© Couples d'artistes

Publié le par Sifranc le correcteur

Sortir de sa solitude

 

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Un clic sur la photo pour découvrir le site de feu l'artiste.

 

Qui de l'artiste ou de son conjoint se sent le plus seul? L'artiste dont les créations n'éveillent plus de contestation ou l'épouse qui vit dans l'ombre de son compagnon de route?

Camille Claudel pour Rodin, Niki de Saint-Phalle pour Jean Tinguely, Jeanne-Odette pour Claudévard résument bien la pluralité de deux solitudes artistiques. Personne n'est plus seul que celui qui recherche inlassablement la perfection. En s'attelant à arrondir le cercle, à suivre les contours de la roue cent fois réinventée, André Ramseyer, dans sa quête du Graal curviligne, a dû sûrement connaître des moments de solitude. C'est là que sa femme l'a entouré. En retour, sa Jacqueline, il l'a placée au centre même de son inspiration. Sa muse l'a suivi dans ses jours de galère quand il esquissait des formes arrondies pour des élèves se lançant dans les beaux-arts.
Dans sa complémentarité, le couple Ramseyer a surmonté tous les pièges de la suffisance. Lui, par ses sculptures peaufinées dans l'infinitésimale plastique de rondeurs inassouvies. Elle, dans le cercle familial, a traversé le temps avec l'artiste qu'elle a soutenu avec passion. Jacqueline découpe alors les bribes de poèmes qu'André laisse traîner dans les tiroirs de l'atelier comme des petits papiers qu'on sème à tous vents. Elle en confectionne des encadrements par des collages ornés de bouts de soie et de brillants qu'un ami horloger à la retraite lui a offerts. De minuscules fournitures d'horlogerie qui scintillent d'authenticité. Comme des étoiles accrochées à un ciel acrylique tourmenté et violacé, les compositions de Jacqueline servent de toile de fond à la sculpture en plâtre qu'André Ramseyer a exposée au Musée d'art et d'histoire de Neuchâtel dans le cadre de la triennale consacrée aux couples d'artistes. Portant le titre «Poème», la sculpture en travail parachève ce coup d'œil à la fois poétique et onirique qui nous ramène au silence habité, l'ode qu'André a écrite dans son livre de poèmes, édité en 2002 aux ateliers PréTexte.
 

 

ô toi
de la bouche de délice
où j'ai reçu l'ivresse
je cueille les fruits de ton silence

 

 

                                                                  Francis Choffat

 

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Hommage à Jacqueline et André Ramseyer figurant dans le catalogue édité par le Musée d'art et d'histoire de Neuchâtel ainsi que par le Musée des beaux-arts du Locle – Triennale Visarte Neuchâtel 2006.

Publié dans Art de vivre

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