L'acrostiche posthume (2)

Publié le par Le stylo rouge

No comment...

 

Le billet non lu
Dans la nuit noire, on entendit un coup de feu provenant du garage collectif d’une maison-tour. On apprit plus tard que Monsieur *** avait décidé de quitter ce monde pas fait pour lui.
A l’enterrement, tous les copains du Stamm étaient là. Ceux de l’apéro qui l’aidaient à noyer son chagrin dans la bière savaient qu’il était cocu, le pauvre. Mais l’équipe des leveurs de coude ne trouva personne qui eût assez de tact pour aborder le sujet: quitter sa blonde!
Agacé par l’hommage chronométré du pasteur, je griffonnai sur une page blanche dérobée au Psautier romand un poème formant le prénom du défunt. Après l’oraison funèbre, je me dirigeai vers la sortie de la chapelle pour ne pas avoir à serrer la main de la veuve éplorée. Dans ma fuite, je lâchai mon billet par terre. Un gardien du cimetière me rappela qu’il fallait respecter les lieux, que des poubelles étaient installées pour les vivants! Rouge de confusion, je ramassai mon papier et l’enfouis dans la poche de mon veston. Quittant la haie des membres de la famille et des m’as-tu-vu-à-l’enterrement, je retrouvai les potes au bistrot pour reparler du disparu: «Quel con, il aurait dû nous dire, on aurait fait quelque chose pour lui!» Puis le poème réapparut à la table ronde. On put enfin boire mes vers entre nous. Tant pis pour la veuve! De toute façon, elle n’aurait pas compris que c’était un acrostiche, pas vu que ça rimait et pas senti que la plume avait été trempée dans les larmes d’un ami...

 

Rêvant d’un amour absolu
IImpossible à conjuguer
Qu’on ne vienne pas juger
Un brave homme qui a voulu
Enserrer son frêle idéal
Tellement fort qu’il s’est fait mal.

Publié dans Acrostiches

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