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  • : Ce site permet d'approcher la langue française avec humour et dérision tout en jouant avec les mots. Des liens à foison avec des dictionnaires électroniques, jeux de lettres et les conseils d'un correcteur à la retraite.
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Derniers Commentaires

Préface  

Nous nous fréquentons, Francis et moi, sous le double amour des mots et des notes: quand on prend des notes on joue des mots et quand on chante des mots on joue des notes!
Le premier des Francis que j’ai rencontré est le Francis musicien, l’homme-orchestre nourrissait une grande passion pour la langue, qu’il avait d’ailleurs bien pendue. Sa logorrhée n’avait de cesse que dans ses solos d’harmonica! Mais l’homme est jovial, convivial, et son français, sans fautes, pas trivial – faut-il rappeler qu’il est correcteur? – on ne peut donc pas l’accuser d’avoir mauvaise langue! Et pourtant… Francis traque les petits travers et les grosses bêtises de nos comportements et de nos dires. Cela ne plaît pas à tout le monde! Eh non, pour supporter la satire, il faut de l’humour! Que les pisse-froid qui ne tolèrent pas qu’on fasse des gorges chaudes de leur tiède insignifiance lisent autre chose que ce carnet… la posologie d’un médicament contre la constipation par exemple! Moi, au contraire, je suis friand de l’art de ne pas ménager les gens en les passant à la moulinette du rire, surtout quand c’est concocté, comme par Francis, avec les saveurs de l’esprit, assaisonnées au grain de sel de la fine observation et pimentées de quelques épigrammes de franches gauloiseries! Sans vouloir en faire un plat, j’ajouterai que le festin est très digeste, car toujours bienveillant! Et je choisis «l’arme honnie qu’a» Francis, plutôt que la musique à Bush! Les maladresses de Francis sont l’écrit du cœur! Alors, bonne lecture sensible...
                                     
Gérard William

 

Mon ami jongleur de mots, musicien, comédien, metteur en scène.

On a perdu le fil…

Munis de gants de vaisselle, les volontaires accourus au chevet des plages galiciennes n’ont même pas trouvé l’appui des autorités espagnoles pour l’hébergement. Faute d’argent?
Suite au naufrage du pétrolier Amoco-Cadiz en 1978, des millions avaient été versés aux 90 communes bretonnes victimes de la marée noire. Mal gérés, ces fonds ont davantage servi à colmater des trous budgétaires qu’à protéger l’environnement. En même temps, au Salon des inventions de Genève, on testait un appareil transformant de l’eau mazoutée en eau potable…
En 2002, pas de grandes découvertes à signaler si ce n’est
le gaz de théâtre que les Russes ont expérimenté sur des spectateurs, tandis que les Américains étaient à l’anthrax entre deux scènes du Grand-Guignol. Après l’invention du cracher de noyau de cerise sur le gâteau, relevons le crash d’une fusée capable de pulvériser 990 millions en trois minutes.
Gageons que l’humanité retrouvera un jour le fil… d’Ariane! 
 

  

Le feu virtuel 

Au Canada, une chaîne de télévision a diffusé un feu de cheminée en direct pendant quatre heures. On peut même acheter la cassette vidéo qui a connu – comme le foyer – un bon tirage: 100 000 exemplaires ! L’émission a décroché la timbale. En quête d’Audimat, la Télévision suisse romande aurait l’embarras du choix dans ce créneau, les sujets ne manquant pas: le lac de Neuchâtel avec un coucher de soleil se noyant dans le trou de Bourgogne; une partie de pêche à la ligne où l’on verrait le bouchon frétiller, garantissant le suspense comme dans un Derrick: mordra ou mordra pas? Imaginons un téléfilm représentant un aquarium de poissons exotiques avec en plan fixe leurs pérégrinations dans des alcôves artificielles. Si le téléspectateur en est arrivé à se contenter d’une image virtuelle, c’est qu’il en a marre des actualités distillées en boucle sur EuroNews. Il tremble pour ses enfants. La petite lucarne pourrait afficher le logo rouge en continu ! 
 

Muet comme une carte 

A une époque pas très lointaine, avant d’entrer dans une cabine téléphonique, il fallait préparer son sac de monnaie. Comme les appareils se faisaient cambrioler, les PTT ont instauré les fameuses cartes à prépaiement. Les premières séries s’enfilaient dans le sens de la largeur, rendues caduques par une transformation sans préavis des automates: la carte s’enfile dès lors par le côté. Mais gare à son expiration ! Pourquoi donc une date butoir? Pour obtenir une explication, il faut composer le numéro d’une hot-line au préfixe 0800. Une voix féminine de synthèse vous accueille: «Bienvenue chez Swisscom; appuyez la touche interactive du service concerné; (petite musique); veuillez patienter, on vous passe le service; temps approximatif malheureusement de cinq minutes environ (petite musique bis), puis publicité pour la hot-line que vous êtes entrain d’appeler, à votre disposition 24 h / 24.»
En exposant votre problème et en répétant votre question à chaque spécialiste qu’on vous refile, c’est vous qui expirez : vous restez muet comme une carte…
A force de réduire son personnel et ses prestations, le géant bleu vous laissera un jour sur la touche ! 
 

Le prix d’une vie  

Les Français aiment les statistiques truffées de clichés pour donner de l’impact aux chiffres. On apprend dans une étude que le nombre d’accidents mortels sur les routes de l’Hexagone est apparenté à un crash d’un Concorde chaque semaine. L’avion supersonique, entré d’abord dans la légende, puis dans un hôtel (disons à une encablure…) et ensuite au musée, a été utilisé dans ce sondage quand il faisait encore le plein avec
92 VIP à bord. L’enquête compare ensuite le bilan semestriel avec les tours jumelles de New York. Par année, c’est l’hécatombe, assimilée à un conflit armé en déplorant
8000 morts en 2002.
Un livreur de pizzas a été suivi dans les rues de Paris par une équipe de tournage. Le film a révélé que le motocycliste était plus soucieux de sa livraison que du code de la route. Il a grillé les feux rouges, roulé à contresens, sur les trottoirs, coupé la priorité et failli renverser plusieurs piétons sur des passages cloutés. Tout ça pour une pizza… est-ce le prix d’une vie? J’avoue que cette pâte, nappée de tomate, surmontée de jambon et de fromage – avec ou sans champignons –, peut être excellente. Pourtant, exiger de se la faire livrer absolument chaude peut conduire à ce que le pizzaiolo soit froid.
Avec ou sans les honneurs ! 
 

Le chiffre 7  

Les astronautes qui ont perdu la vie dans la navette Columbia étaient au nombre de sept. Ce chiffre mythique a traversé l’Histoire. Ces sept mercenaires de l’espace possédaient probablement les sept vertus requises: la charité, le courage, l’espérance, la foi, la justice, la prudence et la sagesse. Mieux que nos sept Sages !
Une association française pour la sauvegarde du bien-manger a adressé au pape une supplique pour que le terme «gourmandise» soit remplacé par «gloutonnerie» dans la liste des sept péchés capitaux qui sont : l’avarice, la colère, l’envie, la gourmandise, la luxure, l’orgueil et la paresse. Dans d’autres langues, le terme incriminé traduit mieux la «gloutonnerie» ou la «goinfrerie». Malheureusement, Lionel Poilâne, célèbre boulanger et fondateur de «La question gourmande», a péri dans un accident d’hélicoptère sans connaître la sentence de Jean Paul II. Ayant connu le même destin que les sept astronautes, osera-il demander à saint Pierre d’abolir le vol ? 
 

Les quatre vérités  

Souvent il m’arrive de me lever du bon pied pour affronter la journée. Mais je ne connais pas à l’avance les ennuis qui vont me tomber dessus. Comme d’habitude, je prends mon café devant le petit écran ; j’appuie sur la télécommande pour suivre
«Les 4 Vérités» de Télématin sur France 2. Soudain, l’image se brouille. Optimiste, je pense à une panne de réseau. Mais je dois me résoudre à emmener mon poste TV à l’atelier de réparation. Au magasin, il m’en coûte déjà 60 francs pour établir un devis. Convaincant, le vendeur me fait comprendre qu’il vaudrait mieux changer le «vieux» téléviseur par un neuf. «Voyez notre catalogue et les offres du mois, me lance-t-il, ainsi vous économiserez les frais du devis.»
Je me souviens que mon magnétoscope VHS avait subi le même sort. A notre époque, on ne répare plus, on nous encourage à jeter…
Je contemple dans un dernier adieu cette relique d’à peine cinq ans. Le sigle «hi-fi» argenté qui trône sur le devant de ces engins audiovisuels me nargue et me toise comme on toiserait un cocu. Pas de doute, c’était bien l’heure des quatre vérités : la haute fidélité n’existe plus! 
 

A quoi bon s’enrichir !  

Dans la banlieue de Dijon, le bureau de tabac «Les Trois-Saffres» a fait parler de lui sans le vouloir. Il a délivré un bulletin de loto à un mystérieux client qui a coché les six bons numéros, plus le complémentaire ! C’était le 28 décembre 2002 et la providence a voulu qu’en période des Fêtes la supercagnotte fût dotée de 3,5 millions d’euros ! Le pauvre bougre avait misé la modique somme de 6 euros... Distrait mais pas très discret, il a remué le pays entier, car, soixante jours plus tard, soit le 27 février 2003 à minuit, il ne s’était toujours pas fait connaître à la Française des Jeux malgré le battage médiatique lancé autour de cette affaire incroyable !
Les clients du kiosque y vont tous de leurs commentaires et hypothèses.
Quant au couple de gérants, il redoute qu’une personne éplorée vienne un jour présenter le coupon périmé. On pourrait alors mettre un visage sur l’inconnu. Dommage, ça pourrait casser les rumeurs au Café des Commères…  
 

Combat pour l’amour  

C’est l’printemps, la saison des amours ! De vilains crapauds traversent la chaussée pour aller draguer des grenouilles coassant aux fenêtres. Mais le racolage est interdit. Les passes sont tolérées… en cachette. A Paris et Zurich, les autorités vont bientôt punir le client, comme en Suède !
Dans le monde animal, les pérégrinations des batraciens ont commencé. Les grenouilles se rendent sur leur lieu de ponte au péril de leur vie. Les associations de protection des animaux ont lancé un appel à la prudence. Pour éviter d’écraser les amphibiens, l’automobiliste devrait zigzaguer, mais comment faire avec un taux de 0,0 
0/00 dans le sang ?
Des bénévoles ont érigé des murets au bord de certaines routes. Ils recueillent les bestioles pour les reconduire au marais. Il paraît que des vauriens en profitent pour se servir. Ils repartent, le coffre plein de cuisses fraîches. Pauvres crapauds, passer à la casserole lors d’un périple amoureux... Faire l’amour, serait-ce devenu le parcours du combattant ? 
 

Vive l’eurofrançais ! 

Absents de la zone euro, nous aurons quand même droit, nous les Suisses, à l’eurofrançais. C’est un e-mail, reçu le 1er avril, qui l’affirme. Voici la réforme établie sur cinq années.
An 1 : les sons «s» seront remplacés par «z» alors que «k» se substituera à «c» et «q», ze ki permettra de zortir de la konfuzion aktuelle.
An 2 : remplazement du «ph» par «f», ze ki aura pour effet de rakourzir un mot komme fotograf.
An 3 : des modifikations plus draztikes zeront pozibles, notamment la zuprezion des lettres doubles et des «e» muets, zourz de konfuzion.
An 4 : les gens zeront devenus rezeptifs à des changements majeurs, tel ke remplacer «g» par «ch» ou «j» par «k», ze ki zimplifira davantach l’ékritur.
An 5 : le «b» zera remplazé par le «p». Le «v» sera auzi apandoné, au profi du «f». Efidamen, il y aura moins de touch zur le klafié. Une foiz en ordr, l’ortokraf zera enfin lochick. La réchion la mieu préparé est l’Alzaz : les chens le pratik décha kouramen. Pour les autres, ponchour l’ankoiz ! 

Le grand saint Bernard  

Les scénaristes de téléfilms regorgent d’idées. Dans les polars, l’inspecteur de service voue à sa profession un attachement hors norme, se lançant dans des filatures interminables. Le téléspectateur aime ce genre de police où le mot ripou est absent du vocabulaire verlan. D’autres séries TV occupent un avocat désintéressé qui s’acharne à prouver l’innocence de son client sans le sou. Parfois, l’acteur principal est un toubib. Dernièrement, on a vu Véronique Jannot dans le rôle d’un médecin généraliste, acoquinée à un chirurgien. Le couple s’est démené pour protéger un loubard blessé par balle. La doctoresse a même été bâillonnée, séquestrée et agressée quand elle n’obtempérait pas aux ordres d’un Beur refusant d’appeler une ambulance pour son frère.
Les faiseurs de téléfilms viennent de recruter un ex-taulard pour incarner un inspecteur. Il se nomme Valence… (rien à voir avec Valenciennes). L’acteur en question – au civil : homme d’affaires, écrivain, animateur, chanteur –, joue au flic après avoir volé… au-dessus d’un nid de coucou au théâtre. Que connaît ce personnage, tapi à l’ombre, des énigmes policières? «Bon Dieu, mais c’est...  bien sûr!»,  avec un nom comme ça, il reste collé au parquet, entouré de plinthes… Sur la trace de Simon Templar, il fera un bon saint-bernard !

 

 

La femme qui me rassure 


A la Fête des mères, j’ai invité ma femme au restaurant. Le menu était assorti d’un vin rouge en promotion, un cabernet-sauvignon du Chili. Epaté par ce nectar mais privé de mes lunettes – déjà deux verres en moins… –, j’ai relevé tant bien que mal l’étiquette. J’ai griffonné le nom, l’origine et le millésime. Plus tard, ma femme a déniché au magasin la même chopine au prix de 2 fr. 99 (18 fr. au bistrot). Selon mon ami cafetier, la marge de bénéfice est normale: il faut compter le service et les frais généraux.
Je n’attendrai plus la Fête des mères pour remercier celle qui sait acheter au meilleur prix et gérer le ménage. Jamais elle ne compte son temps.
Dans une ode à la femme, Serge Reggiani chantait pour Sarah : «C’est ma richesse, ma perle, mon bijou, ma reine, ma duchesse.» Pour ma femme, ce sera: «Si vous la rencontrez, le dos voûté sur les prix bas, ne riez pas, n’y touchez pas. Elle semble porter le fardeau des prix trop hauts qu’elle a dû fuir. Lorsque la nuit nous réunit, son corps, ses mains s’offrent au mien et c’est son souci d’économies sur les factures… qui me rassure.»
 

 

La paix des chaumières  

Depuis la guerre en Irak, on n’a jamais autant milité pour la paix. Des drapeaux arc-en-ciel la prônent en italien (Pace) et en anglais (Peace). Dans un petit village bien de chez nous, certains propriétaires de villas ont pavoisé. A côté du drapeau rouge à croix blanche flotte l’arc-en-ciel dont le dégradé de couleurs ressemble étrangement à l’étendard érigé dans les Gay Pride. Mais là, il n’y a pas d’ambiguïté, c’est bien la paix qu’on réclame dans ce quartier engazonné et le chemin orné d’une pancarte dont la première lettre est aussi P, comme Privé. Loger dans ces résidences individuelles donne l’impression de vivre dans un havre de paix. Certes, il y a bien eu la plainte pour le chien qui s’est lâché plusieurs fois dans le jardin du voisin. Il y a eu également l’histoire des gamins qui ont sali la façade avec leur ballon plein de boue. On passera sous silence le raffut du vélomoteur de l’adolescent qui s’est rentré à 1 h du matin. Les résidants ont aussi connu la terrible guerre des tondeuses à gazon. Mais le pire à supporter, c’est le pacifiste bariolé qui fait la gueule à son voisin depuis 20 ans pour un droit de passage ! 
 

La peur du salaire  

Madame Paulette s’active de bon matin. Elle ouvre son kiosque et prépare les présentoirs à journaux. Au passage, elle salue les lève-tôt qui lui adressent un signe amical. Dès 6 h, les premiers cafés sont versés dans les tasses tandis qu’elle se décarcasse. C’est comme dans «Paris s’éveille». Vers 10 h, un monsieur respectable vient valider sa feuille de chômage. La patronne du kiosque lui fait remarquer qu’il est interdit de tamponner deux fois de suite, car il est déjà venu il y a une vingtaine de jours. «Vous savez que je peux avoir de sérieux ennuis avec l’Office du chômage si j’abuse du tampon», prévient-elle gentiment. L’homme, résigné, s’en va avec sa formule pliée en quatre, enfilée à la va-vite dans la poche de son veston. Un mois plus tard, il revient acheter deux cartouches de cigarettes. En payant, il exhibe à nouveau sa fiche dont le timbre d’un employeur potentiel prouve qu’il cherche bel et bien du travail. «Je vous engage, lui lance Paulette. Vous pouvez commencer demain. Ouverture du kiosque à 5 h 30, servir les cafés dès 6 h.» Le monsieur est parti pour de bon. 
 

L’odeur de l’argent  

A notre époque, il est presque gênant d’avoir du travail par-dessus la tête. Le dilemme pour certains entrepreneurs débordés, c’est qu’ils ont de la peine à être payés par leurs clients. «A la commande, le tiers de la facture doit être honoré, sinon je ne commence pas le chantier», avoue ce patron. Un autre hésite, car il doit se battre avec une concurrence toujours plus pointue. Certains cassent les prix, mais ne respectent pas les devis.
Un artisan du bâtiment a trouvé la solution pour se protéger des mauvais payeurs. Quand il a terminé les plafonds, il réclame le paiement. Discrètement, avant de quitter le chantier, il dépose une barquette de six œufs frais dans le faux plafond. Si l’argent est versé dans les délais, il prétexte un contrôle de routine chez son client et récupère les œufs. Sinon, c’est l’habitant de la villa qui téléphone. Enervé, il s’étonne qu’il y ait une odeur bizarre dans sa maison. Chaque jour ça sent pire… Mais l’artisan rentre toujours dans ses frais et passe pour un héros lorsqu’il réussit à éliminer gratuitement cette puanteur dont la cause reste mystérieuse. 
 

L’intelligence en bocal  

On dit que la culture, c’est comme la confiture: moins on en a, plus on l’étale. Les jeux télévisés permettent à des candidats de mesurer leur culture générale. Il en est des brillants dans Questions pour un champion, hélas mitraillés par un Julien Lepers qui stresse. Un jeu d’un grand niveau est celui présenté par Patrice Laffont appelé La Pyramide. Là, on n’est pas massacré par Laurence Boccolini, déguisée en juge et qui officie dans le Maillon faible. Mais la palme du succès revient à Jean-Pierre Foucault qui sait entretenir le suspense dans Qui veut gagner des millions? Ce présentateur laisse le temps aux gens de répondre. Ils peuvent même consulter l’avis du public. L’invitée de ce jeu, Amanda Lear, a trébuché sur l’orthographe de «maître queux». Elle et son partenaire ont gaspillé le joker du 50/50 et celui de l’appel téléphonique. De l’autre côté du fil, un prétendu érudit a proposé «maître queue» !
Pour reposer nos méninges, il y a heureusement TelesCoop sur la TSR. Tout en posant les questions, l’animateur fait de la publicité. Si c’est pour de la confiture en action (sic), il n’y a plus qu’à l’étaler…
 
 

Les grandes vertus  

Les petites annonces du cœur étalent dans la presse les grandes vertus de l’humanité: «fidèle, aimant la musique, la natation, le cinéma, les promenades en forêt, les animaux et la danse.» Il en est de même des articles nécrologiques qui encensent les disparus. Des personnes d’exception !
Au chœur mixte de mon village sévissait un bourdon assidu. Gentil, il apportait souvent une bouteille de vin aux répétitions. Devenu membre d’honneur, il était félicité et recevait un bouquet de fleurs lors du concert annuel. Il était aussi actif au match au loto puisqu’il prouvait ses qualités vocales en criant les numéros. «Membre dévoué et exemplaire», voilà à quoi ressemblera sa nécrologie. Cependant, personne n’aura eu le courage de lui signifier qu’au studio d’enregistrement, l’ingénieur du son avait discrètement débranché son micro pour ne pas gâcher le CD de la chorale. L’hommage posthume au bourdon relèvera toutefois son oreille musicale. Dans sa famille, on dit même qu’il avait la musique dans le sang. Dommage que la circulation fût mauvaise. En effet, c’est un tout petit caillot qui vient d’emporter le grand homme!
 

 

 

La foi de l’inventeur  

«Les lieux saints sont désertés, c’est à l’église de se rapprocher du peuple.» Fort de ce constat, un Anglais a cru recevoir un appel du Ciel pour créer le rapprochement. Est-ce que Jésus aurait chassé le marchand du temple Michael Gill, l’inventeur d’une église gonflable qu’il transporte par camion sur commande tarifée? En tout cas, le souffle divin ne suffit pas, c’est des machines qui se chargent du gonflage. Trois heures sont nécessaires pour dresser l’édifice sur ses 14 mètres. L’église gonflable peut accueillir 60 ouailles dont douze seulement trouveront un siège en PVC. Et ça marche, puisque les couples se bousculent pour unir leur destinée. Quelle idée saugrenue de vouloir convoler dans un édifice religieux en plastique sans la résonance d’un véritable orgue amenant la chaleur propice au recueillement ! Ce brave Gill a-t-il pensé à la flèche de Cupidon qui, mal décochée, pourrait trouer la paroi de polyvinyle, transpercer la chaire et les faux vitraux?
Prions pour que la cérémonie nuptiale se passe bien. Pour le meilleur! Le pire serait qu’au moment du oui fatidique la mariée se dégonfle… 
 

Un marché de dupes 

Pendant la préhistoire, le troc était le seul moyen d’échange. Au début de la civilisation est apparue la dot. Le prétendant, néanmoins amoureux, devait montrer patte blanche en demandant la main de la jeune fille. Imaginons le dialogue qui avait cours pour mener à bien ce… compromis : «Je vous jure que c’est uniquement sa main qui m’intéresse !»
De nos jours, les civilités ont disparu, le troc aussi. Par contre, la tendance du commerce est de faire croire que l’article est donné… comme les «printers» d’ordinateurs. Hélas, en remplaçant les deux premières cartouches d’encre au prix fort, vous payez l’imprimante une deuxième fois.
Au rayon des cosmétiques, les lames de rechange sont si chères que les barbus ont tôt fait de rembourser les rasoirs lancés à un prix dérisoire.
Mais le plus flagrant de ces marchés de dupes, c’est celui du natel. Le téléphone portable est offert à la signature du contrat. Les communications onéreuses vont vite rembourser l’opérateur mobile. Dans cette espèce de troc des temps modernes, on n’est pas loin de cette transaction éculée: «Si tu me donnes ta montre,
je te donne l’heure!» 
 

Recherche de paternité
Les séances de cinéma de mon enfance sont restées gravées dans ma mémoire. C’était jour de fête quand le Cinématographe des frères Bersot affichait des matinées pour enfants. Laurel et Hardy ainsi que les films burlesques avaient la cote. Je me souviens d’une scène où un petit garçon, depuis une cave, aspergeait à la sulfateuse les pieds des passants. Un soupirail était situé juste en dessous d’une vitrine de magasin. Le piéton constatait soudainement que ses chaussures étaient sales. Tout par hasard, un cireur de souliers proposait ses services au bout de l’avenue. Il était complice de l’enfant.
Dans The Kid, Charlot répare les vitres brisées par le gamin qu’il a adopté. Un scénario réalisé en 1921…
A notre époque où les murs se colorent pendant la nuit, on se demande s’il n’y a pas des pères intéressés, spécialistes en peintures et vendeurs de sprays. Ou des papas représentants en réfection de façades, peut-être marchands de produits anti- tags. Saura-t-on un jour si les jeunes pirates en informatique
– les hackers – étaient de connivence avec les concepteurs de programmes antivirus ? 

 

Les mines antipersonnel 

Des entreprises, pourtant florissantes, ont engagé des agents de méthode pour jauger, tester, soupeser leur personnel. Issus des universités les plus prestigieuses, ces cadres sont payés au prix fort pour traquer l’ouvrier besogneux, traité comme un pion sur un échiquier. Les employés rescapés se regardent en chiens de faïence car la table qui leur sert de jeu est truffée de mines antipersonnel…
La partie d’échecs peut commencer. Le moindre faux pas est rapporté au préposé des ressources humaines. Tout jeune, ce dernier militait dans les rangs de la gauche pendant la haute conjoncture. A l’époque, c’était facile, il crachait sur la société d’abondance, les multinationales… et le néolibéralisme, qu’il disait pour faire savant !
Maintenant que le travail a ralenti, l’agent de méthode comprime les effectifs. Le pion est mis sous pression du matin au soir, compressé puis essoré. Sa position sur l’échiquier est précaire. Un chef trop cavalier le regarde de coin,
tandis qu’un responsable devenu fou le toise en diagonale.
La récession est reine et le roi préserve sa tour d’ivoire.
Personne n’a gagné cette partie: elle est nulle! 
 


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Monsieur Personne
Suite à des erreurs médicales, entre deux mille et trois mille patients meurent chaque année dans nos hôpitaux. Cela fait au moins six victimes par jour! C’est bien connu, les médecins enterrent leurs erreurs. Il n’en va pas de même pour les correcteurs de quotidiens dont les coquilles restent imprimées. Pourtant, ils corrigent environ six cents fautes dans chaque édition…
Un propriétaire m’a relaté les soucis que lui procure le chantier de sa future villa. Les différents corps de métiers accumulent les boulettes. L’architecte se défend que ses plans sont justes, mais l’ébéniste a mal scié les poutres; l’électricien a posé les conduites au mauvais endroit; la chaudière a été mal montée et un muret a dû être construit, un autre supprimé. Le grand responsable de ce fatras porte un nom: c’est Monsieur Personne! Ces gaffes coûtent cher mais sont encore réparables. Par contre, dans les journaux, c’est trop tard… la rotative doit tourner avec les fautes, navrantes mais pas mortelles… 
 

La tolérance feinte 
Notre époque permet à chacun d’exprimer publiquement ses revendications. Mais est-ce que l’esprit collectif évolue vraiment? On joue les tolérants devant une Gay Pride et on révise notre vocabulaire de base par des néologismes. Tiens, concernant les races, on ne vend plus des «têtes de nègre», mais des «têtes chocolatées». Pour les handicapés, on ne dit plus «mongolien» mais on fait savant avec «trisomique». En ce qui concerne les générations, on n’appelle plus «home de vieillards» mais «home du 3e âge». Les sages-femmes exigeront un jour que l’on ne prononce plus «bébé» – terme trop réducteur – mais «nouveau-né». Pour en revenir à l’évolution des mœurs, relevons l’abolition des mots «tapette» et «gougnotte». On dit maintenant «gay». Cette appellation laisse transparaître un élan de solidarité envers les homosexuels et c’est réjouissant. Cependant, les spectateurs «tolérants» qui se sont déplacés à Neuchâtel pour le défilé, ceux-là ne sont pas encore mûrs pour accepter de voir un jour leur fils ou leur fille parmi les figurants. La tolérance? Mon cul ! 

 

L’art porté aux nues
En perpétuelle recherche d’inspiration, des pseudo-artistes s’ingénient à créer des œuvres éphémères avec des moyens bon marché. La matière première n’a donc pas manqué à Spencer Tunick qui a pu confectionner sur l’arteplage de Neuchâtel une gigantesque brochette de crevettes saumonées. Posant nus, les mille cinq cents bénévoles ont constitué ce qu’on appelle dans l’art pictural une nature morte. Il a fallu que le photographe ait la mauvaise idée de renvoyer d’abord les hommes aux vestiaires pour que ceux-ci se précipitent tout habillés sur les rives en faisant des palabres lubriques sur les courbes de charmantes créatures. Chassez le naturel, il revient au galop! Par contre, à dix kilomètres de l’arteplage, au camp de l’ONS, à Zihlbrücke, on peut se pavaner dans son plus simple appareil, sans que ce dernier porte la marque Nikon… Là, des naturistes prônent la vie saine, sans fumée, ni viande ni alcool. Il y a cinquante ans, ces pionniers sans tunique ni spencer ont été chassés des plages. Mais en un mot, ils ont vaincu… Chassez le naturiste, il revient au bungalow ! 
 

Aveu d’impuissance 
Comment explorer l’arteplage de Bienne en un seul jour si l’on doit faire la queue devant chaque pavillon? Eh bien, en bâclant la visite afin de rattraper le temps perdu. Et tant pis pour la compréhension du thème! Ce type d’empressement collectif ressemble aux visites éclair de Paris: on gravit la tour Eiffel seulement jusqu’au deuxième étage parce qu’il y a trop de monde. On fulmine pour atteindre les trois cents mètres du «squelette de beffroi», surnom qu’avait donné à la Tour un illustre détracteur, Paul Verlaine… en pleine Exposition universelle de 1889.
A la rentrée, les récits des vacanciers ne vont pas tarder à affluer. Chaque année, on est abreuvé de résumés du style «on a tout fait en un jour». A donner poliment l’impression de croire ces aventuriers turbocompressés, je passe pour un naïf. Mais, de mon côté, j’ai la satisfaction d’avoir assimilé toutes mes visites à Expo.02. Sauf au pavillon Nouvelle DestiNation où j’ai dû feindre l’étonnement et esquiver le raisonnement…
 

 

Mi-août avec le chat 
En période de vacances, les gens ont coutume de confier leurs clés d’appartement à une bonne âme pour qu’elle s’occupe des plantes vertes et du chat. La dame de confiance de mon immeuble m’a narré l’histoire de son pensionnaire à moustaches. Elle a d’abord essayé de faire plus ample connaissance avec lui car il se cachait. Pourtant, les gamelles se vidaient… Après quelques jours d’adaptation, le matou a gratté à la porte de la salle de bains, grimpé sur le lavabo et fixé de ses yeux félins la pharmacie. Madame a pensé que minet s’admirait dans le miroir. Après réflexion, elle en a déduit que la brosse du chat se trouvait dans la pharmacie et qu’il réclamait une séance de brossage. Une fois la brosse exhibée devant lui, il a sauté dans la baignoire. Normal, c’est là que son maître exécute le toilettage. Génial, non? Un coup de jet et les poils s’en vont ! Depuis que j’ai appris ça, je crois bien que les animaux ont l’esprit pratique. En plus, à la mi-août, il me semble que chat parle… 

 

Gauche maladroite
En termes héraldiques, senestre signifie gauche mais désigne le côté droit de l’écu. Cette inversion s’explique. Le guerrier tenait son armure du bras gauche. Pour l’ennemi qui lui faisait face, la position du bouclier se trouvait donc à droite, appelée dextre. Dans la marine, on connaît bâbord et tribord. Si vous conduisez un cheval, hue est à droite et dia est à gauche.
Ces derniers temps, on constate en Suisse que les idées des politiciens peuvent être bonnes, qu’elles émanent de gauche ou de droite. C’est paradoxalement la gauche qui rejette les opinions censées venir de bâbord.
Lors d’un débat télévisé, on a vu des charretiers tirant à hue et à dia. Armés de leurs langues de bois et protégés par leurs boucliers de paroles, ils ont fait souffler un vent de tempête sur la table ouverte qui a viré à tribord. On se serait cru au Moyen Age. En les regardant de face, on s’est aperçu que celui qui portait à gauche était à droite ! Pas de quoi redorer son blason… 

La paix du mécréant 
En Suisse, les gens qui disent toujours non sont baptisés «Neinsager». Ils sont connus pour ensabler les rouages de la politique. Cependant, je viens de lire une étude sur la qualité de la vie qui affirme que tout individu a besoin de s’entendre dire non afin d’apprendre à mesurer ses limites. La personne qui répond oui du bout des lèvres est à plaindre. Sa vie devient un enfer si elle ne sait pas dire non. Ayant reçu une éducation où le non faisait l’objet d’une punition, je reste marqué par la peur de perdre la sympathie de mon interlocuteur éconduit. Mû par le sentiment du devoir, j’hésite à refuser une tâche sous peine de passer pour un minimaliste. Alors, les gens profitent de mes services parce qu’ils sont sûrs d’obtenir mon consentement. Ce constat me fait parfois envier les «Neinsager». Ils sont redoutés mais jouissent d’une paix royale. Ces mécréants-non-non déambulent la tête haute et sont considérés. Est-ce mérité? Le béni-oui-oui s’interroge. Alors, pour une fois, courageusement, il répond : «Non!» 
 

La société canine
L’initiative « L’animal n’est pas une chose » 
 

Dans une chanson, Jean-Jacques Goldman a parodié une scène de séparation où l’animal est traité en objet : «Je prends le poisson rouge, tu gardes le bocal.» Assimiler un animal à une chose n’est plus dans l’air du temps. Une nouvelle loi entrera en vigueur le
1er avril prochain: les animaux de compagnie seront considérés comme des êtres vivants, capables de sentiments. Evidemment ! Pourtant, un ménage suisse sur deux possède un animal. 490 000 chiens et 1,3 million de chats ont su faire leur place dans notre société avec leurs cliniques et salons privés, leurs supermarchés. Statistiquement, ils sont plus nombreux que les enfants et les adolescents! Beaucoup de personnes mal entourées ou délaissées doivent regretter de ne pas être venues au monde à quatre pattes. Alors, reste à prouver le bien-fondé de la nouvelle loi. L’héritier devra, sur l’honneur, s’occuper de l’animal que le défunt lui aura légué.
Gageons que les bonnes résolutions, même écrites, ne se réduiront pas avec les gamelles lorsque le pactole aura été reniflé…
 
 

Profit laxiste de l’eau 
Les drames de la route après des soirées bien arrosées viennent gonfler les statistiques. L’alcool provoque chez l’automobiliste une tendance à surestimer ses capacités. Il suffit de trois apéritifs ou d’une tournée de bières entre copains pour tutoyer le 0,8 pour mille. Les politiques parlent d’abaisser le taux d’alcoolémie à 0,5. Face à cette échéance, je me suis mis à l’eau du robinet. Seul à la table d’un salon de thé, je me heurte chaque fois à la même question lors d’une commande d’eau minérale: « Avec bulles, minibulles ou plate?» De l’eau, s’il vous plaît, il en tombe assez, non? Et au prix qu’elle est: il ne faudrait tout de même pas mélanger prophylaxie avec profit laxiste…
Dans les réceptions, les vernissages, les invitations privées et les mariages, je dois convenir qu’un bon verre de vin fait partie d’un art de vivre. Pour ce qui est de la convivialité, il est difficile d’abolir les verres
à boire qui, à mes yeux, sont des verres de contact… 

 

Les mots qui passent 
On se plaint parfois que la langue française est écornée par le franglais. Pourtant, à la lecture des quotidiens, à écouter la radio et la télévision, des néologismes sont apparus ces dernières années. Ces mots sont issus du grec et du latin et enrichissent notre vocabulaire. A consommer modérément de peur d’être incompris et les placer à bon escient : avant les votations, on souhaite obtenir le «consensus». Pour une fusion d’entreprise, on emploie «synergie» afin de camoufler «restructuration» qui sonne moins bien aux oreilles des futurs licenciés, pas en lettres ceux-là…
Pour conserver une entité de façon durable, on utilise «pérennité». Ce terme est employé à toutes les sauces et je félicite le linguiste qui a suggéré son usage. Peut-être est-ce simplement un éditorialiste qui a su, par sa faconde, enthousiasmer son lectorat. Mais la palme revient au journaliste qui a sorti le vocable à la mode: «monoparental». De tous les mots bâtards, c’est celui qui a le mieux réussi… 
 

Attention: mères ! 
Journée internationale «A pied à l’école», jeudi 3 octobre 2002 
 

Notre époque veut que les mamans conduisent en auto leurs enfants à l’école. Ces chérubins connaîtront-ils jamais les chemins de traverse de mon époque où l’on musardait avec les copains? Le hic, c’est que ces mères-taxis se sentent investies d’une fonction publique et croient que la route leur appartient. Elles s’arrêtent sur le trottoir pour faire descendre les bambins et forment une colonne de véhicules. Les automobilistes de passage n’ont qu’à faire attention ! Une fois ces femmes libérées, elles débouchent sur la route sans clignotant et traversent le bourg à vive allure. Vers midi, c’est le retour en trombe au collège. Comme elles se sont attardées au supermarché, elles «coulent» le stop, trop occupées qu’elles sont à avertir l’institutrice par natel qu’il y aura du retard. Les roues sur le trottoir, bien en face de la sortie, ces mères récupèrent leurs gosses. Elles craignent pour la sécurité de leurs rejetons, moi dans ma bagnole, je crains de croiser ces furies. Vive l’action «Pédibus» ! 
 

La main occulte 
Dès la naissance, nous portons les stigmates de notre destin dans la paume de la main. Les lignes y sont tracées profondément sur lesquelles certaines personnes plus ou moins bien intentionnées arrivent à lire l’avenir. Pour les initiés, leur main est devenue le miroir de leur âme. La main gauche contient paraît-il davantage d’informations que la droite. Dans le creux, on y trouve la ligne de vie, celle du cœur et de la chance, sept en tout. Connue depuis la nuit des temps, cette science appelée chiromancie a dû frustrer plus d’un adepte et la notion d’avenir n’est sûrement plus la même aujourd’hui.
Récemment, j’ai appris qu’un médium allemand, aveugle de surcroît, prédisait le futur de ses clients en leur palpant les fesses. Selon ce spécialiste, elles seraient plus révélatrices que les mains. Bof! depuis longtemps, je sais que mon avenir est derrière… mais je ne sais pas si je me laisserais mettre la main occulte! 
 

Fausse note à l’ouest 
Il n’est pas toujours aisé d’interpréter les langues. Une visiteuse du pavillon «Blindekuh», à Morat, où l’on se laisse guider dans le noir par un malvoyant, s’est insurgée que l’on puisse traiter la cécité de «vache aveugle». Dommage que les têtes pensantes d’Expo.02 se soient souciées comme de colin-tampon de la traduction de ce jeu : colin-maillard !
C’eût été plus poétique, avouons-le franchement…
Au cinéma, les titres de films ne sont pas toujours traduits littéralement. Le western «Il était une fois dans l’Ouest», de Sergio Leone, a été tronqué par «Spiel mir das Lied vom Tod» (joue-moi le chant de la mort). Lors d’un mariage, un animateur avait interprété «L’homme à l’harmonica», d’Ennio Morricone. Les mariés et les invités de souche alémanique s’étaient indignés: «Qu'est-ce que c’est cette Musik ?» Et l’homme-orchestre de répondre: «Es war einmal im West’». «Nein, nein, il ne faut pas jouer cet air-là, on ne veut pas mourir demain !»
Gageons que les jeunes mariés auront su rester plus fidèles que les traductions du musicien…
 Francis Choffat. 
 

La frousse ou l’envie
Vous offrez une bouteille de vin à un ami. Vous remarquez qu’il s’acharne à retirer le papier d’emballage sans l’abîmer dans le but de le resservir à une autre occasion, même chiffonné. Ce grippe-sou n’oubliera pas votre anniversaire, mais il vous enverra ses bons vœux sur une carte des aveugles. Ou sur de magnifiques aquarelles, peintes avec les pieds, dont le bulletin de versement pour les invalides a été égaré. Mais il n’y a pas que de petits profits ! «Toujours plus de gens voyagent sans titre de transport» m’a confié un contrôleur CFF. A son passage, ils n’ont qu’à inventer une histoire d’automate à billets. Une surtaxe de 3 fr. leur est perçue, au pire une majoration de 10% sur le prix de la course. Par contre, lors d’un contrôle sporadique dans un régional, l’absence de ticket est frappée d’une amende de 60 fr. Dans l’express Neuchâtel-Yverdon, un voyageur s’est vanté que seuls les froussards payaient ! En effet, pour 3 fr. de plus, cela ne va pas grever son train de vie…

 

Fermez la fenêtre! 
Les technologies modernes exigent la compréhension d’une terminologie spécifique. Le message qui apparaît sur l’écran de l’ordinateur: «Fermer les fenêtres», ne signifie pas qu’il faille fermer celles du bureau. Un débutant avait eu cette réaction alors qu’il avait froid. Un élève a pris peur lorsqu’on lui a dit d’appeler la police; il s’agissait de la police de caractères dont il fallait cliquer dessus.
«Veuillez prendre la souris», est un ordre qui a fait frémir une dame dans un cours du soir. Mais il n’y a pas que le jargon de l’électronique qui réserve des surprises, la nouvelle technologie aussi. On raconte qu’une secrétaire avait mentionné au bas d’une télécopie: «Veuillez me renvoyer ce fax car j’en aurai à nouveau besoin pour travailler», ou celle qui a fait une photocopie avant de l’expédier «pour conserver l’original».
Tiens, ce Noël, je vais envoyer des fleurs à la demoiselle de mon combox, pour ses bons services et sa jolie voix… 
 

Entregent, entrejambe
A notre époque, on doit sans cesse se remettre en question sur le plan professionnel. On ne peut plus guère exercer le même métier toute une vie. En postulant, il s’agit de peaufiner son curriculum vitae qui sera examiné de près par un chef du personnel zélé. Ce dernier aura l’embarras du choix pour trier les offres d’emploi croulant sur son bureau. Il faut donc être performant, le meilleur candidat. Mais comment s’y prendre le jour du rendez-vous? Notre attitude, notre parler et notre habillement entreront en jeu. Etre sûr de soi sans trop bavarder, car une personne qui parle trop passe souvent pour celle qui n’a rien à dire. Employer les mots justes en n’ayant pas peur des silences entre deux réponses… la bonne ou la mauvaise.
La jeune postulante du mois passé, bien moulée dans sa minijupe, a su assortir son habillement à l’entretien : ils furent assez courts pour garder l’attention et assez longs pour couvrir l’essentiel…
 

 

Les brumes du cerveau
Dans ses rêves nocturnes, un artiste m’a confié qu’il peint de magnifiques tableaux qu’il n’a jamais su reproduire sur la toile avec la même satisfaction. Entre gens de plume, chacun reconnaît que c’est la nuit que l’inspiration est la plus féconde. Dans un demi-sommeil, les pensées, le sens et la syntaxe semblent parfaits. En rechignant à se lever pour coucher ses idées, on prend le risque de tout perdre. En tout cas, au matin, le fil est cassé: on n’écrit pas deux fois la même histoire!
C’est en salle de réveil, après une opération, que j’ai composé dans ma tête le meilleur papier de ma vie. J’en avais pourtant rédigé d’autres lors de longues nuits d’insomnie où j’avais préféré m’installer à l’ordinateur plutôt que de me retourner cent fois dans mon lit. Mais le texte pondu à l’hôpital surpasse tous les autres. Hélas, il s’est envolé dans les brumes de mon cerveau!
C’est pourquoi, cher lecteur, mon meilleur «Air du temps»*, c’est celui que vous ne lirez jamais !
 
* Rubrique paraissant dans «Le Journal du Jura», page Magazine+Météo. 

 

Les derniers vers 
Des vacances éternelles sur un lopin cinq-étoiles 

En analysant les paroles de certaines chansons, on s’aperçoit que seule la musique les a sauvées. Dans Notre-Dame de Paris, quand «Belle» danse et qu’elle met son corps à jour (au lieu de: au jour), Victor Hugo doit se retourner dans sa tombe ! Dans l’autre comédie musicale Les Dix Commandements, un titre est même empreint d’une faute capitale: «La peine maximum»…
Dans sa chanson «Qui a le droit», Patrick Bruel ne joue qu’avec des mots creux pour des gamines en crise d’identité, atteintes d’incontinence émotive. Fuyant cette faiblesse de fond, on se rassure à l’écoute de «La Bohème» d’
Aznavour, en récitant des vers, groupés autour du poêle, en oubliant l’hiver et… les mauvais paroliers.
En relisant la «Supplique pour être enterré à la plage de Sète», je médite sur la mort. J’imagine, comme Brassens, une ondine avec moins que rien de costume qui, prenant ma butte en guise d’oreiller, viendrait gentiment sommeiller. «J’en demande pardon par avance à Jésus, si l’ombre de ma croix s’y couche un peu dessus, pour un petit bonheur posthume.» Finir bouffé par des vers pareils, c’est le pied !


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Entretien*
*Traduction pour les Anglais de passage à Neuchâtel: Interview.
 
Francis Choffat, né en 1948, exerce son métier de correcteur au «Journal du Jura», à Bienne. La journaliste Catherine Favre, responsable de la rubrique culturelle dans le même quotidien, s’est entretenue avec lui.
C. F. – Quelles sont vos motivations?
F.C. – L’orthographe est ma passion, je ne pourrais concevoir mon métier autrement. Bien sûr, le rêve serait de sortir un journal sans fautes ; toutefois, les rédactions travaillent dans l’urgence, les coquilles sont inévitables. Certes, l’ordinateur nous fait gagner beaucoup de temps. A l’époque de la composition au plomb, pour une seule virgule mal placée, il fallait retaper toute la ligne.
La fameuse initiative d’un quotidien lémanique visant à sanctionner par des amendes les fautes d’orthographe des rédacteurs est tout simplement aberrante. Toutefois, le tapage médiatique fait autour de cette affaire relatée jusque dans le journal «Le Monde» a l’avantage de mettre en lumière l’utilité du travail de correcteur, alors que ce poste tend de plus en plus à être sacrifié sur l’autel des restrictions budgétaires. Pour ma part, je reste méfiant face aux correcteurs électroniques, même s’ils permettent d’élaguer les fautes de frappe les plus élémentaires. 

Soumettez au correcteur électronique la phrase suivante: Mets île doigt ce fer ah sont travaille, il n’y verra que du feu! La langue française est très riche, subtile. Elle est truffée d’homophones comme ver, vers, vert, verre ou vair. Ce dernier terme convient à la pantoufle de vair de Cendrillon, le vair étant une peau de petit-gris, variété d’écureuil. Une mauvaise transcription de ce conte de Perrault avait fait penser que sa chaussure était en verre. Cette aberration s’est ancrée dans les mémoires. Beaucoup d’enfants – dont j’étais – ne comprenaient pas que l’enfilade ne pût blesser au sang la pauvre héroïne.
De nos jours, on reste pantois face à certaines lacunes chez les jeunes. Sur un site Internet spécialisé dans les problèmes de cœur des adolescents (www.ciao.ch), une jeune fille a écrit qu’elle avait peur d’être en sainte. On ferait mieux de s’attaquer à l’illettrisme rampant qui menace une frange toujours plus importante de notre société, plutôt que d’imposer des réformes de français quelque peu aléatoires, pour ne pas dire ridicules, telle la fameuse langue épicène… Je n’ai rien contre la féminisation des mots masculins, bien sûr; mais qu’on nous épargne les dissonances d’autrice et autre
consulesse.               
                            Propos recueillis par Catherine Favre, le 15 mars 2002
.
 
 

La soupe sur le feu 
L’émission de radio « La Soupe est pleine » émettait en direct de l’arteplage dimanche 16 juin à Neuchâtel. L’invité était Adolf Ogi. Il était hardi pour Yvan Frésard de poser des questions préparées en coulisses à ce pince-sans-rire qui me fait un peu penser à Emil. Yvan Frésard, qui s’était brouillé avec Lova Golovtchiner en lui reprochant son manque de spontanéité, a été mis plusieurs fois dans l’embarras, l’œil fixé sur ses fiches. Le public, entassé dans la salle de l’Aparté, a franchement rigolé grâce à Adolf Ogi. Tiens, avec Emil, cela fait deux Suisses allemands qui ont su abolir la frontière de rösti. Les marchands de soupe et les videurs de corbeille en ont érigé une entre eux. Ils ont vidé leur fiel dans la presse romande sans aucun humour. Un peu de modestie leur aurait permis de manier l’autodérision. Encore faut-il savoir ce qu’est l’autodérision. Quand on se moque de moi parce que je roule Mitsubishi et qu’on prononce Mitsubichenit, je ris de bon cœur, mais c’est de l’auto-dérision, pas de l’autodérision… Pour en revenir à nos humoristes romands radio et TV, j’aimerais ajouter que, la veille, samedi 15, j’ai pour une fois apprécié le « Fond de la corbeille ». L’hôte de la soirée était Darius Rochebin. Il a sauvé l’émission par son charisme. C’est ce qui arrive quand l’invité est meilleur que les journalistes... 

 

La mauvaise presse 
Shawne Fielding était sur l’arteplage de Bienne un jeudi 13. Si ce chiffre ne porte pas bonheur à certains, la présence de cette ambassadrice d’Expo.02 a fait celui des curieux. Son mari, retenu pour des raisons familiales, était absent. Elle se trouve bien seule à fustiger la presse de boulevard, celle qui a failli détruire son couple. Il est loin le temps où on l’apercevait, rayonnante, au Marché-Concours de Saignelégier en présence du ministre jurassien Jean-François Roth. Il est loin le temps où, radieuse, elle posait devant une pierre mutilée par les Béliers. La pierre d’Unspunnen avait le poids d’un scoop. L’autre jour, au pavillon Happy End*, la belle Texane a eu beau faire un numéro de rodéo sur un cheval mécanique, le public n’y est pas allé avec le dos de l’écuyère – pardon, de la cuillère – en matière de commentaires larvés. Les mauvais journalistes sont passés par là. Ils ont cassé la moitié de Thomas Borer. Au complet, les époux étaient de bons vivants et ont été rappelés à l’ordre par le gouvernement qui a voulu donner une image propre en ordre de notre pays. L’honneur est sauf ! Il faut dire qu’en Helvétie on trompe sa femme avec diplomatie… 
 

* Si cette expression anglaise signifie « fin heureuse », le mot de la fin prononcé par la femme bafouée a été : « En Suisse, il y a beaucoup de culs pincés ! » Was ist deiss ?

Le répondeur
Les répondeurs téléphoniques servent à rassurer les appelants qu’ils sont au bon numéro. Afin de rendre mon appareil plus original, j’avais composé ce message en vers :
            La famille Choffat est en vadrouille
            Si vous êtes un tantinet débrouille
            Vous glisserez en guise de babil
            Un message que l’on souhaite gentil
            Un petit mot qui vous honore
            Juste après le signal sonore.

Comme j’aime innover, j’ai voulu faire un gag. Il s’agit de faire croire que la liaison est mauvaise: « Allô, allô, qui c’est ?, j’vous entends mal ! » Et d’ajouter avec une voix de synthèse : « J’vous passe mon répondeur… » J’ai reçu une tapée d’appels d’amis qui se sont marrés et en ont fait profiter leur entourage. Tous étaient tombés dans le panneau en s’étant annoncés plusieurs fois dans le vide: « C’est moi, c’est moi ! » Le hic, c’est que des gens coincés ont cru que j’avais refusé de leur parler ! L’humour est décidément pénible à manier en ce début de troisième millénaire…
 

Gutenberg 
Le traitement de texte sur ordinateur a révolutionné le monde de la typographie. Le journaliste en a profité : il rend toujours sa copie sans ratures, ce qui ne signifie pas sans fautes… Une visite au Musée Gutenberg, à Fribourg, m’a replongé dans un atelier de composition. Servant de guide improvisé à un groupe de personnes, j’ai retracé le passage du plomb au Macintosh. Beaucoup de visiteurs ont loué le savoir-faire des anciens typographes. Mais la question récurrente a été celle de la correction : «De nos jours, plus besoin de relire, donc?» Alors écrivez, leur dis-je : Le comité de soutient du cartier de la gare vous salut. La phrase est juste selon le correcteur électronique qui l’analyse ainsi : verbe soutenir conjugué à la troisième personne du singulier – cartier, homme qui fabrique des cartes – salut et salue sont aussi des homophones.
Le sens lui échappe donc comme à son collègue, traducteur automatique de son état, qui a transcrit :
Der Geist ist willig, aber das Fleisch ist schwach
(L’esprit est prompt, mais la chair est faible)
par : L’alcool est fort, mais la viande est avariée.
Ils ont niqué Gutenberg… 

 

Extraterrestres
Il me souvient d’une vieille histoire d’extraterrestres. Fraîchement débarqués sur notre planète, ils avaient découvert dans les brumes matinales une station-service complètement déserte. Les colonnes à essence ressemblant étrangement à la morphologie d’un Terrien qu’ils s’étaient imaginée, ils en avaient déduit que l’on possédait une longue queue, contrairement à eux, et qu’on se l’enfilait dans l’oreille pour la mettre au repos. Si ces extraterrestres revenaient en 2002, ils s’apercevraient de leur erreur d’alors en découvrant la vraie anatomie de ceux qu’ils nomment désormais des extranatelloplanètes. D’étranges humanoïdes, tout affairés et sans une minute à vous consacrer, parlant tout seuls dans la rue, avec une tendance maniaque à tapoter sur un petit engin et à le porter à l’oreille sans plus le décoller. Leurs conversations commencent souvent par un vocable très limité et répétitif, dans le genre : téoù, quoi, cool quoi, superquoi, àtoutequoi.
Les stations-service avaient plus de décence… 

 

Les deux zéros
Les liaisons dangereuses ne sont pas seulement un roman célèbre. Elles sont omniprésentes. Je n’aborderai pas celles, fortuites, issues d’une rencontre adultérine, car la place qui m’est dévolue ici ne me permet pas de m’étendre sur le sujet. Je veux plutôt parler des mauvaises liaisons que l’on entend à la télévision ou à la radio : « Une rampe pour les z’handicapés a été prévue à Expo.02. » « Ce sera bientôt la fin des z’haricots pour ce joueur dont le genou l’handicape depuis le début de saison. » Samedi 4 mai, à la TSR, Bertrand Piccard était l’invité de l’émission « Qu’est-ce qui fait rire... » On a revu Adolf Ogi accueillant à Cointrin les deux aérostiers après leur tour du monde en ballon. Le président de la Confédération d’alors avait traité Brian Jones et Bertrand Piccard de zéros : «Je suis fier d’accueillir nos deux z’héros !» C’est vraiment formidable qu’un Suisse allemand ait pu, même en fourchant, nous rappeler que la règle du h aspiré partait d’un principe bien inspiré…
                                                         La dédicace de Monsieur Ogi : « Formidable ! » 

 

Les rimes pauvres 
Afffaire Scherrer

La versification m’a toujours passionné. Surtout les acrostiches, ces fameuses phrases dont la première lettre de chaque vers, lue dans le sens vertical, dévoile le mot pris pour sujet. Combien de fois ai-je pesté parce que j’avais le début mais n’arrivais pas à trouver la bonne rime ! En recomptant les pieds, il m’en manquait parfois un ou deux et cela gâchait mon alexandrin. Une rime pauvre au lieu d’une riche, comme con avec poltron m’exaspérait. Je me suis mis à la chanson. Dans cette discipline, on prononce toujours le «e» muet final. Exemple: «Auprès de ma blondeee», au lieu de ma blond’ en récitation, ou «Elle était si jolieee». En chanson, on gagne des pieds en prononçant les «e» muets finals mais on perd souvent la richesse de la rime. Quand j’étais gamin, je riais en chantant que j’avais la peau lisse au cul en pensant au mot police. Un jeu de mots qui ne me fait plus rire depuis qu’un mauvais chantre a essayé de faire rimer «Teil» en allemand avec « Détail» en français…

Cérémonie d’oreiller 
Rochaix L’Endormeur 
 

Reliés par fibre optique, les quatre arteplages s’illuminent en même temps. A travers des rayons laser, on aperçoit Jean-Michel Jarre et ses claviers. Tout le spectacle est réglé depuis Neuchâtel tandis que des chœurs l’accompagnent à Yverdon. Les costumes sont magnifiques. A Morat, des images de synthèse sont projetées sur le Monolithe, un orchestre symphonique joue en parfaite synchronisation. Puis le rythme devient plus techno et des acteurs miment cette décadence sur fond no future. Soudain, l’arteplage de Bienne, dans une explosion de mille paillettes ondulant en musique, se transforme en île cubaine. Des images virtuelles des années 50 sont projetées sur les tours. Le temps s’est arrêté ! Un vieux guitariste de 95 ans, Maximo, alias Compay Segundo, apparaît. Des figurants incarnent l’homme de la rue et des rouleurs de havanes. Sur des airs latino, toute la foule tape des mains. Jamais un spectacle d’ouverture n’avait fait vibrer autant de monde. Les cygnes, le lac, très calme, même la lune ont ajouté à ce son et lumières une douce féerie. Tout s’est arrêté quand un FA/18 a traversé ma chambre. C’était ma femme qui venait me réveiller… 
 

Les senteurs naturelles
L’équipe de l’émission «A Bon Entendeur» a testé les déodorants mis sur le marché. Pas facile vu le vaste choix proposé au consommateur. Pour défendre ce dernier, ABE a fait une étude sur la qualité/prix, la durabilité et la tolérance de ces produits.
Nos capacités olfactives sont paraît-il en voie de disparition. Le roi Henry IV n'avait-il pas fait parvenir un parchemin à sa maîtresse, la belle Gabrielle d'Estré restée au château: «Surtout ne vous lavez pas, je rentre dans quinze jours!»
On se plaint qu’on a perdu le goût à cause de la malbouffe, aurions-nous perdu l’odorat à cause des fragrances qui ne nous lâchent pas? Au lit, lors de l’étreinte, nos belles d’aujourd’hui sentent bon de la tête aux pieds. Serait-ce dès lors malvenu de humer juste un petit coin de leur anatomie pour profiter du parfum particulier, une senteur propre mais naturelle qu’il exhale?
S’agissant du goût, un petit coin m’a été interdit par mon médecin: le frigo. Une tomme bien faite – qui honorait à la fois l’odorat et le goût – m’a mené tout droit à l’hôpital.
Si Sa Majesté n’a pas perdu son vit, moi j’ai perdu ma vésicule biliaire! 
 

 

Les métiers manuels
L’été culturel 2001 nous avait gratifiés de fêtes médiévales organisées sur le site de La Bonneville (NE) et dans le bourg de Saint-Ursanne (JU). Cette année, c’est Moudon qui a eu l’idée d’ouvrir les armoires du temps pour sortir houppelandes, hallebardes, fuseaux, godillots, crinolines, guêtres, cromornes et vielles à roue. Dans ces reconstitutions plus vraies que nature, le savoir-faire de nos ancêtres est mis en valeur. Des maréchaux-ferrants, des bûcherons et des frappeurs de monnaie. De vrais manuels ces gens-là ! Mais je parie deux écus décrépits que les parents, même devant les yeux extasiés de leurs enfants, ne souhaitent pas voir leur progéniture se diriger vers une profession manuelle. Et alors?, mécanicien sur automobiles pour faire avancer votre charrette, vendeur de pneus pour ferrer vos 110 chevaux, maçon pour construire votre cahute… Il est vrai que toutes les autres professions singées lors des Journées médiévales ont disparu. Les parents en sont quittes pour la peur: leurs chérubins ne seront pas taupiers, ils auront une souris dans la main… 

 

Tu peux me tutoyer 
Le tutoiement a parfois ceci de particulier qu’il est proposé beaucoup trop tard. J’ai connu un monsieur haut placé, architecte de son état, qui, au volant de sa Mercedes, les mains gantées même en été, faisait la visite des chantiers. Jamais il ne saluait les ouvriers. Arrivé à un âge canonique, ce nanti s’est retrouvé veuf. Seul à une table de restaurant, il engageait la conversation à tout-va et au bout d’une demi-heure proposait le tutoiement. Comme cet arrière-cousin rencontré l’autre jour au Café des Amis. Dans sa période active, il y a de cela 30 ans, il ne se serait même pas aventuré dans un tel établissement, jugé trop populaire, et surtout n’aurait pas fait santé avec un bougre comme moi. Il a suffi de cinq minutes pour qu’il me propose le tutoiement. « Après tout, on est cousins, pas vrai ? » Ouais, il a raison. Cependant, il aurait pu me le dire plus tôt, lorsque, membre d’un Conseil exécutif, il devait trancher sur une pétition que j’avais lancée. 

 

Tranches de vie
La controverse qui a précédé Expo.02 a été virulente. Combien de gens ont maugréé contre la manifestation nationale en jurant de ne pas y mettre les pieds? Pourtant, les visiteurs des arteplages ont été ravis et l’ont fait savoir. On sait qu’avec le bouche-à-oreille, on touche à l’oseille… Comme c’est difficile de tout assimiler en un seul jour, ils ont poussé le tourniquet une seconde fois, faussant ainsi le comptage. Mais foin de toutes ces balivernes ! On dit qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Pourquoi dès lors avoir honte d’aller à Expo.02 après l’avoir dénigrée? S’obstiner serait une erreur. Une grande partie de la population suisse, que l’on dit vieillissante, ne pourra pas se rattraper sur la prochaine Expo nationale. Les quinquas comme moi n’y seront plus. Seule ma petite-fille Marjorie que j’ai emmenée sur la grande roue se rappellera qu’elle y était avec son grand-père. Et sa petite main, accrochée à la mienne dans le Palais de l’équilibre, a laissé son empreinte. Juste pour une petite tranche de vie partagée, ne valait-il pas la peine d’ouvrir un peu mon esprit ? 

 

Apocopes et alcopops
Les apocopes servent à nous faire gagner du temps dans nos conversations. Comme on est toujours pressés, on doit être brefs. Alors, on tranche dans le lard de mots parfaitement français en supprimant leurs dernières lettres ou syllabes. Par exemple, on dit une auto pour une automobile et une expo sympa pour une exposition sympathique.
Mais ça va plus loin encore. Pour alléger leurs factures de téléphones portables, les jeunes ont inventé un nouveau langage qui raccourcit leurs SMS, ces fameux messages codés envahissant leurs natels. Ils se donnent du courage en buvant des alcopops… pour s’écrire «t’m», ce qui veut dire « je t’aime ». Si les apocopes sont reconnues et acceptées depuis fort longtemps par les dictionnaires – les mots télé et radio y figurent –, pour écrire en SMS, il faut d’abord s’atteler à étudier un nouvel alphabet con… trouve sur Internet. Béatrice, ma collègue correctrice, consulte encore et toujours son Littré qui, lui, ne reconnaît que l’automobile, la télévision et la radiodiffusion.
Entre les puristes et les autres, on ne sait plus comment manier l’info. Est-ce de la provoc ou de l’intox? 
 


Misandrie à part

La langue épicène a débarqué. Des mégères non apprivoisées ont jugé bon d’éditer une brochure à l’attention de l’Administration. Ces dames se disent autrices d’un fascicul(e) tendant à tout féminiser. Sous l’égide de l’égalité, ces femmes violent les Droits de l’homme en proposant Les Droits de la personne humaine. Se couvrant de ridicule, elles n’ont pas pensé à la féminisation d’êtres humains. Imaginez-vous des êtres humaines, membres fondatrices du langage épicène, où l’homme serait le victime et pourrait chanter avec le vedette Iglesias : « Vous les femmes ! » Pourtant on vous aime ! Depuis 10 ans, les correcteurs-trices du « JdJ » ont combattu le sexisme en accueillant la cheffe, la procureure, la syndique, l’entraîneure de volley (parce que l’entraîneuse faisait trop poule), l'écrivaine, etc. Afin d’éviter le pire, ils étaient convenus que l’on écrirait auteure pour ne pas avoir à lire un jour autrice. Hélas, les dames du Bureau de l’égalité (FR) ont mis les pieds dedans. Le mâle est fait ! 
 

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Le croque-notes 

Les vagues caressent le sable encore chaud. Le ressac bat la mesure avec le guitariste de la plage. Les vagues, elles, s'échouent sur les rochers. Le musicien, lui, écorche Sardou sur son instrument, en chantant... 
Le petit vent du soir me donne des frissons. Les crustacés et les huîtres servis à la table d'à côté aussi. Je pense à nos limaces ! Pardonnez-moi ! 
Sur le mur du restaurant, une pancarte exhorte plutôt qu'elle ne sanctionne: «Celui qui boit s'enivre; celui qui s'enivre dort; celui qui dort ne pèche pas; celui qui ne pèche pas va au Ciel; nous voulons tous aller au Ciel, alors buvons!» 
Pendant ce temps, le beau mâle à la guitare continue de charmer les midinettes. Sûr de lui, et non content d'avoir défiguré la bonne chanson française, voilà qu'il s'attaque à Goldman. Tandis que les filles applaudissent à tout rompre, je viens à bout de mon steak de cuir qu'il a fallu mâcher pendant que le croque-note bouffait tous les grands musiciens de la planète. D'un côté, les crustacés. De l'autre, un gars qui s'incruste assez (cinq crustacés) dans le show business... Même un peu trop! Quand je suis sorti du restaurant, même l'océan s'était retiré... 

 

 

Provisions
 

S'il y en avait deux comme elle, cela couvrirait le village en matière d'information. Faisant office de gazette, elle arrive à concurrencer les agences de presse, le colleur d'affiches et le crieur public réunis. Elle fait les commissions avec son cabas d'anecdotes qu'elle approvisionne à chaque coin de rue. La taille ample et le pis lourd, elle ressemble à une vieille chouette ululant pour avertir les commères qu'il y aura de l'orage. Ou bien, elle se mue en grenouille de météorologue pour annoncer le beau temps... qui ne va pas durer. Les nouvelles vont vite. Bien souvent, elles prennent de vitesse les événements mêmes qui font l'objet de la discussion. A l'heure où les cloches sonnent, elle se rend à confesse (ces deux syllabes l'inspirent), se muant cette fois en grenouille de bénitier. Elle y trempe sa langue pour se purifier des bruits qu'elle aurait pu divulguer à tort et se dédouane des gens qu'elle a sûrement traînés dans la boue. Elle se rince la bouche en tournant sept fois sa langue dans le sens qui pourra l'amener à retrouver le bon...

 

 

 

Etudes

Le fils est aux études, il suit la mode et les cours de langues modernes. L'appareil de langues modernes se trouve dans une salle de jeux. Il scintille de mille feux. On le bourre de fric par une fente, à 2 fr. le coup. Tout près de là, on peut lire: For amusement only. La leçon d'anglais peut alors commencer. La boule suit son premier cours. L'étudiant aussi. La boule est renvoyée - pas lui ! - par le Same player shoots again. Le cadran s'illumine. Les notes s'inscrivent au tableau lumineux et de partout jaillissent des mots nouveaux: Collect bonus, Score bonus et Ball in play. Les études vont sans peine. C'est la méthode « A 6000 »... points. Surtout, il ne faut pas trop pousser, sinon le professeur Machin se fâcherait. Il ferait Tilt et refuserait ses lumières. Le fils suit l'école «flippotière» dans une classe sombre et enfumée.
Le 31 mai, c'était sa première leçon. Pour le lendemain, ce sera le premier joint...

 

L'argent des autres
 

La jeune fille a répondu à une annonce. Elle ira dans une famille aux Etats-Unis. Elle aura à s'occuper de deux bambins. Deux bouts d'hommes à torcher sans brusquer, noblesse oblige. Dame, deux fils d'un illustre richissime Américain, propriétaire d'une usine en Amérique et de trois en Allemagne. Ayant économisé pour se payer le voyage, elle s'embarque dans un avion pour la première fois de sa vie. Le grand frisson au-dessus de l'Atlantique. Une sorte de traversée en solitaire, puisque livrée à elle-même, sans un mot d'anglais et 18 ans à peine. Les maîtres possédaient une photo de la petite Suissesse afin de l'accueillir à l'aéroport de New York. Ils l'ont vite reconnue. Ils ne pouvaient pas se tromper: mince, une queue de cheval. La grande limousine la conduisit dans ce foyer style USA. Sa première course fut d'aller poster la correspondance pour l'homme d'affaires, son nouveau patron. Deux lettres adressées à Francfort, d'autres pour le continent. N'ayant pas reçu de quoi payer les timbres, elle jugea bon d'y mettre de sa poche. Je me ferai rembourser plus tard, pensa-t-elle. De retour, elle en avisa la maîtresse de maison. Celle-ci lui fit rappeler qu'ils étaient venus la chercher à l'aéroport...

 

 

 

 

Détente
Le beau temps est revenu. Partout, dans les pâturages, on voit refleurir, s’épanouir les pique-niqueurs. Etant venu pour se détendre, le père somnole dans la chaise longue. Son journal, par les mauvaises nouvelles qu’il renferme, pèse très lourd sur ses jambes en coton. C’est ainsi que le soutien de famille laisse choir dans l’herbe fraîche les dépêches qui l’étaient moins... Sur recommandations expresses et réitérées de la maîtresse de la zone, son épouse, monsieur passe enfin à table. Sans oublier de ramasser au passage le kilo de rouge que madame avait volontairement écarté. Ayant fait provision de calories pour la semaine à venir, il a l’impression d’avoir bien profité de ces moments agréables. Il se relève en s’étirant. Soudain, en lui, un gaz rencontre une dépression brusque et soudaine, par augmentation du volume. Il a fallu que monsieur regardât le ciel pour signifier aux enfants qu’un avion à réaction venait de passer... Et ça aussi, ça s'appelle la détente... 
 

Les commentaires

Réalité sur fond de jeux de mots. Très subtil, j'adore. 
Commentaire n° 2 posté par: Patrick le 01/06/2006 - 11:26:59 
Merci le poète! 
réponse de: Le stylo rouge (site web) le 01/06/2006 - 12:39:36 
Excellent. j'aime bien chez toi :) 
Commentaire n° 3 posté par: Eryn(site web) le 01/06/2006 - 12:26:05 
Merci pour tant de compliments, j'en rougis comme un papier de cigarette... 
réponse de: Le stylo rouge (site web) le 01/06/2006 - 12:40:56 
C'est délicieux à lire ! 
Commentaire n° 4 posté par: Briesing(site web) le 01/06/2006 - 20:14:57 
T'as goûté? (lol) Bizzz 
réponse de: Le stylo rouge (site web) le 02/06/2006 - 00:53:48 
Quel talent et quel sens de l'observation ! 
Commentaire n° 1 posté par: Briesing(site web) le 30/05/2006 - 11:56:50 
Merci, c'est trop mais gros bisou! 
réponse de: Le stylo rouge (site web) le 31/05/2006 - 00:15:16 
celle de mon village annonce le soleil depuis 6 mois... ce jour il a neigé !!! Amitiés du vieux sorcier 
Commentaire n° 2 posté par: honorius(site web) le 30/05/2006 - 16:36:30 
Au Moyen Age, on les aurait pendues... 
réponse de: Le stylo rouge (site web) le 31/05/2006 - 00:14:42 
Bien vu, c'est tout à fait ça. Chaque village a la sienne. A se demander pourquoi certains achètent le journal ou regardent les infos à la télé ! 
Commentaire n° 4 posté par: Patrick(site web) le 30/05/2006 - 21:54:49 
Mais les commères font du mal et ne se souviennent plus de ce qu'elles ont propagé! 
réponse de: Le stylo rouge (site web) le 31/05/2006 - 00:13:09 
Ecrit le 12/06/2006 22:30:34 Nom : Eryn Mail : Site web : http://motsdits.over-blog.com/ IP : 83.155.192.230
j'ai éclaté de rire devant mon écran, c'est pas si souvent :-) Heu qui a dit en com' là au-dessus qque chose à propos du DOS des pigeons ? Faut viser + bas on dirait !!! ;-) bises
Ecrit le 12/06/2006 19:17:10 Nom : Arti Mail : Site web : http://journaldarti.over-blog.com/ IP : 82.127.230.68
ah pas mal vraiment pas mal la fin de l'article :) bizz arti
Ecrit le 12/06/2006 13:55:47 Nom : ktykty Mail : Site web : IP : 143.196.162.107
je t'adore... merci pour ce sourire ! merci pour tes textes si drôles et si bien tournés...
Ecrit le 12/06/2006 12:52:44 Nom : lolo 56 Mail : Site web : www.le-blog-de-lolo.net IP : 86.214.56.9  coucou toujours tres interessant tes articles
Bonne journée


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Rendez-vous céleste

La préparation pour voir l’éclipse de cette fin de siècle a mûri dans ma tête pendant six mois au moins. Des renseignements complémentaires ont été grappillés sur Internet qui offrait plusieurs sites spécifiques. Il ne restait plus qu’à souhaiter un ciel sans nuages. Jusqu’au bout, j’ai hésité à me rendre sous la bande de totalité...
La perspective de pouvoir assister une fois dans sa vie à une éclipse totale de soleil a hanté mes nuits. Depuis février, rien n’échappait à la curiosité du chasseur d’éclipse que j’allais devenir. Ainsi, un article consacré à une manifestation musicale sur une colline de Lembach (Alsace) à une soixantaine de kilomètres de Strasbourg avait attiré mon attention.
Les prévisions météorologiques d’alors donnaient une chance de 50/50. Pas de quoi s’affoler, les étés sont ce qu’ils sont sous le cône d’ombre que nous gratifie cet obscurcissement du soleil par la lune. Une bande de totalité traverse l’Europe allant des Cornouailles (Angleterre) à l’Allemagne où sont citées régulièrement Stuttgart et Munich, en traversant auparavant la France au-dessus de Reims. Pour nous autres Suisses qui ne voulaient pas s’investir trop dans cette aventure, la perspective de trouver un ciel dégagé sur le Bengale où venait se fondre l’ombre de la lune n’entrait pas en ligne de compte. Elle sera de passage chez nous entre la France et l’Allemagne sur une largeur de 110 kilomètres, un point c’est tout. En surfant sur le Web, on apprenait que la grandeur maximale de l’éclipse atteignait un peu plus que 100%, soit 1,0147. Il ne restait donc plus qu’à choisir une ville ou un endroit favorable. Il y a de la place pour chacun, mais les routes passent toutes par le même endroit. Les nordistes descendent et les sudistes montent. Une pagaille routière était dès lors annoncée. En quittant mon service de nuit à 23 h, mardi 10 août, je prends connaissance des derniers bulletins météorologiques. Pas très rassurants! Une dépêche tombée sur le téléscripteur de la rédaction, non loin de mon bureau de correcteur, annonce même qu’il serait finalement plus sûr de s’installer devant son poste de télévision puisque le phénomène sera filmé depuis un avion volant au-dessus des nuages. Le meilleur endroit pour voir l’éclipse est alors annoncé entre Sarrebruck et Karlsruhe. Une fiche technique conservée soigneusement dans un classeur m’apprend que Baden-Baden jouit d’un obscurcissement à 100% à 12 h 32 28 secondes et demie! Hauteur du soleil : 54°, azimut 335°, premier contact 11 h 11 48,4 secondes... Début de l’éclipse totale ou 2e contact à 12 h 31 minutes et 21,1 secondes, maximum à 12 h 32 28,5 secondes. Durée de la totalité: 2 minutes 14,9 secondes. Pour la suite, on vous fera grâce des chiffres, en sachant toutefois que vers 14 h ce sera la fin et le retour dans les bouchons autoroutiers...
Un collègue me salue et me souhaite bonne nuit en me recommandant de rentrer chez moi à Neuchâtel et de ne pas faire une connerie vu ma fatigue avancée suite à une soirée de boulot qui avait commencé à 16h. Fort de ce conseil, je quitte Le Journal du Jura. Ma voiture pourtant pleine de victuailles et d’habits de rechange, je prends la présélection de gauche via le centre-ville de Bienne, direction Neuchâtel. Le feu passant au vert, je scrute mon rétroviseur : pas d’auto, pas de flics: un grand coup de volant, je croque une pomme qu’un collègue m’avait tendue lors d’un passage à son bureau et j’arrive une heure et demie plus tard à la frontière de Bâle où le douanier me fais signe de passer. Les gaz à fond, je suis en Allemagne et je me branche sur les canaux hertziens. Les chaînes françaises ne pipent pas mot des nuages qui vont tout foutre en l’air le rendez-vous céleste.
Par contre, mes fiches de Météo Suisse citent Karlsruhe, ville que j’atteins trois heures plus tard. Les aires de repos de l’autoroute sont pleines. Les occupants des véhicules alignés au cordeau tentent de dormir malgré un trafic de poids lourds bruyant et de voitures passant au moins à 150 km/h. Ne me résignant pas à dormir dans de telles conditions, j’y fais toutefois une halte de deux bonnes heures pour me sustenter. Le café de mon Thermos me brûle les doigts et j’aperçois deux taches qui orneront mon complet pour la journée du 11. Tant pis, je ne vais pas à un banquet, je vais simplement à un rendez-vous de la nature où deux astres se trouvent parfaitement alignés et qu’ils retrouveront cette même position en 2081, année où ma petite-fille Marjorie fêtera ses 84 ans. Bonne fête, petite, ton grand-papa qui t’aime fort, Francis. Le 11 août 1999.
En traversant Karlsruhe, je cherche un endroit calme pour essayer de dormir. Je suis crevé! Tous les établissements sont fermés et il n’y a pas un chat dehors. Je prends la direction de Staffort et de Stutensee, deux villages que je ne connais pas du tout mais dont le mot «See» pourrait vouloir dire qu’il y a un lac ou un point d’eau. C’est dans un de ces bleds, devant un terrain vague en toile de fond que je m’allongeai sur les sièges-couchettes, entre une église évangélique et une villa cossue. Recherchant d’autres postes de radio, mais allemands cette fois, j’appris que la «Finsternis» était attendue de pied ferme mais que Munich était traversé par de très gros nuages chargés de pluie. J’étais donc dans le bon coin, jusqu'à ce que j’entende marteler sur le toit de ma bagnole quelques gouttes, une averse de vingt minutes. Quand le jour se leva, pas de soleil en vue, seulement de gros nuages, pas de taches bleues à l’horizon. Où est le Nord et le Sud? Faisant quelques pas dans le village pour apercevoir d’éventuels passants, je croise seulement des mecs qui se rendent en auto à leur boulot. La limitation à 30 km/h dans cette zone résidentielle formée de villas bourgeoises n’est pas respectée. C’est vraiment une cité-dortoir où le chacun-pour-soi doit être érigé en dogme.
Désirant fuir cet anonymat qui me glace, je reprends la route dans l’espoir de visiter Karlsruhe de jour. Je m’enfile dans une auberge. Il est 9 heures. La maîtresse de maison me demande si je suis de l’hôtel. Mon visage mal rasé et les yeux encore tout bouffis auraient dû lui indiquer que l’on récupère mieux dans un vrai lit d’auberge. Un peu contrariée, elle me coule un café et je m’empresse de repartir, laissant la grosse dame à sa besogne, à trier du linge et plier des nappes. Quelques mètres à pied me conduisent au bord d’un canal et à part un cycliste en VTT, je n’ai vu personne, mais alors, par contre, un ciel toujours plus chargé. De guerre lasse, je reprends ma voiture et comme si j’avais décidé de rentrer en Suisse, je m’engage sur l’autoroute du retour. A la présélection de Baden-Baden, je bifurque toutefois sur ce haut lieu thermal. Cherchant une place de stationnement, j’aperçois un silo à voitures, près du Festspielhaus.


Baden Baden Le parc Festspielhaus de Baden-Baden (D)


Muni de mon panier à pique-nique, mes données astronomiques et mon appareil photo, je prends l’ascenseur de sortie et j’arrive dans un merveilleux parc arborisé. Une mare et un jet d’eau égayent le décor et un petit pont traverse l’étang où je me défais de mes restes de pain que les canards s’empressent d’engloutir. Une longue attente, ponctuée par une pause-café au kiosque situé au cœur du jardin anglais, le choix d’un banc assez propre pour admirer le paysage et regarder les rares passants. A l’heure prescrite par les astronomes, le premier contact de l’éclipse se faufila entre des nuages autant emmerdants qu’angoissants. Faire plus de 300 kilomètres pour ne rien voir, c’est le sommet de la connerie. Ainsi, après avoir photographié les alentours, je me résignai à aller ranger mon appareil photo et tout mon barda dans la voiture située deux étages plus bas. Seul un objet me restait: mes lunettes spéciales «Sun Eclipse», absolument correctes marquées du sigle CE et qui furent dans un premier temps contestées par le BPA. Et dire qu’en 1961, je m’étais bricolé une boîte de conserve vide et flanquée d’une verre fumé à la bougie, scotché sur le fond de la boîte trouée pour admirer une éclipse partielle.
Au moment crucial et à la demi-seconde près, le deuxième contact avait lieu entre les deux astres et cela fit fuir quelques nuages. Un coin de bleu se profilait non loin et je fis comme une prière pour qu’il passe au bon endroit.
L’éclipse totale avait lieu à l’heure dite, calculée par les savants utilisant je ne sais quelles formules mathématiques que je suppose compliquées. Sur un fond de ciel complètement dégagé, mon éclipse totale tant attendue était là, majestueuse. Ne restait plus qu’à enlever les lunettes protectrices pour admirer ce spectacle et de l’immortaliser sur pellicule. Mais, voilà, l’appareil photo, je l’avais déjà rangé. Incrédule, va! C’est alors que j’ouvris tout grands mes yeux en profitant entièrement de cette aubaine qui ne se répétera plus de mon vivant. Je découvris les grains de Baily.

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Les rayons du soleil jouent avec les vallées et les cratères lunaires forment des perles rosâtres. Celles-ci portent le nom de l’astronome anglais Baily. Plutôt que d’observer à travers un objectif, j’allais voir de mes yeux nus une éclipse totale avec ses protubérances solaires.
La place s’était garnie de monde et j’observai les gens dans une ambiance totalement irréelle formée de couleurs orangées, ocre où je ne sais quelle couleur électrique. L’activité des canards a totalement cessé et le jet d’eau s’est allumé soudainement. La cellule électrique avait rempli son rôle quotidien lorsque la nuit tombe. Je remerciai la providence d’être tombé à cet endroit, en plein centre de Baden-Baden qui m’offrit un moment intense. Inoubliable!

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  Hommage à Fernandel


       http://www.evene.fr/celebre/biographie/fernandel-5269.php

 

Fernand Joseph Désiré Contandin, est un acteur français
né à
Marseille le 8 mai 1903,
décédé à
Paris le 26 février 1971 à l'âge de 67 ans.


Le choix de Sifranc:
Félicie aussi
C'est dans un coin du bois d'Boulogne 
Que j'ai rencontré Félicie 
Elle arrivait de la Bourgogne 
Et moi j'arrivai en taxi 
Je trouvai vite une occasion 
D'engager la conversation 
Il faisait un temps superbe 
Je me suis assis sur l'herbe 
Félicie aussi 
J'pensais les arbres bourgeonnent 
Et les gueules de loup boutonnent 
Félicie aussi 
Près de nous sifflait un merle 
La rosée faisait des perles 
Félicie aussi 
Un clocher sonnait tout proche 
Il avait une drôle de cloche 
Félicie aussi 
Afin d'séduire la petite chatte 
Je l'emmenai dîner chez Chartier 
Comme elle est fine et délicate 
Elle prit un pied d'cochon grillé 
Et pendant qu'elle mangeait le sien 
J'lui fit du pied avec le mien 
J'pris un homard sauce tomates 
Il avait du poil au pattes 
Félicie aussi 
Puis une sorte de plat aux nouilles 
On aurait dit une andouille 
Félicie aussi 
Je m'offris une gibelotte 
Elle embaumait l'échalote 
Félicie aussi 
Puis une poire et des gaufrettes 
Seulement la poire était blette 
Félicie aussi 
L'Aramon lui tournant la tête 
Elle murmura «quand tu voudras» 
Alors j'emmenai ma conquête 
Dans un hôtel tout près de là 
C'était l'hôtel d'Abyssinie 
Et du Calvados réuni 
J'trouvai la chambre ordinaire 
Elle était pleine de poussière 
Félicie aussi 
Je m'lavai les mains bien vite 
L'lavabo avait une fuite 
Félicie aussi 
Sous l'armoire y avait une cale 
Car elle était toute bancale 
Félice aussi 
Y avait un fauteuil en plus 
Mais il était rempli d'puces 
Félicie aussi 
Et des draps de toiles molles 
Me chatouillaient les guiboles 
Félicie aussi 


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Tentez d'encercler le chat


Le but du jeu: cliquez sur les boules claires et elles deviendront plus foncées pour l’empêcher de passer.

chat

un clic ici pour lancer le jeu:


http://www.gamedesign.jp/flash/chatnoir/chatnoir.swf

 

Chat jeu
Youpi, j'y suis arrivé!


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