Les téléphones portables sont souvent mal employés: une dame a appuyé sur «appel en absence» et abandonné aussitôt l’appareil sur la table de cuisine. Le renvoi a abouti dans le combox de l’appelant. Ce dernier, en consultant son répondeur, a entendu madame préparer le dîner et surpris ses dialogues avec le chien. Heureusement qu’elle n’était pas avec son amant ! 

 

La poésie en moins
 

Avant Rail 2000, le trajet Neuchâtel - Tramelan via Bienne et Sonceboz était immuable. L’horaire CFF en ligne (http://www.cff.ch) propose des itinéraires parfois farfelus: par Bienne, puis Courtelary - Saint-Imier. Ensuite, le guide électronique indique trois minutes à pied jusqu’au car des CJ conduisant à Tramelan. Une alternative: Neuchâtel - La Chaux-de -Fonds. Changement de train et embarquement direction Saint-Imier où attend le car pour Mont-Crosin. Le touriste qui taperait «départ Neuchâtel» et «arrivée Tramelan» sur le Net pourrait voir son périple ferroviaire passer par La Chaux-de -Fonds. Après un transbordement sur la voie étroite des Chemins de fer jurassiens, il découvrirait une bonne dizaine de petites haltes aux noms poétiques: Bellevue -  La Large-Journée - Les Bois - Le Creux-des-Biches - Le Pied-d’Or. En apothéose, le voyageur intrépide jouirait de la longue descente en colimaçon sur le village de Virgile Rossel. La régie a englouti 6 milliards pour offrir 11 minutes de temps libre aux Zurichois qui se rendent dans la Ville fédérale à 160 km/h, la poésie en moins...  

 

 

Tramelan dessus brouillard  

1950 – 26 mars – 2005 
 

Tramelan était coupé en deux avant la fusion de 1950. Celui qui s’est expatrié depuis plus de 30 ans à Neuchâtel a découvert une fêlure également historique entre le Haut et le Bas de ce canton. Les lacustres qui mangent en été une fondue au clair de lune se gaussent des Loclois qui doivent enfiler une petite laine dès 8 h à la soirée des Promos. Mais les gens du Haut sont heureux de rappeler qu’ils sont toujours en dessus de la nappe de brouillard. Parfois, en début d’année, un épais stratus recouvre le Plateau. Il gagne même les vallées supérieures où les habitants ne voient plus à 50 m devant eux. Tramelan-Dessus-Brouillard n’a jamais de purée de pois. Même les Theurottes, qui préfèrent rester dessous, ne connaissent pas la bruine, si ce n’est celle produite par les effluves de leurs cocktails servis au stand du Front de Libération des Theurottes (FLT). Enfant du quartier de la gare, je reste assis entre deux tabourets de bar: ce n’est pas le moment de raviver les querelles de clocher qui ont empoisonné la vie de nos aïeux! Dans tous les cas, il faisait clair quand les Mailloches ont voté! Chose devenue rare en politique... 
 

La démesure du GPS 
 

La presse de boulevard traque inlassablement le scoop. Quel sondage exclusif lira-t-on en 2005? Mes voisins qui se prévalent d’un niveau au-dessus de la ceinture jurent ne pas s’intéresser aux potins et au popotin. Cependant, les mêmes personnes se jettent sur le canard lorsqu’un titre est monté en épingle. Quand les affichettes des kiosques annoncent que l’Everest a perdu 2 m, ils achètent le journal. Comme si le Toit du monde allait s’effondrer! Les mesures dataient de 1954. A notre époque, on toise à l’aide du GPS (Global Positioning System). Cette technologie au service des scientifiques a permis de revoir à la hausse le sommet du Mont-Blanc: 4810,4 m au lieu de 4807 m. En Catalogne, le Mont Canigou est aussi passé par les nouvelles mesures satellitaires, mais n’avoue que 50 cm de plus. Les Marseillais scrutant le pic des Pyrénées-Orientales aimeraient bien, à leur habitude, en rajouter. Comme ils l’ont fait dans le sondage sur la taille basse abdominale du Français moyen: 14,48 cm en pleine ascension... Evidemment, avec un GPS (Grand Parleur Sexuel) étalonné sur la Canebière, la sardine allait bien rallonger! 
 

Le couvercle du Steinway  

L’Ensemble « La Stravaganza » se met en place. C’est un orchestre symphonique formé de dix musiciens. Cordes, flûte et hautbois vont accompagner Laurent Nicoud. Un grand piano trône sur l’estrade. Le petit bout d’homme se fraye un passage dans les travées du temple. Il salue timidement son public. Le régisseur accourt pour ouvrir le piano à queue. Personne sur scène n’a encore remarqué que le couvercle du Steinway masque le chef d’orchestre. Laurent Nicoud, privé des signes du chef, se débrouillera en prouvant ses qualités de soliste. Depuis l’âge de 6 ans, l’élève de Veneziela Naydenova a progressé. Délaissant souvent ses loisirs, il se consacre avec passion à l’étude du piano. Sur le chemin de l’école, il côtoie des camarades affublés d’une casquette en bataille, façon rap. Une visière sur la nuque pour une autre vision de la musique... Capable de mémoriser plusieurs pages musicales de Mozart, Schubert ou Chopin, Laurent joue sur scène sans partitions. Avec ses petites lunettes rondes, il fait penser à Harry Potter. Ses doigts d’enfant prodige arrivent à l’octave comme par magie. Il vient de souffler ses treize bougies! 
 

 

 

Musique de chasse  

L’histoire remonte aux belles années de la TSF. Un locataire excédé par la radio de son voisin avait renoncé à lui demander de baisser le volume: «De toute façon, il ne m’écoutera pas!» Il le supplia plutôt de monter le son afin de pouvoir suivre les nouvelles. Accepté! Pendant une semaine, le poste a distillé les actualités pour toute la maisonnée. Un billet de dix francs fut alors glissé dans l’entrebâillement de la porte en guise de remerciements pour ce service radiophonique. Flatté par ce don, le voisin redoubla d’ardeur pendant un mois, puis plus rien: silence radio! Au hasard d’une rencontre dans l’escalier, les deux hommes eurent une explication: «Puisque vous ne me payez plus, j’écoute ma radio pour moi tout seul!» Le cas était réglé! Les exploitants du Tube londonien viennent d’avoir une idée du genre: au lieu de chasser par la force les loubards qui occupaient plusieurs stations de métro, ils ont diffusé du Mozart, Vivaldi et Pavarotti. Ce genre musical les a fait changer d’endroit. Le truc des haut-parleurs m’était connu: je fuis depuis longtemps les grands magasins qui distillent de la chanson anglaise... 

 

 

As-tu vu mon poster rieur?
 

Avec l’arrivée des phototéléphones (MMS), l’intimité en a pris un coup. Certains directeurs de piscines ont interdit l’emploi des mobiles: ils doivent rester aux vestiaires! Des petits malins s’ingéniaient à prendre des photos à l’insu de baigneuses callipyges. Mais restez sur vos gardes, Madame! Dès lors que vous apercevez un gars en train de téléphoner, il a peut-être immortalisé votre postérieur et l’a déjà envoyé sur un site où des internautes du monde entier pourront donner leur appréciation. La cotation va de 1 à 10. Chaque minute, une nouvelle croupe tombe dans la galerie de clichés. La plupart de ces lunes dérobées sont prises dans la cohue d’un quai de gare ou d’une rue passante. Ainsi Madame, en montant dans le bus, le jeune galant qui vous dit: «Après vous!» a peut-être déjà un doigt sur la touche. Et s’il est poète comme Brassens, peut-être vous dira-t-il: «Par faveur ne vous asseyez pas!» Afin de protéger la sphère privée, les fabricants devront modifier les prochains modèles MMS: une musique retentira à chaque déclic. Si Madame a du réflexe, le photographe amateur de belles fesses prendra le risque de sentir les siennes... 


J’préfère la marche à pied  

En faisant fi des interdits, on commencera cette rubrique par un pléonasme. Les puristes vont apprécier: on ne dit pas «marche à pied». Cependant, Henri Salvador l’a chanté sur des paroles de Boris Vian! Thème de ce jour: «Faut-il encourager le bénévolat?» La subvention de 150 000 francs versée à Nez rouge par le Fonds de la sécurité routière a été définitivement supprimée. L’avenir de l’association est menacé. Les raisons évoquées: on ne peut pas subventionner un système qui pousse les gens à se relâcher une fois par année en buvant plus que de raison.Depuis la mise en vigueur du 0,5 pour mille, chaque fois que Tartempion fait une balade «pedibus cum jambis», il rentre bourré à la maison. C’est que, sur les rives du lac, il y a pas mal d’estaminets. A la montagne, c’est les métairies qui détournent le brave promeneur du droit chemin. Sachant qu’il n’a pas de bagnole à rentrer, le conducteur lambda se relâche. La marche est donc dangereuse et sera bientôt interdite: elle nous fait perdre notre sens des responsabilités! Les politiques ont lâché les rennes. Les puristes diront qu’on écrit: «lâcher les rênes»... 


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La course infernale
Panne générale aux CFF 

 

En lisant les offres d’emplois dans les journaux, on s’aperçoit que le profil demandé va de 25 à 35 ans. La vie active serait-elle si courte? La tranche des 35-55, l’âge où on ne postule plus et celui où l’on s’accroche comme un chien à son os, est-elle exclue du marché? Juste un espace de 20 ans, le temps nécessaire pour prouver ses capacités et asseoir sa carrière. La quarantaine bien sonnée, des carriéristes consacrent tout leur temps à leur profession qui déborde largement sur leur vie privée. Entre cadres dynamiques, ils comparent leur villa avec ou sans piscine, leur nouveau modèle de bagnole avec ou sans GPS. Et le bonheur? En quarantaine... Dans un milieu où l’on ne parle plus que de fric, le sujet du jour est: rentabiliser en rationalisant, augmenter en diminuant, casser les prix en rognant. C’est le démantèlement complet. Par manque de personnel, le service public est devenu déplorable. Mercredi 22 juin 2005, le jour le plus noir des CFF où une panne générale a laissé plus de 200 000 personnes en rade pendant trois heures, illustre bien le gâchis. Sur un quai de gare, deux retraités des Chemins de fer suisses ressassaient leurs belles années passées au service du rail...

 

 On lange bien les chevaux 

Les romantiques de la Rome antique sont contents: à partir de lundi 15 août, les ruelles ne seront plus pavées de crottin. Les chevaux caléchiers partout seront munis de couches-culottes. Quelle idée, un sac suspendu à la croupe d’équidés! Confortablement assis sur leur carriole hippomobile, les touristes auront la chance de visiter une ville immaculée. Les 43 cochers romains ont obtenu en gage de leur propreté un droit de passage dans les rues huppées. Alors qu’on prône partout le retour à la nature, voici le catalyseur pour animaux! Il y a aussi ce chercheur écossais, anxieux pour la couche d’ozone, qui a expérimenté un additif alimentaire sur des ruminants afin d’améliorer leur digestion. Selon le savant, il faut diminuer les flatulences des vaches et des moutons qui produisent un gaz à effet de serre. Emprunter les calèches de nos ancêtres n’est qu’un attrape-touriste. Laissons les autos au centre-ville et promenons les chevaux à la campagne puisque ça pue. A Saignelégier, on ne s’est jamais plaint. Le traditionnel Marché-Concours présente 400 chevaux à la grande parade. Tous des sans-culottes!  

 

Marie qui se masse!

 

Un prospectus étalant l’attirail du parfait écolier a annoncé la rentrée des classes romandes par: «Back to school». Cela a dû faire hurler le président de l’Association pour la défense du français! Dans le catalogue, on trouve un kit de géométrie, une calculatrice de poche, un butler de bureau, un mini fineliner. Il ne manque que le cutter... Cela dépasse même le cadre de l’école: un téléphone MMS fashion assorti de jeux en download pour s’amuser à prendre des photos dans le dos des petites copines. Après le DVD et le baladeur MP3, il y a le PC portable très pratique pour les copier-coller sur Internet. L’élève gagne un temps fou dans les compositions en recopiant les encyclopédies en ligne. Moi qui profite des leçons d’anglais prodiguées par mes collègues Sabine et Laurent, je m’entraîne pour Noël à prononcer en phonétique: «Marie qui se Masse» pour Merry Christmas. Alors que j’aurai toujours de la peine à parler anglais, les ados sauront articuler cette langue en entrant dans la vie professionnelle. Ils connaîtront tout du software et du hardware. Et quand ils iront demander une augmentation au patron, ils comprendront plus vite que moi le vatefaireware!  

 

Vacances à l’essai

 

Le petit déjeuner à l’hôtel s’est vite transformé en cauchemar. Pendant les 15 jours passés au bord de la mer, madame n’a pas supporté le bruit des biscottes craquant sous la dent de son mari. Un crissement insupportable! Dans un silence religieux, les autres pensionnaires du Trois-Etoiles s’empiffraient à se faire péter la panse pour amortir le forfait. La séance du p’tit déj’ s’est révélée de plus en plus pénible avec les questions répétées de monsieur: «Qu’est-ce qu’on fait aujourd’hui? On va où?» Il est vrai qu’avec 30 degrés dès potron-minet, la moindre contrariété prend une ampleur incontrôlable. Pour monsieur, le plus dur a été de passer et repasser devant les devantures de boutiques. Plus madame se dévêtait sur la plage, plus elle se plaignait le soir de n’avoir rien à se mettre sur la peau. Les sorties nocturnes ressemblaient à un défilé de mode, les visites de galeries à des séances d’essayage. L’apprentissage des vacances a permis au couple de se connaître vraiment, la promiscuité ayant ressorti les qualités et les travers de chacun.  

 

 

Sondage qui quête…

 

Alors que par votre charme et votre élégance vous suffisez à me subjuguer, des statisticiens de tout poil viennent de publier une étude sur la gent féminine. Il paraît que vous aurez en moyenne 1,9 partenaire sexuel au cours des cinq prochaines années. Vous seriez donc presque fidèles... Vous placez l’honnêteté en premier (si c’est chez les mecs, vous êtes bien tombées avec moi), suivie de l’intelligence (là c’est moyen), la gentillesse (là c’est bon) et la morale (pas de ça ici). Femmes à l’âme sensible, je vous aime. J’adore vos mots doux que vous susurrez à mon oreille, j’apprécie l’impression de séducteur que vous me laissez et qui me permet de refaire la roue, celle du paon! Ici, je voudrais museler tous ces misogynes qui disent que vous n’avez pas le sens de l’orientation, que vous êtes superficielles, un danger public sur la route et que vous resterez à jamais cantonnées dans la classe du sexe faible. Mais le sondage était toutefois réaliste. Les dames ont avoué qu’entre elles leurs échanges pouvaient se révéler très tendus. Le terme «vieilles chipies» a obtenu 28,8% et 112 harpies n’ont pas voulu se prononcer!  

 

 

Le dentier qui fait rire

 

Dans la rubrique Insolite des journaux, on s’est gaussé du vacancier qui a vu sa croisière gâchée par son dentier perdu. Cette nuit-là, le bateau était secoué. Souffrant du mal de mer, le passager avait dû laisser ses troisièmes dents sur le lavabo. Il prit le soin de les envelopper dans du papier de toilette. Quand le service d’entretien fit le nettoyage de la cabine, l’objet passa à la poubelle. Tout le navire fut fouillé, en vain… Un mécanicien dentiste m’a raconté les réparations qu’il doit exécuter dans son laboratoire. Des dentiers lui sont amenés en très mauvais état. Le malheur n’arrive-t-il qu’aux autres? Comment cette dame a pu jeter du 4e étage ses fausses dents? Eh bien, explique le réparateur de prothèses, par une nuit d’insomnie, madame s’était débarrassée de ce qui la gênait. Et hop! sous la taie d’oreiller. Le lendemain matin, elle mit les duvets à la fenêtre comme d’habitude. Ça vous fait rire? Eh bien, moi pas. Après le cortège de la Fête des vendanges, je suis allé secouer mon veston au balcon. C’est de là-haut que j’ai expédié mon dernier message court... avec le natel et les confettis. Allô, vous riez toujours?

 

Cuisine trop grasse… 

 

Le sachet de sauce à salade peine à s’ouvrir, ça coince. «Il faut déchirer l’alu avec les dents, comme papa!» me lance mon petit-fils Valentin. «Mais lui, il a de bonnes dents», fis-je en essayant de nettoyer ma chemise maculée de sauce hollandaise. La tomate, l’œuf et la verdure ont la même insipidité: ai-je perdu le goût? Ici, la nourriture est aseptisée et la viande sous contrôle. Alors qu’au tiers-monde 32 000 enfants meurent chaque jour de malnutrition, dans les pays développés on connaît la malbouffe. En Suisse, un enfant sur dix souffre de complications cardio-vasculaires avec un taux de cholestérol trop élevé! Pour sortir de là, Valentin me tend une main encore grasse tandis que de l’autre il protège son jouet made in China. Ici le sol n’est pas glissant. Ça rassure! Une avocate américaine en stage dans les cuisines de l’Institut Paul Bocuse a glissé sur une tache d’huile et s’est fracturé un tibia. Elle réclame au pape de la haute gastronomie plus de 160 000 euros de dommages et intérêts! A ce compte-là, je pourrais me faire rembourser ma belle chemise et exiger des indemnités pour soigner mon agueusie...

 

Des oignons à la pelle 

Comme le veut la tradition, le Marché aux oignons de Berne se déroulera le quatrième lundi de novembre. On attend fébrilement les communiqués de presse. L'année passée, les dépêches étaient fantaisistes. Le Site officiel des paysans parlait d’une production nationale de 15 0000 tonnes... avec un zéro de trop. L’Agence télégraphique suisse, à défaut de planter des oignons, se plantait tout court en confondant des kilos avec des tonnes! Heureusement, le chiffre global de la production suisse avait été ramené à 15 000 grâce à la vigilance des rares correcteurs encore en fonction dans les salles de rédaction. L’article en question nous apprenait très justement que le Zibelemärit avait installé 684 stands contre 644 en 2003, année marquée par la sécheresse; que les marchands avaient décoré leurs étals dès 3 h du matin. Il faut dire que ce fut un régal pour une centaine de milliers d'yeux... qui ne pleuraient pas pour des bulbes! Pour réchauffer tous ces visiteurs, des tartes avaient été servies.
Mais les vraies tartes, ce fut les journalistes qui ont publié le chiffre de 60 000 tonnes d’oignons exposées au lieu de 60... 
 

 

 

Et si c’était votre journée? 
 

Les calendriers regorgent de journées spéciales. Elles sont souvent dédiées à l’enfance malheureuse par des œuvres philanthropiques. Ces organisations humanitaires nous invitent aussi à penser aux Journées de l’eau, de la santé, la paix, la solidarité, la tolérance, sans oublier celle de la canne blanche... Et si aujourd’hui c’était votre journée? Tout simplement la vôtre. Si ce matin vous vous êtes réveillé en bonne santé, sachez que vous êtes plus heureux qu’un million de personnes sur cette planète. Ensemble, essayons de travailler comme si nous n’avions pas besoin d’argent, apprécions les bons côtés de la vie, vivons comme si demain n’existait pas. Par ces bons préceptes, je m’étais construit une philosophie et je repartais d’un bon pied dans la quête du Graal. Mais en passant devant les vitrines de magasins, j’ai vu des décorations de Noël un 20 octobre. Soudain, toute la magie de cette fête s’est évanouie. Faudra user de faux-semblants pour traverser cette période imposée par le marché de la babiole. Avec les bons vœux creux, les bienveillants messages superficiels écrits sur des cartes pas même payées à l’association des aveugles... 

 

Prédiction d'un fait avéré 

Un moyen mnémotechnique permet d’apprendre les neuf planètes du système solaire en lisant la première lettre de chaque mot: «Mon Vieux Tu M'as Jeté Sur Une Nouvelle Planète». Cette initiation à l'astrologie achevée, on est encore à des années-lumière de la connaissance. Même les érudits ne sont pas toujours d'accord avec Madame E.T., l'astrologue qui dérange dans le cosmos des télévisions satellites. L'extraterrestre, perchée sur hauts talons pour mieux scruter le ciel, vient d'annoncer une journée spéciale de pleine lune opposée à Jupiter-Mars avec dissonances Mars-Saturne. Sous l'influence du cycle Saturne-Neptune, on aura droit à une pandémie de grippe aviaire en 2006. La prédiction aurait été plus fiable si on avait été avertis plus tôt. Toujours sur orbite, Madame rebondit chaque fois qu'un de ses livres sort de presse: «E.T. téléphone pognon!» Ecrivaine et conférencière, elle en sait plus que moi qui récite dans le bon ordre Mars, Vénus, Terre, Mercure, Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune, Pluton. Mais est-il nécessaire d'être si près de la pierre philosophale pour s'intituler prophète? Si c'est seulement pour parler désastre...



 

 

Esprit de Noël où es-tu? 

Les magasins font leurs promos avec des mannequins tout rouges. Les hommes d’affaires ont troqué la cravate contre une fausse barbe. Ces Pères Noël sont chronométrés: 30 secondes par enfant, pas une de plus! L’acteur britannique Alan Seymour, déguisé à la Saint-Nicolas , a été emmené par des videurs en plein centre commercial de Londres. Humilié, il a dû s’excuser d’avoir voulu écouter les poésies des bambins. Le brave homme pensait leur consacrer plus de temps.
Une fête chrét... ah non, stop! A New York, le vocable «Merry Christmas» est proscrit. On doit dire «Happy Holiday» pour respecter les autres communautés religieuses. Gaspar, Melchior et Balthazar sont contents...
En Suisse, devra-t-on bientôt dire «Quinzaine commerciale»?
A Zurich, on a déjà interdit au Père Noël d’asseoir sur ses genoux les petits enfants pour éviter les dérapages. Tino Rossi s’est retourné dans sa tombe en voulant sauver une strophe à sa chanson. Mais la société a changé. Il faut faire du fric rapidement, après on licencie le Petit Papa. Marqué par la poisse, le vénérable n’a du travail qu’entre le 6 décembre et le 25. Il est viré le 26!

 


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A Hélène 

Quand vous serez bien vieille, au soir à la chandelle...

 

A l’entrée, une pancarte annonce la bienvenue à Hélène C*, née en 1919. Dans le couloir, on croise une contemporaine accrochée à son déambulateur.
Une abonnée au JdJ le tient plié jalousement. «Bonjour Madame, vous aimez lire ce journal?» «Oui, surtout la page mortuaire et la météo.»
Hélène C* se dirige vers la salle à manger. Un bref discours lui est consacré. Ulysse applaudit. Lui, c’est un ancien domestique de l’Hospice des vieux, mais maintenant on doit dire Home du 3e âge. Dans les années 60, le chantre des Lovières aimait prononcer
des discours entrecoupés d’harmonica.
Adolescent, j’aimais l’écouter philosopher sur la conquête de l’Espace. L’homme qui parlait à la Lune, malvoyant mais visionnaire, est toujours sur Terre!
Chez la nouvelle pensionnaire, les souvenirs défilent à l’envers. Mais chaque résidant a une misère à raconter. Ici, la lutte des classes s’est arrêtée. La veuve du médecin côtoie celle de l’ouvrier.
On attend quoi? Le prochain repas, pardi!
Ulysse, toujours serviable, apporte le journal à ces dames. Alors, comme le poète Ronsard le fit pour Hélène, qu’il lui dise que je pense à elle. 
 

* Choffat, c’est ma mère...

 

 

 

 

«Est-ce que tu le sais?»  

Les adieux à Ray Charles

 

 

Sur trois accords de guitare, voilà ce qu’on fredonnait dans la cour de l’école: «What’d I Say», version française. En plein dans les années yé-yé, on affrontait l’ire de nos professeurs restés enlisés dans le recueil de l’abbé Bovet.
On découvrait la soul music. Issu du blues et du gospel, ce mélange musical sorti des tripes du peuple noir avait inspiré de jeunes chrétiens à introduire ce style dans nos églises afin de rafraîchir le répertoire du Psautier romand.
Aux obsèques de Ray Charles, dans une église africaine de Los Angeles, le révérend Robinson, onzième enfant du défunt, encourageait l’assistance à frapper dans les mains et à taper du pied. Des chants soutenus par 60 choristes, en présence de B.B. King et de Stevie Wonder, se sont élevés vers Count Basie et Duke Ellington.
Dans nos églises, de rares fidèles continuent d’ânonner des cantiques insipides et sans rythme. Des paroles mal adaptées comme dans L’hymne national suisse où l’on doit articuler la «pa-a-tri-i-e» d’un «cœur pi-i-eux» pour coller au phrasé.
En aucun cas je ne vivrais aux USA, mais j’aimerais bien y organiser mes funérailles!

  

Le ticket de métro

La mode du pantalon taille basse chez les filles nous fait entrevoir des tatouages sur leurs reins découverts. Imaginez une toile de Gauguin vivante avec des petites fleurs et un clou enfoncé dans le nombril pour tenir le tableau...
La taille de la culotte et du maillot de bain ayant rétréci, les baigneuses sont astreintes à pratiquer l’épilation totale. Sur les plages, on ne voit plus que les fesses qui, elles, cachent le string...
Aucune pilosité ne doit apparaître. Ce phénomène d’épilation massive fait le beurre des esthéticiennes qui voient affluer dans leurs salons des adolescentes désirant être polies pour être au net...
Ces générations de Vénus au mont pelé exhiberont devant leur mec chauve et imberbe un sexe complètement glabre. L’apanage du rasage n’est donc plus réservé à l’homme. Les esthéticiennes, recyclées dans la pratique du laser médical, ont cherché de nouvelles idées pour découper le blason. Elles ont créé la figure «ticket de métro». Il s’agit d’une bande verticale de 3 x 6,5 cm* laissée velue juste en dessus du pubis.
Le chanceux qui touchera le ticket pourra-t-il monter à bord? 
 

* source RATP

 

 

Mensonges sur le gril  

La journaliste française Catherine Frey suit un stage au JdJ. Elle dépeint la Suisse dans L’air du temps comme moi je le ferais de la France profonde. Curieux, je me suis intéressé à sa ville: Reims. Dans son quotidien L’Union, j’apprends que «la bande du barbecue» a été arrêtée. Selon le président du tribunal, c’est une équipe de «bras cassés» qui, après avoir festoyé autour d’une grillade arrosée de bière et de whisky, s’en sont pris, aidés d’un pied-de-biche, à un camion frigorifique d’un boucher. Quatre récidivistes: l’un est éclopé et se déplace avec des béquilles, mais il n’a pas hésité à escalader un portail pour commettre son forfait. Les protagonistes auraient, par hasard, découvert le fourgon parqué devant le dépôt. «C’était imprévu. En passant devant, on a voulu voir ce qu’il y avait dedans.» Sur place, la police a retrouvé des gants, une serpette et des cagoules. Le tribunal reste sceptique.
Leurs avocates contestent la thèse du cambriolage prémédité. L’une d’elles: «C’est en passant qu’ils ont eu l’idée de regarder ce qu’il y avait dans le camion.» L’autre: «C’est une simple curiosité.»
Ô douce France...

 

L'ascenseur espagnol

Après avoir roulé sur 2000 kilomètres d’asphalte, traversé plusieurs péages et bouchons, le touriste s’est retrouvé les orteils en éventail sur une plage.
Le soleil fait suinter l’huile de son indice «peau sensible». L’antimélanome à écran total le rassure. Mais il se méfie du parasol jugé inefficace par Isabelle Moncada dans l’émission A Bon Entendeur.
Les conseils de son médecin de faire de l’exercice reviennent à la surface tandis qu’il plonge dans l’eau salée.
Quelques brasses plus tard, il s’échoue sur un tabouret de bar. Plusieurs rasades d’alcool bon marché lui soufflent au visage. Soudain, le gong de l’hôtel tout proche l’invite à passer à table. L’estivant a déjà parcouru 50 mètres à pied en cette première journée de vacances.
Selon un éminent médecin, en 1950 les gens ne craignaient pas de marcher trois kilomètres pour se rendre à un endroit. Cette distance est tombée à 500 mètres en 1980 et à 150 mètres en 2004. Pour notre vacancier, il lui reste donc 100 mètres pour obtenir le quota journalier. Heureusement pour lui, la disco est au sous-sol de l’hôtel… et l’ascenseur est toujours en panne!

 

Adieu jolie Candy 

 

On apprenait le slow en s’appuyant sur sa partenaire, afin de ne pas trébucher et, ensuite, pour ne plus la lâcher... Dans les années 60, les tubes de l’été «I Whiter Shade of Pale» et «Only You» rythmaient les bals populaires. Le slow, danse préférée des dragueurs timides et rêveurs, a été parodié en 1972 par Sophie Daumier et Guy Bedos dans leur fameux sketch:
– Qu’est-ce qu’il est collant ce type!
– J’emballe sec, vas-y Jeannot!
Les disc-jockeys des boîtes à la mode ont peur de s’endormir sur de telles musiques et les ont rayées de leurs platines.
De nos jours, il faut être contorsionniste pour se lancer dans un breakdance. Les tendances techno, house, rap, trance, inquiètent les défenseurs du collé-serré. Ils ont créé un forum «SOS-Slow» sur Internet. Ces sauveurs des boums perdues ont bien raison. Il n’y a que dans les thés dansants qu’un homme-orchestre peut encore crier: «Aline!» pour qu’elle revienne. Mais elle ne viendra pas! On ne gardera que ce doux visage comme une épave sur le sable mouillé...
Déjà que «slow» signifie «lent», pourriez-vous imaginer qu’il soit en perte de vitesse?

 

Le piège à bostryches  

Une visite en 1975 chez mon ami peintre Jacques Minala m’avait fait connaître Môtiers. Les livres d’histoire racontent qu’une fée verte hantait ce bourg médiéval niché au Val... bien nommé «de Travers» depuis que sa baguette magique est tombée dans l’herbe folle...
Haut lieu culturel, Môtiers avait lancé en 1985 sa 1re Exposition suisse de sculpture en plein air. L’artiste m’avait invité à découvrir le Plat de Riaux, les gorges de Poëta-Raisse et les sentiers foulés par Jean-Jacques Rousseau.
L’autre jour, en flânant sur les traces de ces expositions, je me suis laissé dire que des amateurs d’art s’étaient extasiés devant un piège à bostryches qu’ils avaient pris pour une sculpture.
Je ris aussi quand j’apprends que le Centre culturel Beaubourg à Paris a été la victime d’un gag d’étudiants. Ils ont élaboré sur ordinateur un pastiche d’art en s’inspirant de Braque et Picasso. Dans le dos du gardien, ils ont réussi à accrocher aux cimaises un gribouillis qui est resté pendant cinq semaines sans que personne s’aperçoive de la supercherie. Leur œuvre bidon a fait l’objet d’admiration pendant 15 secondes en moyenne par visiteur contre cinq de plus pour les grands maîtres!

 

Liberté et droit de parole 

La liberté d’expression est un doux nom qui sonne creux aux oreilles de ceux qui en sont privés.
Dans notre démocratie, un orateur doit cependant peser ses mots pour ne pas tomber sous le coup d’une loi. On peut effleurer le sujet de la religion en prenant soin de ne pas développer l’actualité du foulard ou du mur.
Pour oser citer une personnalité dans une tribune libre, on vous invitera à réfréner votre animosité. Il faut savoir préserver même ceux qui vous ont indigné.
Les citations dont vous n’êtes pas l’auteur sont proscrites.
Il vous sera également interdit de citer le nom d’une marque pour ne pas faire de publicité. Vous devrez étayer sans déraper, rester dans le politiquement correct. A l’image des politiciens entourés de leur porte-parole, formé comme ébéniste en langue de bois...
Après avoir retenu tous ces bons préceptes, il vous restera le droit de parole. Mais, celui-ci est souvent limité à une poignée de minutes. Le mien est compté sur 22 lignes.
J’avais un tas de choses à vous dire sur les territoires occupés, mais je dois déjà vous quitter.
On parlera de liberté une autre fois... 

 

 

Votre courrier 

Vos lettres d’encouragement me permettent de continuer!   

(entre parenthèses, le No du tome concerné) 

 

Cher ami, un seul mot: félicitations, ou
 «Faits licites à Sion!»                                        Jean-Claude Nicoud, janvier 2002 
 

Formidable!, pour Les deux zéros (2).                  Adolf Ogi, le 17 juin 2002
 

Par ces textes, vous vous profilez dans
la lignée de grands devanciers romands
de notre corporation... Les Edmond Groux,
Georges Montandon, etc. pères Virgule
devant l’Eternel, ont beaucoup – et bien! –
écrit sur la langue française (dès les
années trente).                                                  Roger Chatelain, 25 juillet 2002 
 

Je viens de lire ton article qui est parfait;
concernant La tolérance feinte (3).                       Jacques Ingold, 29 juillet 2002 
 

Bravo pour tes billets!                                         Eugenio Dalessio, 20 août 2002
 

Je m’empresse de te commander l’édition
2003! Merci et bravo à l’artiste, amitiés.               Daniel Juillerat, 23 décembre 2002 
 

Votre Carnet de maladresses est un régal.
Ces divers états d’âme que nous avons vécus
pendant l’Expo.02, la féminisation de la langue
française, voir Misandrie à part (2),
les enfants qui ne vont plus à l’école à pied,
v. Attention: mères! (3), etc., vous les décrivez
très justement et avec talent.                              Alice Jacot-Descombes, janvier 2003 


 

Votre courrier (suite)
 

Félicitations pour le «concentré», excellent le
placement du mot «Nikon» dans
L’art porté aux nues (3).                                      Dan Niculescu, janvier 2003 
 

Merci pour ces nouvelles maladresses!
Les humains sont à nouveau brocardés
avec causticité, voir La peur du salaire (4).           Jacques Ingold, 26 janvier 2004 
 

Bravo! Ton article d’aujourd’hui m’a remplie
d’aise. Et j’adhère volontiers à ton Association
pour l’Abolition des Abréviations. Il y a assez
longtemps que j’enrage en pataugeant dans
ce marais. Ton initiative a d’ailleurs un petit air
à la Gueneau qui me convient tout à fait.
Zut, j’oubliais qu’il est le fondateur de l’Oulipo!
Nous retombons dans les abréviations.
Voir: Comme un pet dans l’eau (5).                      Claudine Houriet, 28 février 2004 
 

Merci, cher Monsieur, pour cet article ma foi
très bien «tourné». Musée Dürrenmatt (NE). 
Pour: Une particule à la culture (4).                      Janine Perret Sgualdo, 7 janvier 04/

Excellent! Nous pourrions, si vous êtes
d’accord, publier quelques passages de vos
Carnets dans notre site Internet.
Meilleurs messages du président de la
Fondation Défense du français.                           Jean-Marie Vodoz, 21 mars 2004/@ 
 

Monsieur Francis, je te dis bravo, tu donnes
ta pensée avec beaucoup de classe sans
succomber à des tentations lubriques faciles...
Concernant: L’éthique et l’étiquette (5).                 Gérard William Müller, 3 avril 2004/
 

Votre courrier (suite) 

A propos de Quand vous serez bien vieille:
J’ai beaucoup apprécié votre chronique.
Vous avez su, en quelques lignes, recréer au
moyen d’anecdotes l’atmosphère des Lovières
de Tramelan. Je vous remercie pour le regard
riche en humanité et en respect que vous
portez sur notre institution et sur les résidants
qui y vivent.                                                       Cyrille Voirol, le 19 juin 2004/@

                                                                     

Continue sur ta lancée, l’époque est riche en
contradictions qu’il s’agit de relever et tu le
fais à merveille.                                                  Pierre Bottinelli, 14 juillet 2004 

Continue sur ta lancée.                                       Christiane Frésard 


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Au rythme de la nature 
 Une retraite naturelle sans Couchepin 

 

Pendant l’été, j’ai cherché l’air frais dans les métairies. Ces restaurants d’alpage vivent au rythme de la nature. Aux fourneaux, la tenancière du Lessy prend même le temps de parler aux clients installés à la cuisine. Elle avoue acheter des poules âgées à bas prix. Celles que les marchands d’œufs ne veulent plus. Belle retraite pour des animaux élevés en batterie !
En moyenne, une poule saine ne pond qu’un œuf tous les deux à trois jours. Pour honorer les livraisons, il s’agit d’avoir un bon élevage. Une jeune poule coûte 25 fr. Au rancart, elle ne coûte plus que 3 fr. Elle pond à son rythme et cela suffit à la tenancière qui se gausse en racontant que le renard, dans ses escapades nocturnes, ne fait pas la différence entre les poules de haut standing et celles de basse cour...
J’ai aussi appris que le coq s’ébat avec les jeunes poules, mais va dormir auprès des retraitées. Le brave gallinacé y trouve sûrement la paix et la sagesse: c’est l’heure de la retraite dictée par la nature qui ne peut plus assurer la production. Même en période pascale ! Couchepin est un nom mieux assimilé au perchoir qu’au poulailler !

 

Découverte du néant niais 

Les dialogues de certains adolescents ne diffèrent pas beaucoup de ceux qu’on entend dans les émissions TV qui leur sont consacrées. La palme revient au Morning Live diffusé sur M6. Les élucubrations des jeunes présentateurs relèvent d’une langue jusqu’ici inconnue: le tuparlaqui. Ce n’est pas de l’anglais ni du néerlandais, c’est du néant niais. Cela donne l’impression que tout le monde parle en même temps sur le plateau sans que personne écoute.
Sur d’autres chaînes françaises, on a droit à des morceaux d’anthologie du bien-parler pour ne rien dire. Sur l’île de la tentation, dans les lofts et autres académies, quels dialogues ! On pourrait croire que Jean-Claude Van Damme est passé par là pour prodiguer ses cours de philosophie. Ce monsieur très musclé, acteur de cinéma belgo-américain, est un expert en tuparlaqui et néant niais.
Lisez plutôt une de ses citations: «La vie, c’est quelque chose de très fort et de très beau. La vie appartient à tous les vivants. La vie, c’est mourir aussi. Tous ceux qui sont morts n’ignorent pas de le savoir.»
Comme il vaut mieux ne rien dire que de se taire, il fallait
que je l’écrive…

 

Carte postale de l'Atlantide 

 

En relisant les cartes postales de vos amis, vous découvrirez les phrases les plus usitées, du style: «Temps superbe, 28 degrés à l’ombre, c’est super ! Une seule averse en 15 jours, c’est le paradis !»
Toujours les mêmes rengaines: il y a le ciel, le soleil et la mer.

Pendant les canicules qui ont sévi en Suisse, on a entendu à chaque coin de rue: «Quelle étuve, vivement l’orage !
Il supporte ces chaleurs, votre petit chien ? Pauvre bête, il a l’air de souffrir, comme nous d’ailleurs !»
Dans les magasins, c’est du pareil au même: «Ça va ?
– Ouais, à part cette chaleur, après les «commis», je rentre chez moi et je fais une sieste.
Souvent, la conversation se termine par: «Je suis crevé, on dort mal avec cette «tiaffe», encore 25 degrés à minuit !»
Alors, où sont tous ces gens qui vantent les fournaises du pays des vahinés, celui des pharaons ou des toréadors ?
Au fait, vous qui voyagez, avez-vous rencontré beaucoup d’autochtones sur les plages, l’après-midi ?
De mon petit coin secret, où je fuis l’insolation, la crème solaire (pouah !), la foule et les insectes, je vous envoie, vous qui souffrez au bureau avec 29,5°, un peu d’air… du temps*.

La main baladeuse

Arnold Schwarzenegger élu gouverneur 
 

La célèbre voyante Beth Davis a prédit l’élection d’Arnold Schwarzenegger au poste de gouverneur de Californie. Elle a lu dans sa paume une «incroyable capacité à diriger». «Il a cet étrange mélange entre un ours en peluche et l'énergie d'un guerrier», a ajouté la chiromancienne américaine.
Je croyais que pour élire un notable, on testait – comme en Suisse – l’intelligence du candidat. C’est vrai que pour Couchepin on pensait qu’il aurait du nez…
Mais revenons à Schwarzie: on retiendra donc une main capable de diriger et une autre baladeuse. C’est en tout cas les rumeurs qui circulent déjà. D’anciennes jouvencelles frustrées, qui se vantaient d’avoir croisé le jeune Arnold dans l’ascenseur, crachent maintenant leur venin. Un genre de «journal d’une femme de chambre» où Conchita balance tout à la presse pour écrire ses mémoires. Ça édite même des livres-poubelles relatant les travers de son ancien maître qu’elle a servi: ses tics, ses manies et ses frasques.
Les Américains aiment les best-sellers de la pire engeance. Comme Monica Lewinski : ça fait semblant d’avaler, puis ça crache…

 

Le bonheur sans l’horreur  

Dans un sketch, Fernand Reynaud tournait en dérision certains dictionnaires français/anglais. Ces Blitz de poche offerts aux touristes proposaient des phrases toutes faites, des civilités comme: «Bonjour Monsieur», «Je vous en prie, Madame».
La phrase «Où pourrais-je manger des courges à Londres?»
faisait rire l’auditoire car la courge était considérée comme nourriture pour les cochons.
Mais cela prend un autre goût quand on la nomme potiron, excellent quand c’est mijoté en potage. Les enfants s’amusent à tailler dans sa robe orange pour confectionner des masques ou des lanternes. C’est le bonheur sans l’horreur.
Lancés à grand tapage commercial il y a six ans par le biais d’Halloween, ces légumes-fruits se ramassent à la pelle. Mais toute la mise en scène venue d’outre-Atlantique a du plomb dans l’aile. Il semblerait que la crise et l’antiaméricanisme font tomber les masques de sorcières et autres squelettes fluorescents. Pour la panoplie de chapeaux et houppelandes synthétiques de goût douteux, les gourdins en mauvais plastique et le kitsch à outrance, est-ce le chant du cygne?
La vieille Europe ne s’est pas laissé manipuler comme une citrouille…

 

 

 

Une particule à la culture

Le milieu de la culture est bouleversant. Sorti de son antre sélect et pédant, voilà qu’il se montre érotique en s’introduisant dans les chambres à coucher. Ce qu’on appelait autrefois de la littérature sous le manteau est devenu aujourd’hui le thème même des expositions dites culturelles. Après «X-spéculations sur l’imaginaire et l’interdit», lancé par le Musée d’ethnographie de Neuchâtel, le Centre Dürrenmatt a réuni un aréopage de 200 personnes autour de Catherine Millet pour disséquer son dernier outrage, pardon ouvrage: «La vie sexuelle de Catherine M.»
Directrice d’Art Press, revue littéraire dont le siège est à Paris, l’auteure raconte sa vie sexuelle sans détour. Bien introduite dans le milieu, il lui a suffi de parler X sous l’égide de la culture. Selon des critiques littéraires, son succès tient davantage à sa notoriété qu’à son style d’écriture.
Parti de rien dans sa vie d’écrivain, Frédéric Dard savait au moins emballer la marchandise avant de la déballer. Au début, l’intelligentsia boudait ses bouquins en les considérant comme romans de seconde classe. Maintenant, à force de prôner le coït chic, les intellos vont provoquer la débandade... 
 

Pour un ou deux verres  

L'entrée en vigueur du taux d’alcool à 0,5 pour mille a été repoussée d’une année. Devant montrer l’exemple, les politiques ont 12 mois pour s’entraîner à modérer leur consommation lors des réceptions mondaines. C’est que la différence se joue sur un verre ou deux et pénalise davantage les femmes de par leur constitution. Je plains donc les politiciennes qui devront savoir doser l’apéritif entre les discours et les petits fours: juste un doigt de fin nectar pour faire santé à l’issue d’une session. Après les présentations et poignées de main qui s’éternisent – «merci garçon!» (alors que le plateau repasse) – que disais-je, ah oui, après les civilités, s’engage un débat sur le statut des fonctionnaires. «Super, vos mignardises, oh! juste un p’tit fond, c’est gentil.» Que disais-je?, Ah oui, les restrictions budgétaires pourraient nuire à toute une génération en quête de trav... «Sympa votre apéro: ah le petit vin blanc qu’on boit sous la Coupole...»
Z’est que la prophylaxie de l’alcool...hisme se heurte à l’héritage culturel, les traditions, l’attachement au terroir qui rendent les verrées légitimes. Santé, voilà le hic!
Le vin du 10 décembre avait l’bouchon ! 
  

La relativité du temps  
  

Un jeune de 15 ans inscrit à un cours d’astronomie était curieux de connaître la longévité d’un astre. Le professeur a expliqué que, vu la distance en années-lumière, l’étoile qu’ils étaient en train d’observer au télescope était perçue telle qu’elle était une année avant la naissance de l’adolescent. Par conséquent, un astre éteint brille encore à nos yeux de Terriens.
Les poètes, que cela a toujours inspirés, relativisent le temps qui passe avec l’éternité. Même sans connotation religieuse, cette image de l’au-delà nous invite à lever les yeux pour réfléchir à notre passage ici-bas.
Tiens, l’autre jour, j’ai expérimenté le temps qui passe. En enregistrant en vrac les téléfilms de la semaine sur cassettes, je les ai visionnés ensuite en sautant les plages de publicités. Sur les films regardés en différé, par rapport à un téléspectateur qui les aurait suivis en temps réel, j’ai gagné une bonne tranche de vie. Cela m’a permis d’arriver tranquillement à minuit pile le jour du 24 décembre. Les gens qui avaient peur de ne pas y arriver en courant comme des fous commenceront l’année 2004 ce 31 décembre après les douze coups du carillon.

 

Ecrit le 27/11/2005 19:24:04 Nom : Briesing Mail : briesing_briesing@hotmail.fr Site web : http://touch-and-go.over-blog.com IP : 82.66.155.27 
Message du commentaire : 
Désolée... moi, l'anglais, je me régale à le prononcer... mais Marie qui se masse, c'est pas mal, comme début ! ;) 
Ecrit le 24/11/2005 21:06:56 Nom : bonzo Mail : Site web : http://mapoesie.over-blog.net/ IP : 82.242.101.52 
Message du commentaire : 
Toujours aussi intéressant tes articles. C'est bien pour ça que je suis inscris à ta newsletter... 
Ecrit le 24/11/2005 12:05:23 Nom : Vincent Massard Mail : vnmassard@freesurf.ch Site web : http://www.votreplume.ch IP : 62.167.43.41 
Message du commentaire : 
L'Oulipo avait déjà, en son époque, tenté d'adapter la phonétique des langues de cette manière. Pour Montserrat Caballé, la cantatrice, il avait imaginé une campagne diffamatoire contre un concert de Thelonious Monk:
" Monk, c'est raté, cabale y est !" 
Ecrit le 20/11/2005 23:53:16 Nom : simone Mail : Site web : http://uppsala.over-blog.com/ IP : 81.51.128.115 
Message du commentaire : 
il faut de tout pour faire un monde ...
et je n'aime pas non plus la musique, comment dis-tu, du style Spice Girls...! 
Ecrit le 18/11/2005 23:23:33 Nom : bonzo Mail : Site web : http://mapoesie.over-blog.net/ IP : 82.242.101.52 
Message du commentaire : 
Bel article qu'en humble amateur j'apprécie. 
Ecrit le 16/11/2005 20:57:56 Nom : groove town Mail : Site web : http://groove.over-blog.com IP : 84.100.109.206 
Message du commentaire : 
vaut mieux qu'elles aient le ticket de métro sinon elles ne sont pas en règle!
sympa cet article, il en faut d'autre comme ça ! 
Ecrit le 16/11/2005 11:45:42 Nom : chris Mail : christiane@pastel-acrylique.com Site web : http://www.pastel-acrylique.com IP : 83.114.163.166 
Message du commentaire : 
un petit trait d'humour dans cette triste actualité c'est bon pour le moral. 
Ecrit le 16/11/2005 11:17:03 Nom : Carpette Mail : Site web : http://carpette.over-blog.com IP : 148.196.1.23 
Message du commentaire : 
Sympa ton texte. Un bisou d'une adepte du ticket de métro... 
Ecrit le 16/11/2005 00:31:09 Nom : Briesing Mail : briesing_briesing@hotmail.fr Site web : http://touch-and-go.over-blog.com IP : 82.66.155.27 
Message du commentaire : 
Ben en voilà des questions ! ! !
On peut toujours rêver ;)
Ecrit le 19/11/2005 20:50:32 Nom : chris Mail : c.marchese@chello.fr Site web : http://www.pastel-acrylique.com IP : 84.119.1.162 
Message du commentaire : 
Ton article est très intéressant mais personnellement je ne prends pas ces pédants au sérieux et si j'expose c'est avec d'autres personnes et je ne me prends pas vraiment pour une artiste juste quelqu'un qui peint pour se détendre et oublier les aléas de la vie. Amitiés, Chris 
Ecrit le 15/11/2005 11:52:52 Nom : Carpette Mail : Site web : http://carpette.over-blog.com IP : 148.196.1.23 
Message du commentaire : 
j'adore l'art, les tableaux, les expos mais alors dans les vernissages, je me sens toujours mal à l'aise en effet. Pour passer l'angoisse, je laisse couler quelques gouttes de délicat vin blanc dans mon gosier! 
Ecrit le 14/11/2005 20:05:22 Nom : Nemo Mail : Site web : http://lagargotteauxsouvenirs.over-blog.com/ IP : 83.115.175.183 
Message du commentaire : 
chaque minute de bonheur est bonne à prendre 
Ecrit le 14/11/2005 19:52:04 Nom : bonzo Mail : Site web : http://mapoesie.over-blog.net/ IP : 82.242.101.52 
Message du commentaire : 
Un bel article qui décrit bien notre société malade et surtaxée. Merci pour tes précisions sur la poésie dans un de tes commentaires. Les termes techniques s'en étaient allés de ma mémoire mais c'est parfois ce que j'essaye de faire même s'il est vrai que je pratique (par facilité) le vers libre. 
Ecrit le 11/11/2005 23:04:49 Nom : Bonzo Mail : Site web : http://mapoesie.over-blog.net/ IP : 82.242.101.52 
Message du commentaire : 
Bel article... Je manque de mots. peut-être qu'avec des gestes... 
Ecrit le 10/11/2005 13:16:46 Nom : Carpette Mail : Site web : http://carpette.over-blog.com IP : 148.196.1.23 
Message du commentaire : 
A quand la Barbie personne âgée? remarié 3 fois avec 10 petits enfants Ken et Barbie junior et un pépé Ken avec une grosse barbe grise...je m'imagine bien la scène. 
Ecrit le 10/11/2005 07:00:48 Nom : Briesing Mail : briesing_briesing@hotmail.fr Site web : http://touch-and-go.over-blog.com IP : 82.66.155.27 
Message du commentaire : 
Bonjour ! Ce matin, j'ai pris le temps de lire... c'est fou ce que tu nous racontes... 
Ecrit le 09/11/2005 12:41:30 Nom : Carpette Mail : Site web : http://carpette.over-blog.com IP : 148.196.1.23 
Message du commentaire : 
hihihi, pas mal tout cela. Ce qui me sidère le plus chez Victoria, c'est qu'elle clame haut et fort qu'elle n'a jamais lu un livre de sa vie,  Laeti et Carpette 
Ecrit le 09/11/2005 11:44:09 Nom : BRISOUX Michel Mail : provenanceblog@summib.net Site web : http://www.summib.net IP : 82.121.102.10 
Message du commentaire : 
J’étais très timide… Une personne m’a dit : quand tu es devant une personne qui t’impressionne, que tu es bloquée, que tu perds tous tes moyens, imagine cette personne dans un lieu où ni son intelligence, ni son statut social, ni ses bijoux ne le différencient de toi. Tu as le choix entre : nu comme un ver ou assis sur les toilettes… Sans aller jusque-là, le fait de me souvenir que la personne face à moi, n’est qu’un être humain, avec ses faiblesses, m’a fait perdre une grande partie de mes complexes.
Le jeu consiste à trouver le mot ou la petite phrase qui rappelle à mon interlocuteur que tout comme moi, il est né en criant et en pissant… 
Ecrit le 09/11/2005 10:45:21 Nom : lilou Mail : Site web : http://julie-nina.over-blog.com IP : 82.80.229.81 
Message du commentaire : 
Excellent blog! J'adore! 
Ecrit le 08/11/2005 12:16:49 Nom : Briesing Mail : briesing_briesing@hotmail.fr Site web : http://touch-and-go.over-blog.com IP : 80.118.27.52 
Message du commentaire : 
Merci, merci et merci pour cette histoire et sa morale !
bonjour Francis, je vais donc m'inscrire à la newletters. Amitiés jacques 
Commentaire de honrorius(site web) le 20/08/2005 - 14:24:22 
J'adore les mots, j'adore jouer avec, mais pas pour faire des jeux de mots, ce n'est pas mon fort. Pour le plaisir d'écrire (rien que pour moi). J'aime notre belle langue si riche en vocabulaire. Là je n'ai pas le temps, mais dés que j'ai 5 minutes j'irai lire les maladresses (je sens que je vais m'amuser) Amitiés 
Commentaire de cleomede(site web) le 20/08/2005 - 19:30:47 
Moi aussi j'aime bien les jeux de mots, scrabble et autres, quant aux livres de Catherine Millet, je n'ai pas pu aller au-delà de la 10e page, ça tourne en rond c'est toujours la même chose ! Chris 
J'apprécie l'impertinence et la pertinence du commentaire sur l'expo Catherine Millet. Avec toute mon amitié Vincent 
Commentaire de Vincent Massard (site web) le 25/08/2005 - 17:41:01 
Frédéric Dard était un grand écrivain. A sa manière, il a davantage respecté la langue que l'Académie française, qu'il conchiait - avec raison - dans la plupart de ses romans. 
J'ai eu la chance de le rencontrer deux fois, chez lui, dans le canton de Fribourg. Il aimait tant la vie que la langue française en chantait d'aise sous sa plume. 
Reste sa philosophie générale qui, elle, serait aussi belle en ouzbek ou en poldomoldave! Merci de lui rendre hommage jusque dans ce blog.


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Préface  

  

Cher Francis,
Tu me fais l’amitié de me demander de te préfacer ce cinquième recueil de maladresses. J’en suis à la fois honoré et effrayé. En effet, comment ne pas avoir l’air ridicule face à ton sens aiguisé du verbe et de l’observation? Tu te «plains» de ta petite taille dans ton ouvrage, alors que tu es un auteur à la hauteur et que je ne t’arrive pas à la cheville.
Chacun reste un artiste dans son domaine avec sa verve respective. Mais un artiste est une personne sensible. Et ce cinquième cahier m’interpelle par son chiffre 5.
Les 5 doigts de la main pour le rédiger, les 5 sens pour le savourer à sa juste valeur et les 5 branches de l’étoile qui caractérisent tellement le firmament et la consécration que nous recherchons tous dans notre art.
Je te dirai simplement pour conclure que, comme il ne faut jamais remettre à demain ce que l’on peut faire d’une seule, je multiplie 5 par 2 pour obtenir 10, car c’est le nombre de doigts qu’il me faut pour t’applaudir et te féliciter de ce nouvel ouvrage qui nous régale.
Vive 5-Francis et en route pour les 5 suivants! 
 

Daniel Juillerat,
fantaisiste-animateur

 

Le site de mon ami Daniel  
http://www.animation-daniel-juillerat.ch/





 
Avertissement 
  

Certains de mes textes sont à lire au deuxième degré. Mais que signifie exactement ce terme? Le deuxième degré, c’est simple à comprendre: quand on vous dit qu’il y a 1,8 enfant par couple en Suisse, ce n’est pas un enfant entier avec un morceau après la virgule. C’est une moyenne qui indique, malheureusement, qu’il n’y a plus assez de gens fortunés en Suisse pour se permettre d’élever deux enfants. Je vous retrouve juste après cette pause publicitaire.

(Espace publicitaire non reproduit ici )

Certains en ont fait un troisième par accident et ça donne des moyennes bizarres. Il y a aussi certains parents qui s’obstinent à faire la paire.           La quête de la parité est parfois plus vigoureuse que la recherche en paternité. Sauf peut-être si les derniers de nichée ne ressemblent plus aux premiers…
Il y a des gens très fermés qui n’arrivent pas à imager, tout doit être concret et palpable. Dans le domaine de l’art, si les premiers degrés se mettent à penser, ils disent: «On ne voit pas ce que ça représente.»
Dans les séries américaines distillées à la TV, ils connaissent par contre tous les épisodes et le nom des acteurs. Ils aiment suivre les sitcoms parce que c’est marrant, on leur signale même quand il faut rire. C’est très pratique quand on est du premier degré. Ils suivent assurément Loft Story. Là, le premier degré est roi. Comme pour un plat précuisiné, le poste TV se mue en micro-ondes. Les dialogues, les répliques sont fades.
Il n’y a pas de goût, pas de mots d’esprit. Si, par hasard, je devais être enfermé dans un loft, je m’amuserais à faire des contrepèteries. Le taux d’écoute se mettrait à flancher et l’audimat serait au plus bas. Je serais sûrement viré le troisième jour, mais je saurais enfin que j’ai pratiqué du deuxième degré…
Sur ce, retrouvez-moi sur la page suivante.               L'auteur

 

Sonnerie pour les cloches  

(4 fr./min) 
 

20 ct.  Les sonneries de natels rapportent beaucoup d’argent 
40 ct.  aux opérateurs mobiles. Par voie d’annonces, ils  

60 ct.  proposent des mélodies par SMS surtaxés. Un jeune 
80 ct.  a tellement dû patienter au bout du sans-fil qu’il a  

1 fr.     payé 150 fr. la musique du film Titanic. Pourquoi vouloir 
20 ct.  une mélodie complète alors qu’on va l’interrompre tout 
40 ct.  au plus 5 secondes après qu’elle aura retenti? 
60 ct.  Sachez qu’il est possible de composer soi-même son 
80 ct.  air préféré en bidouillant dans la fonction «compositeur» 
2 fr.     du portable. Logique, le chiffre 4 indique la note fa, etc., 
20 ct.  l’étoile définit l’octave. Pour les bémols, seule la touche 
40 ct.  dièse permet d’y accéder: on parlera alors de ré dièse, 
60 ct.  sol dièse et la dièse. Les touches 8 et 9 raccourcissent 
80 ct.  ou prolongent la note. Le tempo se règle en BPM, 
3 fr.     battements par minute allant du slow (40) à la valse 
20 ct.  rapide (225). Ainsi, cher lecteur du Carnet de 
40 ct.  maladresses, vous saurez, par ces quelques lignes 
60 ct.  payantes, esquiver une escroquerie par natel. Relisez 
80 ct.  trois fois mon texte explicatif afin que je puisse 
4 fr.     encaisser au moins 20 balles. Avouez qu’un Carnet de 
20 ct.  maladresses à ce prix et pour un an, ce n’est pas cher et 
40 ct.  vous vous épargnez une... çonnerie ! 

 

 

Amende honorable    

Alors que tout va très vite et qu’on n’a plus le temps de tergiverser pour des broutilles, il subsiste une ethnie en voie de disparition: les fonctionnaires tatillons. Celui que je dépeins ce jour m’est très sympathique, car il ne travaille pas aux impôts: c’est un bibliothécaire.
Un étudiant lui avait emprunté plusieurs ouvrages de sciences économiques et sociales. Mais il a pris du retard pour restituer un bouquin traitant de la toxicomanie, car il avait planché dessus pour écrire son mémoire. Il a été frappé d’une amende de 10 centimes. C’est le tarif en vigueur: dix centimes par livre et par jour de retard. Ayant déjà préparé la pièce de deux sous, l’étudiant la déposa sur le bureau et reprit son sac à dos pour s’en aller, arguant qu’il n’avait pas besoin d’une quittance. Mais il fut obligé de signer une fiche: une formule en bonne et due forme doublée d’un papier carbone, rehaussée d’un en-tête libellé dans les quatre langues nationales. «Reçu de Monsieur… la somme de dix centimes, <pour acquit>, la date et la signature du lecteur, deux tampons… le premier: <taxe de rappel>. Le second: <Bibliothèque publique et universitaire de Neuchâtel>.»

 

 La peur des nouveautés  

Groupés autour du poste à galène, mes aïeuls tendaient l’oreille pour suivre les nouvelles. Ils vivaient les débuts de la radio! Quand les enfants chahutaient, le père réclamait le silence avec autorité: «Ils vont vous entendre à la radio!» Il est vrai que les nouveautés ont toujours inquiété.
De mon clavier d’ordinateur, je me connecte sur Internet*.
Mon natel*, en panne d’argent, traîne sur le bureau.
D’un coup de souris*, via le télépaiement*, ma banque en ligne débite une somme rondelette dans le mobile*. Qui aurait cru ça il y a dix ans?
L’article que vous lisez a été tapé sur cet ordinateur et envoyé par e-mail* à la rédaction du JdJ en une poignée de secondes. Saisi dans le système informatique, il s’est couché enfin sur le papier de la rotative. Ensuite, les textes ont été canalisés sur la Toile*. Le journal virtuel* pourra être lu dans le monde entier grâce au Web*. L’évolution aidant, vers 2020, je n’imagine plus que des internautes* obèses passant commande de leurs victuailles par e-shop*. Le livreur sonne à la porte. «Entrez! Mettez tout au congélateur, je suis en train de chatter*.» En ne pratiquant que le surf*, ils auront l’index musclé, un gros ventre et des jambes… en pâte à modeler.

* Mots entrés dans le Larousse 2004.

 

 

 

L’automate qui parle...  

Un instant, s.v.p., je vous passe mon robot ! 

 

 Dans mon enfance, le téléphone ressemblait à une boîte noire surmontée d’une fourche. Mais une fois branché par l’employé des PTT, il était déjà opérationnel: il suffisait de tourner le cadran numéroté. De nos jours, l’achat d’un téléphone, c’est plus compliqué. Il faut faire la queue dans un «shop». L’anglais est de rigueur: pour bottin, on doit dire «directories». Choisir le bon modèle suréquipé de fonctions et lire le mode d’emploi: régler l’heure, la date, le réveil et la langue. Ensuite, on doit entrer un code secret. On peut même introduire dans la mémoire interne de l’appareil un annuaire personnel avec fonction «one touch»: c’est pratique et rapide, mais on ne connaît plus un seul numéro par cœur...
Mais la grande nouveauté est le service de Swisscom qui offre, à ses fidèles abonnés exclusivement, la fixnetbox. C’est un répondeur qui lit aussi les e-mails. Via Powergate, un site sécurisé sur Internet, une voix de synthèse baragouine vos textes. Les robots ont débarqué: on est entré de plain-pied dans l’ère de la non-communication!

Les 24 et 25 janvier 2004, les lecteurs du «Journal du Jura» pouvaient appeler mon répondeur téléphonique. Un enregistrement de cet article lu par une voix de synthèse les a fait rire aux éclats. 
Vous pouvez tester le module ci-dessous en copiant un texte: attention, il n'accepte par les apostrophes.

http://www.oddcast.com/home/demos/tts/tts_example.php?sitepal

 

 

Le silence des ados    

Les fêtes de fin d’année sont terminées. Les flonflons résonnent encore aux oreilles de certains fêtards car les disc-jockeys poussent toujours la table de mix au max. Pour s’amuser, les jeunes du 3e millénaire ont besoin de se retrouver dans des discothèques où l’on ne s’entend plus hurler. Dans quelques années, leurs tympans auront accusé tellement de décibels qu’ils souffriront de tinnitus. Cette perturbation irréversible de l’oreille interne génère des bruissements, chuintements, bourdonnements ou sifflements qui empêchent d’écouter le silence. Cela engendre à ceux qui en souffrent des difficultés d’endormissement. La première chose qui réapparaît au réveil est – bien entendu – le tinnitus, appelé aussi acouphène.
Des joyeux drilles, disséminés entre Paris, Londres et New York, ont eu la bonne idée d’organiser des «Quiet Parties» dans des établissements publics. Chaque participant a reçu l’injonction de se taire en touchant à l’entrée un bloc-notes et un crayon. Les seuls bruits autorisés: le cliquetis des glaçons dans les verres, les éclats de bouchons et de rires inévitables, ainsi que les murmures au bar.
La réussite de ces soirées va sûrement faire du bruit...

 

La marionnette de Mme 

Souvent, les revues féminines accusent le mâle de tous les maux. Il faudrait que monsieur, en rentrant de son turbin, termine une pile de repassage laissée en plan. Autrefois, le rôle du père était de lire le journal dans son fauteuil en attendant d’être servi ou de fesser les enfants pour affirmer son autorité. Après le souper, il courait à sa société de chant pour la répétition. Mais l’époque où le macho pensait: «L’homme descend du singe, la femme descend du linge» est bien révolue. L’homme du XXIe siècle donne aussi un coup de main à la buanderie et aux courses. Parfois, il est manipulé comme un pantin. J’ai un ami qui est à plaindre. Chez lui, tout est automatisé, les plats préemballés passent du congélateur au micro-ondes, les assiettes sont balancées dans le lave-vaisselle. L’épouse de mon pote a toujours moins à faire, mais elle délègue. Elle a même le temps de lire les magazines de la femme libérée qui lui suggèrent de traiter son homme en... mari honnête…

A l’ombre du mari jaloux 
 

Une semaine après les fastes de la Saint-Valentin, où chaque mâle a tiré à soi la couverture de lit pour proclamer «j’suis l’meilleur!», que reste-t-il de ces amours chevaleresques?
Fier comme un paon, le Roméo du 14 a cru qu’en offrant un bouquet à sa belle, il allait reprendre ses droits de cuissage. Que nenni ! La femme émancipée, qui ne porte plus la culotte mais le string, peut réfréner les ardeurs de l’amoureux en le traînant en justice pour harcèlement. Pourtant, la sagesse populaire disait : «Cent fois sur le sommier, remettez votre outrage !»
A mille lieues de l’évolution des mœurs, une Anglaise de
40 ans a déclenché l’alarme dans le portique électronique de l’aéroport d’Athènes. Inimaginable à notre époque: sa ceinture de chasteté, imposée par son mari jaloux, a retardé le décollage de l’avion! Après la fouille pratiquée par le service de sécurité, la gente dame a pu s’envoler sous la surveillance du commandant de bord.
J’aurais aimé prier pour cette pauvrette que le pilote fût beau et qu’en s’envoyant en l’air avec l’équipage, elle pût se gausser des mufleries de son conjoint. En effet, le rustre l’a conduite tout droit dans une cabine de pelotage! 
 

 

Comme un pet dans l’eau  
 

Quelque peu rancunier, je n’ai jamais apprécié les termes réducteurs. De taille plutôt petite, on m’a trop souvent traité de Pépin le Bref ou de rase-mottes. Etre né petit fait qu’on doit prouver, sa vie durant, qu’on a des idées d’envergure: le politicien neuchâtelois Claude Frey dixit.
Je suis fatigué de décrypter toujours plus de raccourcis: pour une maladie (TOC), un examen médical (IRM), un test ADN ou une liaison ADSL. La dernière abréviation qui m’a enragé, c’est celle aperçue dans un fascicule édité par une agence de placement. Pour désigner «Programmes d’Emploi Temporaire», les concepteurs ont choisi PET. Censée représenter par ces trois lettres malodorantes l’intégration ou la réinsertion professionnelle, c’est aussi, en quelque sorte, une bouteille en PET jetée à la mer. Pour peu qu’un chalutier la croise et veuille bien se donner la peine de lire le message: «Recherche travail désespérément», je crains que cet appel au secours ne fasse l’effet d’un PET dans l’eau.
Afin d’éviter à l’avenir des abréviations aussi aberrantes, je vous demanderais de bien vouloir signer ma pétition. Ecrivez à: AAA (Association pour l’abolition des abréviations). 
 

Le blues du chef 

Dans les pages sportives, les comptes rendus de matches se ressemblent. Quand l’équipe a perdu, c’est à cause de...
Si on bossait à la rédaction du JdJ comme certains shootent, cela donnerait ceci: «La page Auto a dû être montée en catastrophe car le chef d’édition est hospitalisé suite à un accrochage avec un surfeur sur une piste de ski. Le supplément consacré au marché immobilier a été conçu par une polygraphe en retour de congé maternité et c’est pour elle un nouveau défi. Malgré cela, l’équipe du JdJ s’est bien battue contre Macintosh qui a planté plusieurs fois dans la soirée alors que le bouclage de la dernière page était en phase de finition.»
Pour revenir aux litanies sportives, voici les paroles de René Lobello entendues sur Canal Alpha quand Xamax a retrouvé en match de championnat le FC Bâle qui l’avait déjà laminé par 6-0 en Coupe de Suisse: «Soit on se lamente, soit on relève la tête. Mes joueurs ont de bonnes dispositions et je pense qu’ils vont se ressaisir. Il faut chercher le petit déclic. Tout est une question de mental. L’équipe est une battante.»
Comme Patricia Kaas dans sa chanson, le chef a du gospel dans la voix et il y croit !

 

L’éthique et l’étiquette  
 

Peut-on rire de tout?, voilà la question. L’humoriste Dieudonné a compris que la plaisanterie chez les religieux, ce n’est pas du pain bénit. Il s’est brûlé les ailes sur le buisson ardent. Alors, rions d’autre chose. Il est des sujets renouvelables et d’autres figés. Prenez les Peutch: leurs sketches, c’est la copie conforme des homes de vieillards. La sénilité contrefaite se pose en miroir de ce qui nous attend. Alors, rions en forme d’exutoire. Mais c’est le sujet qui va mal vieillir. S’enfermer dans un sujet, voilà le pire pour les gens du spectacle.
François Silvant, lui, peut aisément se renouveler grâce à ses nombreux personnages qu’il campe avec talent, de la Vigneronne à Madame Pahud, en passant par toutes les icônes helvétiques.
A l’opposé, deux comiques vont tous les soirs au casse-pipe sur la scène parisienne. Cuche et Barbezat jouent tout nus les marionnettes du pénis en le triturant à l’envi. Et le public en redemande! Cependant, la sortie des artistes passe toujours par la loge. Quel nouvel habit vont-ils enfiler? Vont-ils réussir à décoller l’étiquette? Celle-ci indique toujours la façon de laver au troisième degré. Vont-ils repasser?

Le coup d’œil masqué

• A Rio de Janeiro, des policiers ont chassé un artiste qui exerçait ses talents sur la plage. Ils lui ont intimé l’ordre de détruire ses œuvres, éphémères mais jugées obscènes: des femmes nues sculptées dans le sable. Il paraît que la statue d’el Cristo se bouche les yeux à carnaval...
• A Houston, lors d’une retransmission en direct du Super Bowl, Janet Jackson a scandalisé des millions de personnes en dévoilant un sein. Il était pudiquement décoré d’une étoile. L’Amérique, qui redore la sienne, découvrait enfin l’arme de séduction massive. La sœur de Bambi a dû présenter des excuses au peuple américain et à MTV. Cette chaîne diffuse pourtant chaque soir à 23 h «Jackass», une émission complètement débile. Personne ne porte plainte pour atteinte à la dignité!
• A Paris, 62
militants antipub sont poursuivis en justice. Interpellés lors de barbouillages d’affiches dans le métro, ils devront s’expliquer devant la RATP qui leur réclame plus d’un million d’euros. Des centaines de manifestants avaient noirci des top-modèles, genre Claudia Schiffer, qui étalent leurs croupes incendiaires et parfois anorexiques. Il est vrai que
si la publicité attire les regards, la blonde attire les ringards!

  

Cinq minutes qui enragent  
 

Mon grand-père m’avait raconté que, pour une photo passeport, il était descendu de Tramelan à Bienne. Il avait pris rendez-vous chez un professionnel. Pour se faire tirer le portrait, il avait consacré une journée entière, au rythme du train à vapeur et des haltes obligées au Buffet de la Gare...
Son petit-fils, ici présent, a connu l’époque glorieuse de la photo argentique où l’on revenait de la mer avec trois films de 36 poses dans la besace. Le droguiste du village nous les développait dans les dix jours. On bénéficiait encore de ses vastes connaissances sur l’emploi du flash dans les contre-jours, la pose B, les filtres couleur et la profondeur de champ.
L’autre jour, sur le quai de Neuchâtel, un adolescent prenait sa copine en photo numérique. «Tu me l’envoies à mon adresse
e-mail, d’acc?», lui crie-t-elle en filant vers le TGV.
Arrivée à Paris, elle s’installe à l’ordinateur et relève son courrier électronique. Elle enrage: le fichier joint ne s’ouvre pas! Après cinq minutes de bidouillage, elle peut enfin s’admirer à l’écran dans une pose Star Ac’. Elle envoie alors un courriel à son ami: «Merci pour la photo, mais j’ai mis un temps fou à l’ouvrir!»

 

 

Boulevard de l'indifférence 

 

A l’époque où la télévision diffusait encore des vaudevilles, on découvrait les frasques de couples à la dérive. Quand l’adultère touchait la femme, c’était une comédie. Quand l’épouse trompait le mari, c’était une tragédie.
En guise de théâtre, on a maintenant la téléréalité. Les acteurs sont des gens... de la rue comme dirait Jean-Luc. Et c’est vrai que ça se discute...
Voici le profil des acteurs: mère divorcée sans torts, deux enfants dont l’aîné – qui a un gros nez – sniffe comme un aspirateur. Une s
œur boulimique et nymphomane, un père alcoolique qui fait la manche avec un poil dans la main. Le déballage télévisuel peut commencer.
Côté téléspectateurs, le décor est planté: sur le guéridon du salon enfumé, monsieur allonge ses jambes et bouscule les bouteilles de bière vides contre le cendrier plein de mégots. Madame se vautre sur le canapé et critique les pauvrettes de son âge qui font dix ans de plus à cause de leurs déboires.
Générique de fin. Le couple va se coucher, sans plus rien à
se donner que le plaisir de ronfler en harmonie. Un ronflement malsain: l’abus d’indifférence nuit gravement à la santé! 



J'vous ai apporté des...

 

La vendeuse ouvre son kiosque. Constatation amère: le cornet de croissants que le boulanger livre chaque matin n’a pas été déposé devant la porte. Vu l’affluence des clients, elle s’inquiète et téléphone à la boulangerie.
A quelques kilomètres de là, un père de famille prépare le petit déjeuner et aperçoit sur la table de cuisine un grand cornet. Ravi, il interpelle sa femme qui sort de la douche: «Tu te rends compte de la surprise: le gamin, qui est rentré à passé 5 h, nous a apporté des croissants tout chauds.»
A peine essuyée, enveloppée dans son linge de bain, madame rajoute: «C’est la Fête des mères, il y a pensé! On ira le remercier plus tard; il doit dormir après cette nuit passée à la disco.»
Les parents se servent et l’un d’eux plonge sa main sur un bulletin de livraison portant l’en-tête d’une boulangerie et le nom d’un kiosque. «Merde alors!», s’étrangle monsieur avec la dernière gorgée de café. Aussitôt, il enfile son pardessus.
La gérante du kiosque a encaissé l’argent de la marchandise dérobée et accepté les excuses humblement formulées par un père désolé.
A une époque plus ou moins lointaine, pour expier une bêtise pareille, j’en connais un qui aurait pris son fils par la peau du cul. Il n’est plus là, mais je lui dis merci papa! 
  

 

 

 
 

Que vais-je encore gober?

«Soleil vert», film de science-fiction sorti en 1973, montrait notre civilisation dans un New York à l’agonie, sans ressources nutritives. Le scénario nous projetait en 2022. Il ne restait pour nourrir la planète que du «soleil vert», sorte de biscotte fabriquée à base de plancton mais qui se révéla ensuite...
je m’abstiendrai de l’écrire ici, car c’est bientôt l’heure de passer à table!
Aujourd’hui, à 18 ans de l’échéance fictionnelle, on découvre des salmonelles dans la viande et les œufs, dans les fruits et légumes quand ils ne sont pas rincés... à l’eau potable qui manque déjà à un tiers de la population mondiale. On parle de listériose, vache folle, légionellose et pneumonie atypique.
Cet hiver, le tendre poulet est grippé et le saumon tousse (trop fumé?).
Curieusement, les Américains reviennent à une nourriture plus saine. Quelque 25 millions d’entre eux ne jurent plus que par le Dr Atkins, célèbre gourou de la diététique. L’Oncle Sam pourra vanter ses nouveaux menus «minceur». Venant du pays des OVNI, (Objets végétariens non identifiés), cette cuisine du futur ira garnir les assiettes des Martiens qui viennent d’être sondés...


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Préface  

Nous nous fréquentons, Francis et moi, sous le double amour des mots et des notes: quand on prend des notes on joue des mots et quand on chante des mots on joue des notes!
Le premier des Francis que j’ai rencontré est le Francis musicien, l’homme-orchestre nourrissait une grande passion pour la langue, qu’il avait d’ailleurs bien pendue. Sa logorrhée n’avait de cesse que dans ses solos d’harmonica! Mais l’homme est jovial, convivial, et son français, sans fautes, pas trivial – faut-il rappeler qu’il est correcteur? – on ne peut donc pas l’accuser d’avoir mauvaise langue! Et pourtant… Francis traque les petits travers et les grosses bêtises de nos comportements et de nos dires. Cela ne plaît pas à tout le monde! Eh non, pour supporter la satire, il faut de l’humour! Que les pisse-froid qui ne tolèrent pas qu’on fasse des gorges chaudes de leur tiède insignifiance lisent autre chose que ce carnet… la posologie d’un médicament contre la constipation par exemple! Moi, au contraire, je suis friand de l’art de ne pas ménager les gens en les passant à la moulinette du rire, surtout quand c’est concocté, comme par Francis, avec les saveurs de l’esprit, assaisonnées au grain de sel de la fine observation et pimentées de quelques épigrammes de franches gauloiseries! Sans vouloir en faire un plat, j’ajouterai que le festin est très digeste, car toujours bienveillant! Et je choisis «l’arme honnie qu’a» Francis, plutôt que la musique à Bush! Les maladresses de Francis sont l’écrit du cœur! Alors, bonne lecture sensible...
                                     
Gérard William

 

Mon ami jongleur de mots, musicien, comédien, metteur en scène.

On a perdu le fil…

Munis de gants de vaisselle, les volontaires accourus au chevet des plages galiciennes n’ont même pas trouvé l’appui des autorités espagnoles pour l’hébergement. Faute d’argent?
Suite au naufrage du pétrolier Amoco-Cadiz en 1978, des millions avaient été versés aux 90 communes bretonnes victimes de la marée noire. Mal gérés, ces fonds ont davantage servi à colmater des trous budgétaires qu’à protéger l’environnement. En même temps, au Salon des inventions de Genève, on testait un appareil transformant de l’eau mazoutée en eau potable…
En 2002, pas de grandes découvertes à signaler si ce n’est
le gaz de théâtre que les Russes ont expérimenté sur des spectateurs, tandis que les Américains étaient à l’anthrax entre deux scènes du Grand-Guignol. Après l’invention du cracher de noyau de cerise sur le gâteau, relevons le crash d’une fusée capable de pulvériser 990 millions en trois minutes.
Gageons que l’humanité retrouvera un jour le fil… d’Ariane! 
 

  

Le feu virtuel 

Au Canada, une chaîne de télévision a diffusé un feu de cheminée en direct pendant quatre heures. On peut même acheter la cassette vidéo qui a connu – comme le foyer – un bon tirage: 100 000 exemplaires ! L’émission a décroché la timbale. En quête d’Audimat, la Télévision suisse romande aurait l’embarras du choix dans ce créneau, les sujets ne manquant pas: le lac de Neuchâtel avec un coucher de soleil se noyant dans le trou de Bourgogne; une partie de pêche à la ligne où l’on verrait le bouchon frétiller, garantissant le suspense comme dans un Derrick: mordra ou mordra pas? Imaginons un téléfilm représentant un aquarium de poissons exotiques avec en plan fixe leurs pérégrinations dans des alcôves artificielles. Si le téléspectateur en est arrivé à se contenter d’une image virtuelle, c’est qu’il en a marre des actualités distillées en boucle sur EuroNews. Il tremble pour ses enfants. La petite lucarne pourrait afficher le logo rouge en continu ! 
 

Muet comme une carte 

A une époque pas très lointaine, avant d’entrer dans une cabine téléphonique, il fallait préparer son sac de monnaie. Comme les appareils se faisaient cambrioler, les PTT ont instauré les fameuses cartes à prépaiement. Les premières séries s’enfilaient dans le sens de la largeur, rendues caduques par une transformation sans préavis des automates: la carte s’enfile dès lors par le côté. Mais gare à son expiration ! Pourquoi donc une date butoir? Pour obtenir une explication, il faut composer le numéro d’une hot-line au préfixe 0800. Une voix féminine de synthèse vous accueille: «Bienvenue chez Swisscom; appuyez la touche interactive du service concerné; (petite musique); veuillez patienter, on vous passe le service; temps approximatif malheureusement de cinq minutes environ (petite musique bis), puis publicité pour la hot-line que vous êtes entrain d’appeler, à votre disposition 24 h / 24.»
En exposant votre problème et en répétant votre question à chaque spécialiste qu’on vous refile, c’est vous qui expirez : vous restez muet comme une carte…
A force de réduire son personnel et ses prestations, le géant bleu vous laissera un jour sur la touche ! 
 

Le prix d’une vie  

Les Français aiment les statistiques truffées de clichés pour donner de l’impact aux chiffres. On apprend dans une étude que le nombre d’accidents mortels sur les routes de l’Hexagone est apparenté à un crash d’un Concorde chaque semaine. L’avion supersonique, entré d’abord dans la légende, puis dans un hôtel (disons à une encablure…) et ensuite au musée, a été utilisé dans ce sondage quand il faisait encore le plein avec
92 VIP à bord. L’enquête compare ensuite le bilan semestriel avec les tours jumelles de New York. Par année, c’est l’hécatombe, assimilée à un conflit armé en déplorant
8000 morts en 2002.
Un livreur de pizzas a été suivi dans les rues de Paris par une équipe de tournage. Le film a révélé que le motocycliste était plus soucieux de sa livraison que du code de la route. Il a grillé les feux rouges, roulé à contresens, sur les trottoirs, coupé la priorité et failli renverser plusieurs piétons sur des passages cloutés. Tout ça pour une pizza… est-ce le prix d’une vie? J’avoue que cette pâte, nappée de tomate, surmontée de jambon et de fromage – avec ou sans champignons –, peut être excellente. Pourtant, exiger de se la faire livrer absolument chaude peut conduire à ce que le pizzaiolo soit froid.
Avec ou sans les honneurs ! 
 

Le chiffre 7  

Les astronautes qui ont perdu la vie dans la navette Columbia étaient au nombre de sept. Ce chiffre mythique a traversé l’Histoire. Ces sept mercenaires de l’espace possédaient probablement les sept vertus requises: la charité, le courage, l’espérance, la foi, la justice, la prudence et la sagesse. Mieux que nos sept Sages !
Une association française pour la sauvegarde du bien-manger a adressé au pape une supplique pour que le terme «gourmandise» soit remplacé par «gloutonnerie» dans la liste des sept péchés capitaux qui sont : l’avarice, la colère, l’envie, la gourmandise, la luxure, l’orgueil et la paresse. Dans d’autres langues, le terme incriminé traduit mieux la «gloutonnerie» ou la «goinfrerie». Malheureusement, Lionel Poilâne, célèbre boulanger et fondateur de «La question gourmande», a péri dans un accident d’hélicoptère sans connaître la sentence de Jean Paul II. Ayant connu le même destin que les sept astronautes, osera-il demander à saint Pierre d’abolir le vol ? 
 

Les quatre vérités  

Souvent il m’arrive de me lever du bon pied pour affronter la journée. Mais je ne connais pas à l’avance les ennuis qui vont me tomber dessus. Comme d’habitude, je prends mon café devant le petit écran ; j’appuie sur la télécommande pour suivre
«Les 4 Vérités» de Télématin sur France 2. Soudain, l’image se brouille. Optimiste, je pense à une panne de réseau. Mais je dois me résoudre à emmener mon poste TV à l’atelier de réparation. Au magasin, il m’en coûte déjà 60 francs pour établir un devis. Convaincant, le vendeur me fait comprendre qu’il vaudrait mieux changer le «vieux» téléviseur par un neuf. «Voyez notre catalogue et les offres du mois, me lance-t-il, ainsi vous économiserez les frais du devis.»
Je me souviens que mon magnétoscope VHS avait subi le même sort. A notre époque, on ne répare plus, on nous encourage à jeter…
Je contemple dans un dernier adieu cette relique d’à peine cinq ans. Le sigle «hi-fi» argenté qui trône sur le devant de ces engins audiovisuels me nargue et me toise comme on toiserait un cocu. Pas de doute, c’était bien l’heure des quatre vérités : la haute fidélité n’existe plus! 
 

A quoi bon s’enrichir !  

Dans la banlieue de Dijon, le bureau de tabac «Les Trois-Saffres» a fait parler de lui sans le vouloir. Il a délivré un bulletin de loto à un mystérieux client qui a coché les six bons numéros, plus le complémentaire ! C’était le 28 décembre 2002 et la providence a voulu qu’en période des Fêtes la supercagnotte fût dotée de 3,5 millions d’euros ! Le pauvre bougre avait misé la modique somme de 6 euros... Distrait mais pas très discret, il a remué le pays entier, car, soixante jours plus tard, soit le 27 février 2003 à minuit, il ne s’était toujours pas fait connaître à la Française des Jeux malgré le battage médiatique lancé autour de cette affaire incroyable !
Les clients du kiosque y vont tous de leurs commentaires et hypothèses.
Quant au couple de gérants, il redoute qu’une personne éplorée vienne un jour présenter le coupon périmé. On pourrait alors mettre un visage sur l’inconnu. Dommage, ça pourrait casser les rumeurs au Café des Commères…  
 

Combat pour l’amour  

C’est l’printemps, la saison des amours ! De vilains crapauds traversent la chaussée pour aller draguer des grenouilles coassant aux fenêtres. Mais le racolage est interdit. Les passes sont tolérées… en cachette. A Paris et Zurich, les autorités vont bientôt punir le client, comme en Suède !
Dans le monde animal, les pérégrinations des batraciens ont commencé. Les grenouilles se rendent sur leur lieu de ponte au péril de leur vie. Les associations de protection des animaux ont lancé un appel à la prudence. Pour éviter d’écraser les amphibiens, l’automobiliste devrait zigzaguer, mais comment faire avec un taux de 0,0 
0/00 dans le sang ?
Des bénévoles ont érigé des murets au bord de certaines routes. Ils recueillent les bestioles pour les reconduire au marais. Il paraît que des vauriens en profitent pour se servir. Ils repartent, le coffre plein de cuisses fraîches. Pauvres crapauds, passer à la casserole lors d’un périple amoureux... Faire l’amour, serait-ce devenu le parcours du combattant ? 
 

Vive l’eurofrançais ! 

Absents de la zone euro, nous aurons quand même droit, nous les Suisses, à l’eurofrançais. C’est un e-mail, reçu le 1er avril, qui l’affirme. Voici la réforme établie sur cinq années.
An 1 : les sons «s» seront remplacés par «z» alors que «k» se substituera à «c» et «q», ze ki permettra de zortir de la konfuzion aktuelle.
An 2 : remplazement du «ph» par «f», ze ki aura pour effet de rakourzir un mot komme fotograf.
An 3 : des modifikations plus draztikes zeront pozibles, notamment la zuprezion des lettres doubles et des «e» muets, zourz de konfuzion.
An 4 : les gens zeront devenus rezeptifs à des changements majeurs, tel ke remplacer «g» par «ch» ou «j» par «k», ze ki zimplifira davantach l’ékritur.
An 5 : le «b» zera remplazé par le «p». Le «v» sera auzi apandoné, au profi du «f». Efidamen, il y aura moins de touch zur le klafié. Une foiz en ordr, l’ortokraf zera enfin lochick. La réchion la mieu préparé est l’Alzaz : les chens le pratik décha kouramen. Pour les autres, ponchour l’ankoiz ! 

Le grand saint Bernard  

Les scénaristes de téléfilms regorgent d’idées. Dans les polars, l’inspecteur de service voue à sa profession un attachement hors norme, se lançant dans des filatures interminables. Le téléspectateur aime ce genre de police où le mot ripou est absent du vocabulaire verlan. D’autres séries TV occupent un avocat désintéressé qui s’acharne à prouver l’innocence de son client sans le sou. Parfois, l’acteur principal est un toubib. Dernièrement, on a vu Véronique Jannot dans le rôle d’un médecin généraliste, acoquinée à un chirurgien. Le couple s’est démené pour protéger un loubard blessé par balle. La doctoresse a même été bâillonnée, séquestrée et agressée quand elle n’obtempérait pas aux ordres d’un Beur refusant d’appeler une ambulance pour son frère.
Les faiseurs de téléfilms viennent de recruter un ex-taulard pour incarner un inspecteur. Il se nomme Valence… (rien à voir avec Valenciennes). L’acteur en question – au civil : homme d’affaires, écrivain, animateur, chanteur –, joue au flic après avoir volé… au-dessus d’un nid de coucou au théâtre. Que connaît ce personnage, tapi à l’ombre, des énigmes policières? «Bon Dieu, mais c’est...  bien sûr!»,  avec un nom comme ça, il reste collé au parquet, entouré de plinthes… Sur la trace de Simon Templar, il fera un bon saint-bernard !

 

 

La femme qui me rassure 


A la Fête des mères, j’ai invité ma femme au restaurant. Le menu était assorti d’un vin rouge en promotion, un cabernet-sauvignon du Chili. Epaté par ce nectar mais privé de mes lunettes – déjà deux verres en moins… –, j’ai relevé tant bien que mal l’étiquette. J’ai griffonné le nom, l’origine et le millésime. Plus tard, ma femme a déniché au magasin la même chopine au prix de 2 fr. 99 (18 fr. au bistrot). Selon mon ami cafetier, la marge de bénéfice est normale: il faut compter le service et les frais généraux.
Je n’attendrai plus la Fête des mères pour remercier celle qui sait acheter au meilleur prix et gérer le ménage. Jamais elle ne compte son temps.
Dans une ode à la femme, Serge Reggiani chantait pour Sarah : «C’est ma richesse, ma perle, mon bijou, ma reine, ma duchesse.» Pour ma femme, ce sera: «Si vous la rencontrez, le dos voûté sur les prix bas, ne riez pas, n’y touchez pas. Elle semble porter le fardeau des prix trop hauts qu’elle a dû fuir. Lorsque la nuit nous réunit, son corps, ses mains s’offrent au mien et c’est son souci d’économies sur les factures… qui me rassure.»
 

 

La paix des chaumières  

Depuis la guerre en Irak, on n’a jamais autant milité pour la paix. Des drapeaux arc-en-ciel la prônent en italien (Pace) et en anglais (Peace). Dans un petit village bien de chez nous, certains propriétaires de villas ont pavoisé. A côté du drapeau rouge à croix blanche flotte l’arc-en-ciel dont le dégradé de couleurs ressemble étrangement à l’étendard érigé dans les Gay Pride. Mais là, il n’y a pas d’ambiguïté, c’est bien la paix qu’on réclame dans ce quartier engazonné et le chemin orné d’une pancarte dont la première lettre est aussi P, comme Privé. Loger dans ces résidences individuelles donne l’impression de vivre dans un havre de paix. Certes, il y a bien eu la plainte pour le chien qui s’est lâché plusieurs fois dans le jardin du voisin. Il y a eu également l’histoire des gamins qui ont sali la façade avec leur ballon plein de boue. On passera sous silence le raffut du vélomoteur de l’adolescent qui s’est rentré à 1 h du matin. Les résidants ont aussi connu la terrible guerre des tondeuses à gazon. Mais le pire à supporter, c’est le pacifiste bariolé qui fait la gueule à son voisin depuis 20 ans pour un droit de passage ! 
 

La peur du salaire  

Madame Paulette s’active de bon matin. Elle ouvre son kiosque et prépare les présentoirs à journaux. Au passage, elle salue les lève-tôt qui lui adressent un signe amical. Dès 6 h, les premiers cafés sont versés dans les tasses tandis qu’elle se décarcasse. C’est comme dans «Paris s’éveille». Vers 10 h, un monsieur respectable vient valider sa feuille de chômage. La patronne du kiosque lui fait remarquer qu’il est interdit de tamponner deux fois de suite, car il est déjà venu il y a une vingtaine de jours. «Vous savez que je peux avoir de sérieux ennuis avec l’Office du chômage si j’abuse du tampon», prévient-elle gentiment. L’homme, résigné, s’en va avec sa formule pliée en quatre, enfilée à la va-vite dans la poche de son veston. Un mois plus tard, il revient acheter deux cartouches de cigarettes. En payant, il exhibe à nouveau sa fiche dont le timbre d’un employeur potentiel prouve qu’il cherche bel et bien du travail. «Je vous engage, lui lance Paulette. Vous pouvez commencer demain. Ouverture du kiosque à 5 h 30, servir les cafés dès 6 h.» Le monsieur est parti pour de bon. 
 

L’odeur de l’argent  

A notre époque, il est presque gênant d’avoir du travail par-dessus la tête. Le dilemme pour certains entrepreneurs débordés, c’est qu’ils ont de la peine à être payés par leurs clients. «A la commande, le tiers de la facture doit être honoré, sinon je ne commence pas le chantier», avoue ce patron. Un autre hésite, car il doit se battre avec une concurrence toujours plus pointue. Certains cassent les prix, mais ne respectent pas les devis.
Un artisan du bâtiment a trouvé la solution pour se protéger des mauvais payeurs. Quand il a terminé les plafonds, il réclame le paiement. Discrètement, avant de quitter le chantier, il dépose une barquette de six œufs frais dans le faux plafond. Si l’argent est versé dans les délais, il prétexte un contrôle de routine chez son client et récupère les œufs. Sinon, c’est l’habitant de la villa qui téléphone. Enervé, il s’étonne qu’il y ait une odeur bizarre dans sa maison. Chaque jour ça sent pire… Mais l’artisan rentre toujours dans ses frais et passe pour un héros lorsqu’il réussit à éliminer gratuitement cette puanteur dont la cause reste mystérieuse. 
 

L’intelligence en bocal  

On dit que la culture, c’est comme la confiture: moins on en a, plus on l’étale. Les jeux télévisés permettent à des candidats de mesurer leur culture générale. Il en est des brillants dans Questions pour un champion, hélas mitraillés par un Julien Lepers qui stresse. Un jeu d’un grand niveau est celui présenté par Patrice Laffont appelé La Pyramide. Là, on n’est pas massacré par Laurence Boccolini, déguisée en juge et qui officie dans le Maillon faible. Mais la palme du succès revient à Jean-Pierre Foucault qui sait entretenir le suspense dans Qui veut gagner des millions? Ce présentateur laisse le temps aux gens de répondre. Ils peuvent même consulter l’avis du public. L’invitée de ce jeu, Amanda Lear, a trébuché sur l’orthographe de «maître queux». Elle et son partenaire ont gaspillé le joker du 50/50 et celui de l’appel téléphonique. De l’autre côté du fil, un prétendu érudit a proposé «maître queue» !
Pour reposer nos méninges, il y a heureusement TelesCoop sur la TSR. Tout en posant les questions, l’animateur fait de la publicité. Si c’est pour de la confiture en action (sic), il n’y a plus qu’à l’étaler…
 
 

Les grandes vertus  

Les petites annonces du cœur étalent dans la presse les grandes vertus de l’humanité: «fidèle, aimant la musique, la natation, le cinéma, les promenades en forêt, les animaux et la danse.» Il en est de même des articles nécrologiques qui encensent les disparus. Des personnes d’exception !
Au chœur mixte de mon village sévissait un bourdon assidu. Gentil, il apportait souvent une bouteille de vin aux répétitions. Devenu membre d’honneur, il était félicité et recevait un bouquet de fleurs lors du concert annuel. Il était aussi actif au match au loto puisqu’il prouvait ses qualités vocales en criant les numéros. «Membre dévoué et exemplaire», voilà à quoi ressemblera sa nécrologie. Cependant, personne n’aura eu le courage de lui signifier qu’au studio d’enregistrement, l’ingénieur du son avait discrètement débranché son micro pour ne pas gâcher le CD de la chorale. L’hommage posthume au bourdon relèvera toutefois son oreille musicale. Dans sa famille, on dit même qu’il avait la musique dans le sang. Dommage que la circulation fût mauvaise. En effet, c’est un tout petit caillot qui vient d’emporter le grand homme!
 

 

 

La foi de l’inventeur  

«Les lieux saints sont désertés, c’est à l’église de se rapprocher du peuple.» Fort de ce constat, un Anglais a cru recevoir un appel du Ciel pour créer le rapprochement. Est-ce que Jésus aurait chassé le marchand du temple Michael Gill, l’inventeur d’une église gonflable qu’il transporte par camion sur commande tarifée? En tout cas, le souffle divin ne suffit pas, c’est des machines qui se chargent du gonflage. Trois heures sont nécessaires pour dresser l’édifice sur ses 14 mètres. L’église gonflable peut accueillir 60 ouailles dont douze seulement trouveront un siège en PVC. Et ça marche, puisque les couples se bousculent pour unir leur destinée. Quelle idée saugrenue de vouloir convoler dans un édifice religieux en plastique sans la résonance d’un véritable orgue amenant la chaleur propice au recueillement ! Ce brave Gill a-t-il pensé à la flèche de Cupidon qui, mal décochée, pourrait trouer la paroi de polyvinyle, transpercer la chaire et les faux vitraux?
Prions pour que la cérémonie nuptiale se passe bien. Pour le meilleur! Le pire serait qu’au moment du oui fatidique la mariée se dégonfle… 
 

Un marché de dupes 

Pendant la préhistoire, le troc était le seul moyen d’échange. Au début de la civilisation est apparue la dot. Le prétendant, néanmoins amoureux, devait montrer patte blanche en demandant la main de la jeune fille. Imaginons le dialogue qui avait cours pour mener à bien ce… compromis : «Je vous jure que c’est uniquement sa main qui m’intéresse !»
De nos jours, les civilités ont disparu, le troc aussi. Par contre, la tendance du commerce est de faire croire que l’article est donné… comme les «printers» d’ordinateurs. Hélas, en remplaçant les deux premières cartouches d’encre au prix fort, vous payez l’imprimante une deuxième fois.
Au rayon des cosmétiques, les lames de rechange sont si chères que les barbus ont tôt fait de rembourser les rasoirs lancés à un prix dérisoire.
Mais le plus flagrant de ces marchés de dupes, c’est celui du natel. Le téléphone portable est offert à la signature du contrat. Les communications onéreuses vont vite rembourser l’opérateur mobile. Dans cette espèce de troc des temps modernes, on n’est pas loin de cette transaction éculée: «Si tu me donnes ta montre,
je te donne l’heure!» 
 

Recherche de paternité
Les séances de cinéma de mon enfance sont restées gravées dans ma mémoire. C’était jour de fête quand le Cinématographe des frères Bersot affichait des matinées pour enfants. Laurel et Hardy ainsi que les films burlesques avaient la cote. Je me souviens d’une scène où un petit garçon, depuis une cave, aspergeait à la sulfateuse les pieds des passants. Un soupirail était situé juste en dessous d’une vitrine de magasin. Le piéton constatait soudainement que ses chaussures étaient sales. Tout par hasard, un cireur de souliers proposait ses services au bout de l’avenue. Il était complice de l’enfant.
Dans The Kid, Charlot répare les vitres brisées par le gamin qu’il a adopté. Un scénario réalisé en 1921…
A notre époque où les murs se colorent pendant la nuit, on se demande s’il n’y a pas des pères intéressés, spécialistes en peintures et vendeurs de sprays. Ou des papas représentants en réfection de façades, peut-être marchands de produits anti- tags. Saura-t-on un jour si les jeunes pirates en informatique
– les hackers – étaient de connivence avec les concepteurs de programmes antivirus ? 

 

Les mines antipersonnel 

Des entreprises, pourtant florissantes, ont engagé des agents de méthode pour jauger, tester, soupeser leur personnel. Issus des universités les plus prestigieuses, ces cadres sont payés au prix fort pour traquer l’ouvrier besogneux, traité comme un pion sur un échiquier. Les employés rescapés se regardent en chiens de faïence car la table qui leur sert de jeu est truffée de mines antipersonnel…
La partie d’échecs peut commencer. Le moindre faux pas est rapporté au préposé des ressources humaines. Tout jeune, ce dernier militait dans les rangs de la gauche pendant la haute conjoncture. A l’époque, c’était facile, il crachait sur la société d’abondance, les multinationales… et le néolibéralisme, qu’il disait pour faire savant !
Maintenant que le travail a ralenti, l’agent de méthode comprime les effectifs. Le pion est mis sous pression du matin au soir, compressé puis essoré. Sa position sur l’échiquier est précaire. Un chef trop cavalier le regarde de coin,
tandis qu’un responsable devenu fou le toise en diagonale.
La récession est reine et le roi préserve sa tour d’ivoire.
Personne n’a gagné cette partie: elle est nulle! 
 


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Monsieur Personne
Suite à des erreurs médicales, entre deux mille et trois mille patients meurent chaque année dans nos hôpitaux. Cela fait au moins six victimes par jour! C’est bien connu, les médecins enterrent leurs erreurs. Il n’en va pas de même pour les correcteurs de quotidiens dont les coquilles restent imprimées. Pourtant, ils corrigent environ six cents fautes dans chaque édition…
Un propriétaire m’a relaté les soucis que lui procure le chantier de sa future villa. Les différents corps de métiers accumulent les boulettes. L’architecte se défend que ses plans sont justes, mais l’ébéniste a mal scié les poutres; l’électricien a posé les conduites au mauvais endroit; la chaudière a été mal montée et un muret a dû être construit, un autre supprimé. Le grand responsable de ce fatras porte un nom: c’est Monsieur Personne! Ces gaffes coûtent cher mais sont encore réparables. Par contre, dans les journaux, c’est trop tard… la rotative doit tourner avec les fautes, navrantes mais pas mortelles… 
 

La tolérance feinte 
Notre époque permet à chacun d’exprimer publiquement ses revendications. Mais est-ce que l’esprit collectif évolue vraiment? On joue les tolérants devant une Gay Pride et on révise notre vocabulaire de base par des néologismes. Tiens, concernant les races, on ne vend plus des «têtes de nègre», mais des «têtes chocolatées». Pour les handicapés, on ne dit plus «mongolien» mais on fait savant avec «trisomique». En ce qui concerne les générations, on n’appelle plus «home de vieillards» mais «home du 3e âge». Les sages-femmes exigeront un jour que l’on ne prononce plus «bébé» – terme trop réducteur – mais «nouveau-né». Pour en revenir à l’évolution des mœurs, relevons l’abolition des mots «tapette» et «gougnotte». On dit maintenant «gay». Cette appellation laisse transparaître un élan de solidarité envers les homosexuels et c’est réjouissant. Cependant, les spectateurs «tolérants» qui se sont déplacés à Neuchâtel pour le défilé, ceux-là ne sont pas encore mûrs pour accepter de voir un jour leur fils ou leur fille parmi les figurants. La tolérance? Mon cul ! 

 

L’art porté aux nues
En perpétuelle recherche d’inspiration, des pseudo-artistes s’ingénient à créer des œuvres éphémères avec des moyens bon marché. La matière première n’a donc pas manqué à Spencer Tunick qui a pu confectionner sur l’arteplage de Neuchâtel une gigantesque brochette de crevettes saumonées. Posant nus, les mille cinq cents bénévoles ont constitué ce qu’on appelle dans l’art pictural une nature morte. Il a fallu que le photographe ait la mauvaise idée de renvoyer d’abord les hommes aux vestiaires pour que ceux-ci se précipitent tout habillés sur les rives en faisant des palabres lubriques sur les courbes de charmantes créatures. Chassez le naturel, il revient au galop! Par contre, à dix kilomètres de l’arteplage, au camp de l’ONS, à Zihlbrücke, on peut se pavaner dans son plus simple appareil, sans que ce dernier porte la marque Nikon… Là, des naturistes prônent la vie saine, sans fumée, ni viande ni alcool. Il y a cinquante ans, ces pionniers sans tunique ni spencer ont été chassés des plages. Mais en un mot, ils ont vaincu… Chassez le naturiste, il revient au bungalow ! 
 

Aveu d’impuissance 
Comment explorer l’arteplage de Bienne en un seul jour si l’on doit faire la queue devant chaque pavillon? Eh bien, en bâclant la visite afin de rattraper le temps perdu. Et tant pis pour la compréhension du thème! Ce type d’empressement collectif ressemble aux visites éclair de Paris: on gravit la tour Eiffel seulement jusqu’au deuxième étage parce qu’il y a trop de monde. On fulmine pour atteindre les trois cents mètres du «squelette de beffroi», surnom qu’avait donné à la Tour un illustre détracteur, Paul Verlaine… en pleine Exposition universelle de 1889.
A la rentrée, les récits des vacanciers ne vont pas tarder à affluer. Chaque année, on est abreuvé de résumés du style «on a tout fait en un jour». A donner poliment l’impression de croire ces aventuriers turbocompressés, je passe pour un naïf. Mais, de mon côté, j’ai la satisfaction d’avoir assimilé toutes mes visites à Expo.02. Sauf au pavillon Nouvelle DestiNation où j’ai dû feindre l’étonnement et esquiver le raisonnement…
 

 

Mi-août avec le chat 
En période de vacances, les gens ont coutume de confier leurs clés d’appartement à une bonne âme pour qu’elle s’occupe des plantes vertes et du chat. La dame de confiance de mon immeuble m’a narré l’histoire de son pensionnaire à moustaches. Elle a d’abord essayé de faire plus ample connaissance avec lui car il se cachait. Pourtant, les gamelles se vidaient… Après quelques jours d’adaptation, le matou a gratté à la porte de la salle de bains, grimpé sur le lavabo et fixé de ses yeux félins la pharmacie. Madame a pensé que minet s’admirait dans le miroir. Après réflexion, elle en a déduit que la brosse du chat se trouvait dans la pharmacie et qu’il réclamait une séance de brossage. Une fois la brosse exhibée devant lui, il a sauté dans la baignoire. Normal, c’est là que son maître exécute le toilettage. Génial, non? Un coup de jet et les poils s’en vont ! Depuis que j’ai appris ça, je crois bien que les animaux ont l’esprit pratique. En plus, à la mi-août, il me semble que chat parle… 

 

Gauche maladroite
En termes héraldiques, senestre signifie gauche mais désigne le côté droit de l’écu. Cette inversion s’explique. Le guerrier tenait son armure du bras gauche. Pour l’ennemi qui lui faisait face, la position du bouclier se trouvait donc à droite, appelée dextre. Dans la marine, on connaît bâbord et tribord. Si vous conduisez un cheval, hue est à droite et dia est à gauche.
Ces derniers temps, on constate en Suisse que les idées des politiciens peuvent être bonnes, qu’elles émanent de gauche ou de droite. C’est paradoxalement la gauche qui rejette les opinions censées venir de bâbord.
Lors d’un débat télévisé, on a vu des charretiers tirant à hue et à dia. Armés de leurs langues de bois et protégés par leurs boucliers de paroles, ils ont fait souffler un vent de tempête sur la table ouverte qui a viré à tribord. On se serait cru au Moyen Age. En les regardant de face, on s’est aperçu que celui qui portait à gauche était à droite ! Pas de quoi redorer son blason… 

La paix du mécréant 
En Suisse, les gens qui disent toujours non sont baptisés «Neinsager». Ils sont connus pour ensabler les rouages de la politique. Cependant, je viens de lire une étude sur la qualité de la vie qui affirme que tout individu a besoin de s’entendre dire non afin d’apprendre à mesurer ses limites. La personne qui répond oui du bout des lèvres est à plaindre. Sa vie devient un enfer si elle ne sait pas dire non. Ayant reçu une éducation où le non faisait l’objet d’une punition, je reste marqué par la peur de perdre la sympathie de mon interlocuteur éconduit. Mû par le sentiment du devoir, j’hésite à refuser une tâche sous peine de passer pour un minimaliste. Alors, les gens profitent de mes services parce qu’ils sont sûrs d’obtenir mon consentement. Ce constat me fait parfois envier les «Neinsager». Ils sont redoutés mais jouissent d’une paix royale. Ces mécréants-non-non déambulent la tête haute et sont considérés. Est-ce mérité? Le béni-oui-oui s’interroge. Alors, pour une fois, courageusement, il répond : «Non!» 
 

La société canine
L’initiative « L’animal n’est pas une chose » 
 

Dans une chanson, Jean-Jacques Goldman a parodié une scène de séparation où l’animal est traité en objet : «Je prends le poisson rouge, tu gardes le bocal.» Assimiler un animal à une chose n’est plus dans l’air du temps. Une nouvelle loi entrera en vigueur le
1er avril prochain: les animaux de compagnie seront considérés comme des êtres vivants, capables de sentiments. Evidemment ! Pourtant, un ménage suisse sur deux possède un animal. 490 000 chiens et 1,3 million de chats ont su faire leur place dans notre société avec leurs cliniques et salons privés, leurs supermarchés. Statistiquement, ils sont plus nombreux que les enfants et les adolescents! Beaucoup de personnes mal entourées ou délaissées doivent regretter de ne pas être venues au monde à quatre pattes. Alors, reste à prouver le bien-fondé de la nouvelle loi. L’héritier devra, sur l’honneur, s’occuper de l’animal que le défunt lui aura légué.
Gageons que les bonnes résolutions, même écrites, ne se réduiront pas avec les gamelles lorsque le pactole aura été reniflé…
 
 

Profit laxiste de l’eau 
Les drames de la route après des soirées bien arrosées viennent gonfler les statistiques. L’alcool provoque chez l’automobiliste une tendance à surestimer ses capacités. Il suffit de trois apéritifs ou d’une tournée de bières entre copains pour tutoyer le 0,8 pour mille. Les politiques parlent d’abaisser le taux d’alcoolémie à 0,5. Face à cette échéance, je me suis mis à l’eau du robinet. Seul à la table d’un salon de thé, je me heurte chaque fois à la même question lors d’une commande d’eau minérale: « Avec bulles, minibulles ou plate?» De l’eau, s’il vous plaît, il en tombe assez, non? Et au prix qu’elle est: il ne faudrait tout de même pas mélanger prophylaxie avec profit laxiste…
Dans les réceptions, les vernissages, les invitations privées et les mariages, je dois convenir qu’un bon verre de vin fait partie d’un art de vivre. Pour ce qui est de la convivialité, il est difficile d’abolir les verres
à boire qui, à mes yeux, sont des verres de contact… 

 

Les mots qui passent 
On se plaint parfois que la langue française est écornée par le franglais. Pourtant, à la lecture des quotidiens, à écouter la radio et la télévision, des néologismes sont apparus ces dernières années. Ces mots sont issus du grec et du latin et enrichissent notre vocabulaire. A consommer modérément de peur d’être incompris et les placer à bon escient : avant les votations, on souhaite obtenir le «consensus». Pour une fusion d’entreprise, on emploie «synergie» afin de camoufler «restructuration» qui sonne moins bien aux oreilles des futurs licenciés, pas en lettres ceux-là…
Pour conserver une entité de façon durable, on utilise «pérennité». Ce terme est employé à toutes les sauces et je félicite le linguiste qui a suggéré son usage. Peut-être est-ce simplement un éditorialiste qui a su, par sa faconde, enthousiasmer son lectorat. Mais la palme revient au journaliste qui a sorti le vocable à la mode: «monoparental». De tous les mots bâtards, c’est celui qui a le mieux réussi… 
 

Attention: mères ! 
Journée internationale «A pied à l’école», jeudi 3 octobre 2002 
 

Notre époque veut que les mamans conduisent en auto leurs enfants à l’école. Ces chérubins connaîtront-ils jamais les chemins de traverse de mon époque où l’on musardait avec les copains? Le hic, c’est que ces mères-taxis se sentent investies d’une fonction publique et croient que la route leur appartient. Elles s’arrêtent sur le trottoir pour faire descendre les bambins et forment une colonne de véhicules. Les automobilistes de passage n’ont qu’à faire attention ! Une fois ces femmes libérées, elles débouchent sur la route sans clignotant et traversent le bourg à vive allure. Vers midi, c’est le retour en trombe au collège. Comme elles se sont attardées au supermarché, elles «coulent» le stop, trop occupées qu’elles sont à avertir l’institutrice par natel qu’il y aura du retard. Les roues sur le trottoir, bien en face de la sortie, ces mères récupèrent leurs gosses. Elles craignent pour la sécurité de leurs rejetons, moi dans ma bagnole, je crains de croiser ces furies. Vive l’action «Pédibus» ! 
 

La main occulte 
Dès la naissance, nous portons les stigmates de notre destin dans la paume de la main. Les lignes y sont tracées profondément sur lesquelles certaines personnes plus ou moins bien intentionnées arrivent à lire l’avenir. Pour les initiés, leur main est devenue le miroir de leur âme. La main gauche contient paraît-il davantage d’informations que la droite. Dans le creux, on y trouve la ligne de vie, celle du cœur et de la chance, sept en tout. Connue depuis la nuit des temps, cette science appelée chiromancie a dû frustrer plus d’un adepte et la notion d’avenir n’est sûrement plus la même aujourd’hui.
Récemment, j’ai appris qu’un médium allemand, aveugle de surcroît, prédisait le futur de ses clients en leur palpant les fesses. Selon ce spécialiste, elles seraient plus révélatrices que les mains. Bof! depuis longtemps, je sais que mon avenir est derrière… mais je ne sais pas si je me laisserais mettre la main occulte! 
 

Fausse note à l’ouest 
Il n’est pas toujours aisé d’interpréter les langues. Une visiteuse du pavillon «Blindekuh», à Morat, où l’on se laisse guider dans le noir par un malvoyant, s’est insurgée que l’on puisse traiter la cécité de «vache aveugle». Dommage que les têtes pensantes d’Expo.02 se soient souciées comme de colin-tampon de la traduction de ce jeu : colin-maillard !
C’eût été plus poétique, avouons-le franchement…
Au cinéma, les titres de films ne sont pas toujours traduits littéralement. Le western «Il était une fois dans l’Ouest», de Sergio Leone, a été tronqué par «Spiel mir das Lied vom Tod» (joue-moi le chant de la mort). Lors d’un mariage, un animateur avait interprété «L’homme à l’harmonica», d’Ennio Morricone. Les mariés et les invités de souche alémanique s’étaient indignés: «Qu'est-ce que c’est cette Musik ?» Et l’homme-orchestre de répondre: «Es war einmal im West’». «Nein, nein, il ne faut pas jouer cet air-là, on ne veut pas mourir demain !»
Gageons que les jeunes mariés auront su rester plus fidèles que les traductions du musicien…
 Francis Choffat. 
 

La frousse ou l’envie
Vous offrez une bouteille de vin à un ami. Vous remarquez qu’il s’acharne à retirer le papier d’emballage sans l’abîmer dans le but de le resservir à une autre occasion, même chiffonné. Ce grippe-sou n’oubliera pas votre anniversaire, mais il vous enverra ses bons vœux sur une carte des aveugles. Ou sur de magnifiques aquarelles, peintes avec les pieds, dont le bulletin de versement pour les invalides a été égaré. Mais il n’y a pas que de petits profits ! «Toujours plus de gens voyagent sans titre de transport» m’a confié un contrôleur CFF. A son passage, ils n’ont qu’à inventer une histoire d’automate à billets. Une surtaxe de 3 fr. leur est perçue, au pire une majoration de 10% sur le prix de la course. Par contre, lors d’un contrôle sporadique dans un régional, l’absence de ticket est frappée d’une amende de 60 fr. Dans l’express Neuchâtel-Yverdon, un voyageur s’est vanté que seuls les froussards payaient ! En effet, pour 3 fr. de plus, cela ne va pas grever son train de vie…

 

Fermez la fenêtre! 
Les technologies modernes exigent la compréhension d’une terminologie spécifique. Le message qui apparaît sur l’écran de l’ordinateur: «Fermer les fenêtres», ne signifie pas qu’il faille fermer celles du bureau. Un débutant avait eu cette réaction alors qu’il avait froid. Un élève a pris peur lorsqu’on lui a dit d’appeler la police; il s’agissait de la police de caractères dont il fallait cliquer dessus.
«Veuillez prendre la souris», est un ordre qui a fait frémir une dame dans un cours du soir. Mais il n’y a pas que le jargon de l’électronique qui réserve des surprises, la nouvelle technologie aussi. On raconte qu’une secrétaire avait mentionné au bas d’une télécopie: «Veuillez me renvoyer ce fax car j’en aurai à nouveau besoin pour travailler», ou celle qui a fait une photocopie avant de l’expédier «pour conserver l’original».
Tiens, ce Noël, je vais envoyer des fleurs à la demoiselle de mon combox, pour ses bons services et sa jolie voix… 
 

Entregent, entrejambe
A notre époque, on doit sans cesse se remettre en question sur le plan professionnel. On ne peut plus guère exercer le même métier toute une vie. En postulant, il s’agit de peaufiner son curriculum vitae qui sera examiné de près par un chef du personnel zélé. Ce dernier aura l’embarras du choix pour trier les offres d’emploi croulant sur son bureau. Il faut donc être performant, le meilleur candidat. Mais comment s’y prendre le jour du rendez-vous? Notre attitude, notre parler et notre habillement entreront en jeu. Etre sûr de soi sans trop bavarder, car une personne qui parle trop passe souvent pour celle qui n’a rien à dire. Employer les mots justes en n’ayant pas peur des silences entre deux réponses… la bonne ou la mauvaise.
La jeune postulante du mois passé, bien moulée dans sa minijupe, a su assortir son habillement à l’entretien : ils furent assez courts pour garder l’attention et assez longs pour couvrir l’essentiel…
 

 

Les brumes du cerveau
Dans ses rêves nocturnes, un artiste m’a confié qu’il peint de magnifiques tableaux qu’il n’a jamais su reproduire sur la toile avec la même satisfaction. Entre gens de plume, chacun reconnaît que c’est la nuit que l’inspiration est la plus féconde. Dans un demi-sommeil, les pensées, le sens et la syntaxe semblent parfaits. En rechignant à se lever pour coucher ses idées, on prend le risque de tout perdre. En tout cas, au matin, le fil est cassé: on n’écrit pas deux fois la même histoire!
C’est en salle de réveil, après une opération, que j’ai composé dans ma tête le meilleur papier de ma vie. J’en avais pourtant rédigé d’autres lors de longues nuits d’insomnie où j’avais préféré m’installer à l’ordinateur plutôt que de me retourner cent fois dans mon lit. Mais le texte pondu à l’hôpital surpasse tous les autres. Hélas, il s’est envolé dans les brumes de mon cerveau!
C’est pourquoi, cher lecteur, mon meilleur «Air du temps»*, c’est celui que vous ne lirez jamais !
 
* Rubrique paraissant dans «Le Journal du Jura», page Magazine+Météo. 

 

Les derniers vers 
Des vacances éternelles sur un lopin cinq-étoiles 

En analysant les paroles de certaines chansons, on s’aperçoit que seule la musique les a sauvées. Dans Notre-Dame de Paris, quand «Belle» danse et qu’elle met son corps à jour (au lieu de: au jour), Victor Hugo doit se retourner dans sa tombe ! Dans l’autre comédie musicale Les Dix Commandements, un titre est même empreint d’une faute capitale: «La peine maximum»…
Dans sa chanson «Qui a le droit», Patrick Bruel ne joue qu’avec des mots creux pour des gamines en crise d’identité, atteintes d’incontinence émotive. Fuyant cette faiblesse de fond, on se rassure à l’écoute de «La Bohème» d’
Aznavour, en récitant des vers, groupés autour du poêle, en oubliant l’hiver et… les mauvais paroliers.
En relisant la «Supplique pour être enterré à la plage de Sète», je médite sur la mort. J’imagine, comme Brassens, une ondine avec moins que rien de costume qui, prenant ma butte en guise d’oreiller, viendrait gentiment sommeiller. «J’en demande pardon par avance à Jésus, si l’ombre de ma croix s’y couche un peu dessus, pour un petit bonheur posthume.» Finir bouffé par des vers pareils, c’est le pied !


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Entretien*
*Traduction pour les Anglais de passage à Neuchâtel: Interview.
 
Francis Choffat, né en 1948, exerce son métier de correcteur au «Journal du Jura», à Bienne. La journaliste Catherine Favre, responsable de la rubrique culturelle dans le même quotidien, s’est entretenue avec lui.
C. F. – Quelles sont vos motivations?
F.C. – L’orthographe est ma passion, je ne pourrais concevoir mon métier autrement. Bien sûr, le rêve serait de sortir un journal sans fautes ; toutefois, les rédactions travaillent dans l’urgence, les coquilles sont inévitables. Certes, l’ordinateur nous fait gagner beaucoup de temps. A l’époque de la composition au plomb, pour une seule virgule mal placée, il fallait retaper toute la ligne.
La fameuse initiative d’un quotidien lémanique visant à sanctionner par des amendes les fautes d’orthographe des rédacteurs est tout simplement aberrante. Toutefois, le tapage médiatique fait autour de cette affaire relatée jusque dans le journal «Le Monde» a l’avantage de mettre en lumière l’utilité du travail de correcteur, alors que ce poste tend de plus en plus à être sacrifié sur l’autel des restrictions budgétaires. Pour ma part, je reste méfiant face aux correcteurs électroniques, même s’ils permettent d’élaguer les fautes de frappe les plus élémentaires. 

Soumettez au correcteur électronique la phrase suivante: Mets île doigt ce fer ah sont travaille, il n’y verra que du feu! La langue française est très riche, subtile. Elle est truffée d’homophones comme ver, vers, vert, verre ou vair. Ce dernier terme convient à la pantoufle de vair de Cendrillon, le vair étant une peau de petit-gris, variété d’écureuil. Une mauvaise transcription de ce conte de Perrault avait fait penser que sa chaussure était en verre. Cette aberration s’est ancrée dans les mémoires. Beaucoup d’enfants – dont j’étais – ne comprenaient pas que l’enfilade ne pût blesser au sang la pauvre héroïne.
De nos jours, on reste pantois face à certaines lacunes chez les jeunes. Sur un site Internet spécialisé dans les problèmes de cœur des adolescents (www.ciao.ch), une jeune fille a écrit qu’elle avait peur d’être en sainte. On ferait mieux de s’attaquer à l’illettrisme rampant qui menace une frange toujours plus importante de notre société, plutôt que d’imposer des réformes de français quelque peu aléatoires, pour ne pas dire ridicules, telle la fameuse langue épicène… Je n’ai rien contre la féminisation des mots masculins, bien sûr; mais qu’on nous épargne les dissonances d’autrice et autre
consulesse.               
                            Propos recueillis par Catherine Favre, le 15 mars 2002
.
 
 

La soupe sur le feu 
L’émission de radio « La Soupe est pleine » émettait en direct de l’arteplage dimanche 16 juin à Neuchâtel. L’invité était Adolf Ogi. Il était hardi pour Yvan Frésard de poser des questions préparées en coulisses à ce pince-sans-rire qui me fait un peu penser à Emil. Yvan Frésard, qui s’était brouillé avec Lova Golovtchiner en lui reprochant son manque de spontanéité, a été mis plusieurs fois dans l’embarras, l’œil fixé sur ses fiches. Le public, entassé dans la salle de l’Aparté, a franchement rigolé grâce à Adolf Ogi. Tiens, avec Emil, cela fait deux Suisses allemands qui ont su abolir la frontière de rösti. Les marchands de soupe et les videurs de corbeille en ont érigé une entre eux. Ils ont vidé leur fiel dans la presse romande sans aucun humour. Un peu de modestie leur aurait permis de manier l’autodérision. Encore faut-il savoir ce qu’est l’autodérision. Quand on se moque de moi parce que je roule Mitsubishi et qu’on prononce Mitsubichenit, je ris de bon cœur, mais c’est de l’auto-dérision, pas de l’autodérision… Pour en revenir à nos humoristes romands radio et TV, j’aimerais ajouter que, la veille, samedi 15, j’ai pour une fois apprécié le « Fond de la corbeille ». L’hôte de la soirée était Darius Rochebin. Il a sauvé l’émission par son charisme. C’est ce qui arrive quand l’invité est meilleur que les journalistes... 

 

La mauvaise presse 
Shawne Fielding était sur l’arteplage de Bienne un jeudi 13. Si ce chiffre ne porte pas bonheur à certains, la présence de cette ambassadrice d’Expo.02 a fait celui des curieux. Son mari, retenu pour des raisons familiales, était absent. Elle se trouve bien seule à fustiger la presse de boulevard, celle qui a failli détruire son couple. Il est loin le temps où on l’apercevait, rayonnante, au Marché-Concours de Saignelégier en présence du ministre jurassien Jean-François Roth. Il est loin le temps où, radieuse, elle posait devant une pierre mutilée par les Béliers. La pierre d’Unspunnen avait le poids d’un scoop. L’autre jour, au pavillon Happy End*, la belle Texane a eu beau faire un numéro de rodéo sur un cheval mécanique, le public n’y est pas allé avec le dos de l’écuyère – pardon, de la cuillère – en matière de commentaires larvés. Les mauvais journalistes sont passés par là. Ils ont cassé la moitié de Thomas Borer. Au complet, les époux étaient de bons vivants et ont été rappelés à l’ordre par le gouvernement qui a voulu donner une image propre en ordre de notre pays. L’honneur est sauf ! Il faut dire qu’en Helvétie on trompe sa femme avec diplomatie… 
 

* Si cette expression anglaise signifie « fin heureuse », le mot de la fin prononcé par la femme bafouée a été : « En Suisse, il y a beaucoup de culs pincés ! » Was ist deiss ?

Le répondeur
Les répondeurs téléphoniques servent à rassurer les appelants qu’ils sont au bon numéro. Afin de rendre mon appareil plus original, j’avais composé ce message en vers :
            La famille Choffat est en vadrouille
            Si vous êtes un tantinet débrouille
            Vous glisserez en guise de babil
            Un message que l’on souhaite gentil
            Un petit mot qui vous honore
            Juste après le signal sonore.

Comme j’aime innover, j’ai voulu faire un gag. Il s’agit de faire croire que la liaison est mauvaise: « Allô, allô, qui c’est ?, j’vous entends mal ! » Et d’ajouter avec une voix de synthèse : « J’vous passe mon répondeur… » J’ai reçu une tapée d’appels d’amis qui se sont marrés et en ont fait profiter leur entourage. Tous étaient tombés dans le panneau en s’étant annoncés plusieurs fois dans le vide: « C’est moi, c’est moi ! » Le hic, c’est que des gens coincés ont cru que j’avais refusé de leur parler ! L’humour est décidément pénible à manier en ce début de troisième millénaire…
 

Gutenberg 
Le traitement de texte sur ordinateur a révolutionné le monde de la typographie. Le journaliste en a profité : il rend toujours sa copie sans ratures, ce qui ne signifie pas sans fautes… Une visite au Musée Gutenberg, à Fribourg, m’a replongé dans un atelier de composition. Servant de guide improvisé à un groupe de personnes, j’ai retracé le passage du plomb au Macintosh. Beaucoup de visiteurs ont loué le savoir-faire des anciens typographes. Mais la question récurrente a été celle de la correction : «De nos jours, plus besoin de relire, donc?» Alors écrivez, leur dis-je : Le comité de soutient du cartier de la gare vous salut. La phrase est juste selon le correcteur électronique qui l’analyse ainsi : verbe soutenir conjugué à la troisième personne du singulier – cartier, homme qui fabrique des cartes – salut et salue sont aussi des homophones.
Le sens lui échappe donc comme à son collègue, traducteur automatique de son état, qui a transcrit :
Der Geist ist willig, aber das Fleisch ist schwach
(L’esprit est prompt, mais la chair est faible)
par : L’alcool est fort, mais la viande est avariée.
Ils ont niqué Gutenberg… 

 

Extraterrestres
Il me souvient d’une vieille histoire d’extraterrestres. Fraîchement débarqués sur notre planète, ils avaient découvert dans les brumes matinales une station-service complètement déserte. Les colonnes à essence ressemblant étrangement à la morphologie d’un Terrien qu’ils s’étaient imaginée, ils en avaient déduit que l’on possédait une longue queue, contrairement à eux, et qu’on se l’enfilait dans l’oreille pour la mettre au repos. Si ces extraterrestres revenaient en 2002, ils s’apercevraient de leur erreur d’alors en découvrant la vraie anatomie de ceux qu’ils nomment désormais des extranatelloplanètes. D’étranges humanoïdes, tout affairés et sans une minute à vous consacrer, parlant tout seuls dans la rue, avec une tendance maniaque à tapoter sur un petit engin et à le porter à l’oreille sans plus le décoller. Leurs conversations commencent souvent par un vocable très limité et répétitif, dans le genre : téoù, quoi, cool quoi, superquoi, àtoutequoi.
Les stations-service avaient plus de décence… 

 

Les deux zéros
Les liaisons dangereuses ne sont pas seulement un roman célèbre. Elles sont omniprésentes. Je n’aborderai pas celles, fortuites, issues d’une rencontre adultérine, car la place qui m’est dévolue ici ne me permet pas de m’étendre sur le sujet. Je veux plutôt parler des mauvaises liaisons que l’on entend à la télévision ou à la radio : « Une rampe pour les z’handicapés a été prévue à Expo.02. » « Ce sera bientôt la fin des z’haricots pour ce joueur dont le genou l’handicape depuis le début de saison. » Samedi 4 mai, à la TSR, Bertrand Piccard était l’invité de l’émission « Qu’est-ce qui fait rire... » On a revu Adolf Ogi accueillant à Cointrin les deux aérostiers après leur tour du monde en ballon. Le président de la Confédération d’alors avait traité Brian Jones et Bertrand Piccard de zéros : «Je suis fier d’accueillir nos deux z’héros !» C’est vraiment formidable qu’un Suisse allemand ait pu, même en fourchant, nous rappeler que la règle du h aspiré partait d’un principe bien inspiré…
                                                         La dédicace de Monsieur Ogi : « Formidable ! » 

 

Les rimes pauvres 
Afffaire Scherrer

La versification m’a toujours passionné. Surtout les acrostiches, ces fameuses phrases dont la première lettre de chaque vers, lue dans le sens vertical, dévoile le mot pris pour sujet. Combien de fois ai-je pesté parce que j’avais le début mais n’arrivais pas à trouver la bonne rime ! En recomptant les pieds, il m’en manquait parfois un ou deux et cela gâchait mon alexandrin. Une rime pauvre au lieu d’une riche, comme con avec poltron m’exaspérait. Je me suis mis à la chanson. Dans cette discipline, on prononce toujours le «e» muet final. Exemple: «Auprès de ma blondeee», au lieu de ma blond’ en récitation, ou «Elle était si jolieee». En chanson, on gagne des pieds en prononçant les «e» muets finals mais on perd souvent la richesse de la rime. Quand j’étais gamin, je riais en chantant que j’avais la peau lisse au cul en pensant au mot police. Un jeu de mots qui ne me fait plus rire depuis qu’un mauvais chantre a essayé de faire rimer «Teil» en allemand avec « Détail» en français…

Cérémonie d’oreiller 
Rochaix L’Endormeur 
 

Reliés par fibre optique, les quatre arteplages s’illuminent en même temps. A travers des rayons laser, on aperçoit Jean-Michel Jarre et ses claviers. Tout le spectacle est réglé depuis Neuchâtel tandis que des chœurs l’accompagnent à Yverdon. Les costumes sont magnifiques. A Morat, des images de synthèse sont projetées sur le Monolithe, un orchestre symphonique joue en parfaite synchronisation. Puis le rythme devient plus techno et des acteurs miment cette décadence sur fond no future. Soudain, l’arteplage de Bienne, dans une explosion de mille paillettes ondulant en musique, se transforme en île cubaine. Des images virtuelles des années 50 sont projetées sur les tours. Le temps s’est arrêté ! Un vieux guitariste de 95 ans, Maximo, alias Compay Segundo, apparaît. Des figurants incarnent l’homme de la rue et des rouleurs de havanes. Sur des airs latino, toute la foule tape des mains. Jamais un spectacle d’ouverture n’avait fait vibrer autant de monde. Les cygnes, le lac, très calme, même la lune ont ajouté à ce son et lumières une douce féerie. Tout s’est arrêté quand un FA/18 a traversé ma chambre. C’était ma femme qui venait me réveiller… 
 

Les senteurs naturelles
L’équipe de l’émission «A Bon Entendeur» a testé les déodorants mis sur le marché. Pas facile vu le vaste choix proposé au consommateur. Pour défendre ce dernier, ABE a fait une étude sur la qualité/prix, la durabilité et la tolérance de ces produits.
Nos capacités olfactives sont paraît-il en voie de disparition. Le roi Henry IV n'avait-il pas fait parvenir un parchemin à sa maîtresse, la belle Gabrielle d'Estré restée au château: «Surtout ne vous lavez pas, je rentre dans quinze jours!»
On se plaint qu’on a perdu le goût à cause de la malbouffe, aurions-nous perdu l’odorat à cause des fragrances qui ne nous lâchent pas? Au lit, lors de l’étreinte, nos belles d’aujourd’hui sentent bon de la tête aux pieds. Serait-ce dès lors malvenu de humer juste un petit coin de leur anatomie pour profiter du parfum particulier, une senteur propre mais naturelle qu’il exhale?
S’agissant du goût, un petit coin m’a été interdit par mon médecin: le frigo. Une tomme bien faite – qui honorait à la fois l’odorat et le goût – m’a mené tout droit à l’hôpital.
Si Sa Majesté n’a pas perdu son vit, moi j’ai perdu ma vésicule biliaire! 
 

 

Les métiers manuels
L’été culturel 2001 nous avait gratifiés de fêtes médiévales organisées sur le site de La Bonneville (NE) et dans le bourg de Saint-Ursanne (JU). Cette année, c’est Moudon qui a eu l’idée d’ouvrir les armoires du temps pour sortir houppelandes, hallebardes, fuseaux, godillots, crinolines, guêtres, cromornes et vielles à roue. Dans ces reconstitutions plus vraies que nature, le savoir-faire de nos ancêtres est mis en valeur. Des maréchaux-ferrants, des bûcherons et des frappeurs de monnaie. De vrais manuels ces gens-là ! Mais je parie deux écus décrépits que les parents, même devant les yeux extasiés de leurs enfants, ne souhaitent pas voir leur progéniture se diriger vers une profession manuelle. Et alors?, mécanicien sur automobiles pour faire avancer votre charrette, vendeur de pneus pour ferrer vos 110 chevaux, maçon pour construire votre cahute… Il est vrai que toutes les autres professions singées lors des Journées médiévales ont disparu. Les parents en sont quittes pour la peur: leurs chérubins ne seront pas taupiers, ils auront une souris dans la main… 

 

Tu peux me tutoyer 
Le tutoiement a parfois ceci de particulier qu’il est proposé beaucoup trop tard. J’ai connu un monsieur haut placé, architecte de son état, qui, au volant de sa Mercedes, les mains gantées même en été, faisait la visite des chantiers. Jamais il ne saluait les ouvriers. Arrivé à un âge canonique, ce nanti s’est retrouvé veuf. Seul à une table de restaurant, il engageait la conversation à tout-va et au bout d’une demi-heure proposait le tutoiement. Comme cet arrière-cousin rencontré l’autre jour au Café des Amis. Dans sa période active, il y a de cela 30 ans, il ne se serait même pas aventuré dans un tel établissement, jugé trop populaire, et surtout n’aurait pas fait santé avec un bougre comme moi. Il a suffi de cinq minutes pour qu’il me propose le tutoiement. « Après tout, on est cousins, pas vrai ? » Ouais, il a raison. Cependant, il aurait pu me le dire plus tôt, lorsque, membre d’un Conseil exécutif, il devait trancher sur une pétition que j’avais lancée. 

 

Tranches de vie
La controverse qui a précédé Expo.02 a été virulente. Combien de gens ont maugréé contre la manifestation nationale en jurant de ne pas y mettre les pieds? Pourtant, les visiteurs des arteplages ont été ravis et l’ont fait savoir. On sait qu’avec le bouche-à-oreille, on touche à l’oseille… Comme c’est difficile de tout assimiler en un seul jour, ils ont poussé le tourniquet une seconde fois, faussant ainsi le comptage. Mais foin de toutes ces balivernes ! On dit qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Pourquoi dès lors avoir honte d’aller à Expo.02 après l’avoir dénigrée? S’obstiner serait une erreur. Une grande partie de la population suisse, que l’on dit vieillissante, ne pourra pas se rattraper sur la prochaine Expo nationale. Les quinquas comme moi n’y seront plus. Seule ma petite-fille Marjorie que j’ai emmenée sur la grande roue se rappellera qu’elle y était avec son grand-père. Et sa petite main, accrochée à la mienne dans le Palais de l’équilibre, a laissé son empreinte. Juste pour une petite tranche de vie partagée, ne valait-il pas la peine d’ouvrir un peu mon esprit ? 

 

Apocopes et alcopops
Les apocopes servent à nous faire gagner du temps dans nos conversations. Comme on est toujours pressés, on doit être brefs. Alors, on tranche dans le lard de mots parfaitement français en supprimant leurs dernières lettres ou syllabes. Par exemple, on dit une auto pour une automobile et une expo sympa pour une exposition sympathique.
Mais ça va plus loin encore. Pour alléger leurs factures de téléphones portables, les jeunes ont inventé un nouveau langage qui raccourcit leurs SMS, ces fameux messages codés envahissant leurs natels. Ils se donnent du courage en buvant des alcopops… pour s’écrire «t’m», ce qui veut dire « je t’aime ». Si les apocopes sont reconnues et acceptées depuis fort longtemps par les dictionnaires – les mots télé et radio y figurent –, pour écrire en SMS, il faut d’abord s’atteler à étudier un nouvel alphabet con… trouve sur Internet. Béatrice, ma collègue correctrice, consulte encore et toujours son Littré qui, lui, ne reconnaît que l’automobile, la télévision et la radiodiffusion.
Entre les puristes et les autres, on ne sait plus comment manier l’info. Est-ce de la provoc ou de l’intox? 
 


Misandrie à part

La langue épicène a débarqué. Des mégères non apprivoisées ont jugé bon d’éditer une brochure à l’attention de l’Administration. Ces dames se disent autrices d’un fascicul(e) tendant à tout féminiser. Sous l’égide de l’égalité, ces femmes violent les Droits de l’homme en proposant Les Droits de la personne humaine. Se couvrant de ridicule, elles n’ont pas pensé à la féminisation d’êtres humains. Imaginez-vous des êtres humaines, membres fondatrices du langage épicène, où l’homme serait le victime et pourrait chanter avec le vedette Iglesias : « Vous les femmes ! » Pourtant on vous aime ! Depuis 10 ans, les correcteurs-trices du « JdJ » ont combattu le sexisme en accueillant la cheffe, la procureure, la syndique, l’entraîneure de volley (parce que l’entraîneuse faisait trop poule), l'écrivaine, etc. Afin d’éviter le pire, ils étaient convenus que l’on écrirait auteure pour ne pas avoir à lire un jour autrice. Hélas, les dames du Bureau de l’égalité (FR) ont mis les pieds dedans. Le mâle est fait ! 
 

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Le croque-notes 

Les vagues caressent le sable encore chaud. Le ressac bat la mesure avec le guitariste de la plage. Les vagues, elles, s'échouent sur les rochers. Le musicien, lui, écorche Sardou sur son instrument, en chantant... 
Le petit vent du soir me donne des frissons. Les crustacés et les huîtres servis à la table d'à côté aussi. Je pense à nos limaces ! Pardonnez-moi ! 
Sur le mur du restaurant, une pancarte exhorte plutôt qu'elle ne sanctionne: «Celui qui boit s'enivre; celui qui s'enivre dort; celui qui dort ne pèche pas; celui qui ne pèche pas va au Ciel; nous voulons tous aller au Ciel, alors buvons!» 
Pendant ce temps, le beau mâle à la guitare continue de charmer les midinettes. Sûr de lui, et non content d'avoir défiguré la bonne chanson française, voilà qu'il s'attaque à Goldman. Tandis que les filles applaudissent à tout rompre, je viens à bout de mon steak de cuir qu'il a fallu mâcher pendant que le croque-note bouffait tous les grands musiciens de la planète. D'un côté, les crustacés. De l'autre, un gars qui s'incruste assez (cinq crustacés) dans le show business... Même un peu trop! Quand je suis sorti du restaurant, même l'océan s'était retiré... 

 

 

Provisions
 

S'il y en avait deux comme elle, cela couvrirait le village en matière d'information. Faisant office de gazette, elle arrive à concurrencer les agences de presse, le colleur d'affiches et le crieur public réunis. Elle fait les commissions avec son cabas d'anecdotes qu'elle approvisionne à chaque coin de rue. La taille ample et le pis lourd, elle ressemble à une vieille chouette ululant pour avertir les commères qu'il y aura de l'orage. Ou bien, elle se mue en grenouille de météorologue pour annoncer le beau temps... qui ne va pas durer. Les nouvelles vont vite. Bien souvent, elles prennent de vitesse les événements mêmes qui font l'objet de la discussion. A l'heure où les cloches sonnent, elle se rend à confesse (ces deux syllabes l'inspirent), se muant cette fois en grenouille de bénitier. Elle y trempe sa langue pour se purifier des bruits qu'elle aurait pu divulguer à tort et se dédouane des gens qu'elle a sûrement traînés dans la boue. Elle se rince la bouche en tournant sept fois sa langue dans le sens qui pourra l'amener à retrouver le bon...

 

 

 

Etudes

Le fils est aux études, il suit la mode et les cours de langues modernes. L'appareil de langues modernes se trouve dans une salle de jeux. Il scintille de mille feux. On le bourre de fric par une fente, à 2 fr. le coup. Tout près de là, on peut lire: For amusement only. La leçon d'anglais peut alors commencer. La boule suit son premier cours. L'étudiant aussi. La boule est renvoyée - pas lui ! - par le Same player shoots again. Le cadran s'illumine. Les notes s'inscrivent au tableau lumineux et de partout jaillissent des mots nouveaux: Collect bonus, Score bonus et Ball in play. Les études vont sans peine. C'est la méthode « A 6000 »... points. Surtout, il ne faut pas trop pousser, sinon le professeur Machin se fâcherait. Il ferait Tilt et refuserait ses lumières. Le fils suit l'école «flippotière» dans une classe sombre et enfumée.
Le 31 mai, c'était sa première leçon. Pour le lendemain, ce sera le premier joint...

 

L'argent des autres
 

La jeune fille a répondu à une annonce. Elle ira dans une famille aux Etats-Unis. Elle aura à s'occuper de deux bambins. Deux bouts d'hommes à torcher sans brusquer, noblesse oblige. Dame, deux fils d'un illustre richissime Américain, propriétaire d'une usine en Amérique et de trois en Allemagne. Ayant économisé pour se payer le voyage, elle s'embarque dans un avion pour la première fois de sa vie. Le grand frisson au-dessus de l'Atlantique. Une sorte de traversée en solitaire, puisque livrée à elle-même, sans un mot d'anglais et 18 ans à peine. Les maîtres possédaient une photo de la petite Suissesse afin de l'accueillir à l'aéroport de New York. Ils l'ont vite reconnue. Ils ne pouvaient pas se tromper: mince, une queue de cheval. La grande limousine la conduisit dans ce foyer style USA. Sa première course fut d'aller poster la correspondance pour l'homme d'affaires, son nouveau patron. Deux lettres adressées à Francfort, d'autres pour le continent. N'ayant pas reçu de quoi payer les timbres, elle jugea bon d'y mettre de sa poche. Je me ferai rembourser plus tard, pensa-t-elle. De retour, elle en avisa la maîtresse de maison. Celle-ci lui fit rappeler qu'ils étaient venus la chercher à l'aéroport...

 

 

 

 

Détente
Le beau temps est revenu. Partout, dans les pâturages, on voit refleurir, s’épanouir les pique-niqueurs. Etant venu pour se détendre, le père somnole dans la chaise longue. Son journal, par les mauvaises nouvelles qu’il renferme, pèse très lourd sur ses jambes en coton. C’est ainsi que le soutien de famille laisse choir dans l’herbe fraîche les dépêches qui l’étaient moins... Sur recommandations expresses et réitérées de la maîtresse de la zone, son épouse, monsieur passe enfin à table. Sans oublier de ramasser au passage le kilo de rouge que madame avait volontairement écarté. Ayant fait provision de calories pour la semaine à venir, il a l’impression d’avoir bien profité de ces moments agréables. Il se relève en s’étirant. Soudain, en lui, un gaz rencontre une dépression brusque et soudaine, par augmentation du volume. Il a fallu que monsieur regardât le ciel pour signifier aux enfants qu’un avion à réaction venait de passer... Et ça aussi, ça s'appelle la détente... 
 

Les commentaires

Réalité sur fond de jeux de mots. Très subtil, j'adore. 
Commentaire n° 2 posté par: Patrick le 01/06/2006 - 11:26:59 
Merci le poète! 
réponse de: Le stylo rouge (site web) le 01/06/2006 - 12:39:36 
Excellent. j'aime bien chez toi :) 
Commentaire n° 3 posté par: Eryn(site web) le 01/06/2006 - 12:26:05 
Merci pour tant de compliments, j'en rougis comme un papier de cigarette... 
réponse de: Le stylo rouge (site web) le 01/06/2006 - 12:40:56 
C'est délicieux à lire ! 
Commentaire n° 4 posté par: Briesing(site web) le 01/06/2006 - 20:14:57 
T'as goûté? (lol) Bizzz 
réponse de: Le stylo rouge (site web) le 02/06/2006 - 00:53:48 
Quel talent et quel sens de l'observation ! 
Commentaire n° 1 posté par: Briesing(site web) le 30/05/2006 - 11:56:50 
Merci, c'est trop mais gros bisou! 
réponse de: Le stylo rouge (site web) le 31/05/2006 - 00:15:16 
celle de mon village annonce le soleil depuis 6 mois... ce jour il a neigé !!! Amitiés du vieux sorcier 
Commentaire n° 2 posté par: honorius(site web) le 30/05/2006 - 16:36:30 
Au Moyen Age, on les aurait pendues... 
réponse de: Le stylo rouge (site web) le 31/05/2006 - 00:14:42 
Bien vu, c'est tout à fait ça. Chaque village a la sienne. A se demander pourquoi certains achètent le journal ou regardent les infos à la télé ! 
Commentaire n° 4 posté par: Patrick(site web) le 30/05/2006 - 21:54:49 
Mais les commères font du mal et ne se souviennent plus de ce qu'elles ont propagé! 
réponse de: Le stylo rouge (site web) le 31/05/2006 - 00:13:09 
Ecrit le 12/06/2006 22:30:34 Nom : Eryn Mail : Site web : http://motsdits.over-blog.com/ IP : 83.155.192.230
j'ai éclaté de rire devant mon écran, c'est pas si souvent :-) Heu qui a dit en com' là au-dessus qque chose à propos du DOS des pigeons ? Faut viser + bas on dirait !!! ;-) bises
Ecrit le 12/06/2006 19:17:10 Nom : Arti Mail : Site web : http://journaldarti.over-blog.com/ IP : 82.127.230.68
ah pas mal vraiment pas mal la fin de l'article :) bizz arti
Ecrit le 12/06/2006 13:55:47 Nom : ktykty Mail : Site web : IP : 143.196.162.107
je t'adore... merci pour ce sourire ! merci pour tes textes si drôles et si bien tournés...
Ecrit le 12/06/2006 12:52:44 Nom : lolo 56 Mail : Site web : www.le-blog-de-lolo.net IP : 86.214.56.9  coucou toujours tres interessant tes articles
Bonne journée


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